Gabon : Ali Bongo est le « premier promoteur de la corruption »

Le Président du Gabon, Ali Bongo Ondimba

Le Président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, demeure le « premier promoteur de la corruption » dans ce pays d’Afrique Centrale. Décryptage.

La sortie du chef de l’Etat du Gabon, à travers un discours à la Nation, prononcé le 8 juin dernier, date de commémoration des 10 ans de la disparition de son père Omar Bongo, alors qu’il soutenait vouloir en finir avec la corruption, a ouvert la voie à des réactions, notamment violentes. C’est le cas du président de l’ONG Educaf, Geoffroy Foumboula Libeka.

Pour le patron de l’ONG Educaf, Ali Bongo demeure le « premier promoteur de la corruption ». Il axe son argumentaire sur le fait que le chef de l’Etat ne montre toujours pas l’exemple en matière de bonne gouvernance. Ajoutant que le Président gabonais « ne peut parler de lutter contre la corruption quand lui-même refuse de déclarer sa fortune ».

Le président d’Educaf enfonce le clou, jugeantb qu’Ali Bongo a manqué « de sincérité dans son discours ». Evoquant la loi n°007/2003 du 07 mai 2003 portant lutte contre l’enrichissement illicite, ce leader de la société civile souligne que le « Gabon dispose d’un cadre législatif et juridique au niveau national et même international pour lutter contre la corruption », rappelant que « du président de la République à l’ensemble des dépositaires de l’autorité de l’Etat, aucun ne doit être en fonction du fait de ne pas se conformer à loi ».

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Le message de Geoffroy Foumboula Libeka

J’ai suivi avec attention le discours du Président de la République et l’aspect portant sur la corruption a retenu mon attention. C’est fort de cela que je me permets de faire cette analyse.

Du Président de la République aux autres dépositaires de l’autorité de l’Etat,personne ne déclare sa fortune conformément à la loi 002/2003 du 07 mai 2003 portant sur la lutte contre l’enrichissement illicite en ses articles 5 et 6. Oui, il existe bien une loi pour lutter contre la corruption et l’enrichissement illicite depuis 2003, laquelle loi porte aussi création de la Commission Nationale de la Lutte Contre l’Enrichissement Illicite, qui, quoi que dotée en 2019 d’un budget de plus de 823 millions dont plus de 666 millions affectés aux charges du personnel semble elle-même plongée dans la défense des détourneurs de fonds. Pour comparatif, la Commission Nationale des Droits de l’Homme ne dispose que d’un budget de 83 millions dont 8 millions pour les charges du personnel et se retrouve de toutes les Commissions Nationales être la seule à avoir le budget le plus faible. Comprenez quelle est la place que le Gabon, pays de paix accorde aux droits de l’homme…bref.

Pour revenir sur ce discours, un Président de la République ne peut parler de lutter contre la corruption quand lui-même refuse conformément à la loi d’être un modèle de bonne gouvernance en déclarant sa fortune.

Pour ma part, le Président de la République manque de sincérité dans son discours.

En refusant de se conformer à la loi, il se positionne non seulement en violeur du cadre juridique et législatif en matière de bonne gouvernance au Gabon,mais aussi en premier promoteur de la corruption.

En toute logique, du Président de la République à l’ensemble des dépositaires de l’autorité de l’Etat, aucun ne doit être en fonction du fait de ne pas se conformer à loi.

QUE LE CHEF DE L’ÉTAT PARLE DE LUTTER CONTRE LA CORRUPTION EST UNE BONNE CHOSE, MAIS IL SEMBLE MAL INDIQUÉ DE LE FAIRE DU MOMENT OÙ LUI-MÊME VIOLE LA LOI EN REFUSANT LUI ET SES COLLABORATEURS DE RESPECTER CETTE LOI EN DÉCLARANT LEURS FORTUNES.

Mes propositions pour aider le Président de la République à lutter contre la corruption:

1) Réaliser avant août un audit de fortune de tous les dépositaires de l’autorité de l’Etat en commençant par lui-même et ce conformément à la loi 007/2003 du 07 mai 2003;
2) Que cet audit soit réalisé par des auditeurs indépendants proposés par des pays jugés modèles de bonne gouvernance comme les U.S.A, le Ghana, la Namibie d’une part, la société civile gabonaise et le Gouvernement du Gabon d’autre part;
3) Que les bailleurs de fonds qui disent lutter contre la mauvaise gouvernance exigent le rapport de l’audit de fortune avant tout accord de prêt à l’Etat gabonais;
4) De rendre publique conformément à la loi les déclarations de fortunes des futures membres du Gouvernement.

Je pense à juste titre que le Gabon dispose d’un cadre législatif et juridique au niveau national et même international pour lutter contre la corruption. Ce dernier se refuse simplement d’être respecté par vous et vos collaborateurs. 1000 discours ne changeront rien tant que la loi refusera d’être appliquée dans toute sa rigueur.