Fusions musicales arabo-planétaires

Fusion arabo planétaires au théâtre du Chatelet
Fusion arabo planétaires au théâtre du Chatelet

Paris. Théâtre du Châtelet. 7 octobre 2022. Première séquence. Le rideau s’ouvre sur trente-huit choristes debout sur deux rangées, dix-neuf femmes sur première ligne, sous abaya claire, dix-neuf hommes sur seconde ligne, sous qamis et  shemagh, vingt musiciens assis, le tout dirigé par Emad Zari.

La blancheur des tenues contraste harmonieusement avec l’éclairage alternativement noir, rouge, bleu, vert. Une première partie consacrée chansons traditionnelles dans leurs différentes expressions Al-Majrour, Al-Mizmar, Al-Khabiti, al-Samari. Deuxième séquence. Apparaît sur scène l’Orchestre Philarmonique International de Paris, constitué de cinquante musiciens de vingt nationalités différentes, sous la baguette de son fondateur Amine Kouider. Troisième séquence, les deux orchestres se réunissent sur la scène, avec les admirables solos d’Emad Zari au qanun, de Mohamed Tallal à l’Oud, de Fahd Al Kachaf au Ney. L’Ensemble Musical et le Chœur National Saoudien, composés de chanteurs et d’instrumentistes professionnels, affichent d’emblée des ambitions internationales. L’initiative revient à la commission de musique du ministère saoudien  de la culture, créée en 2020, animée par le truculent Sultan Albazie. La culture arabique réputée rigoriste, puritaine, impénétrable s’ouvre au monde, s’insère dans l’effervescence interactive et diversitaire planétaire.

Amine Kouider au piano avec des éléments de l’Ensemble Musical Saoudien et de l’Orchestre Philarmonique International de Paris
Amine Kouider au piano avec des éléments de l’Ensemble Musical Saoudien et de l’Orchestre Philarmonique International de Paris @ M Saha

Pièges de l’orientalisme

Se joue l’inévitable, le lancinant Boléro de Maurice Ravel pimenté de notes insolites. Précèdent Les Soirées Orientales d’Antonio Bernardi, (1831 – 1886), auteur de pièces pour piano à quatre mains, Djeddah, La Marche du harem, Sur le Bord du Nil, et Samson et Dalila de Camille Saint Saëns (1935 – 1921). Les titres parlent d’eux-mêmes. Vente dans ma pensée une bourrasque orientaliste chargée de vanité coloniale. Fantasmes d’esclavagismes domestiques, de polygamies orgiaques, de thermes mauresques,  d’odalisques lascives, de despotismes érotiques. Hantise de déserts impitoyables, de mirages fascinateurs, de simouns exterminateurs. Pour conjuguer les musiques arabes et occidentales, fallait-il recourir à des œuvres célébrissement banalisées, exotiquement, pittoresquement, colonialement connotées.

L’orientalisme, dans son impénitente condescendance, outil démagogique de l’impérialisme (Edward Saïd, L’Orientalisme, L’Orient créé par l’Occident, 1978, traduction française, éditions du Seuil, 1980). La véritable fusion exige non pas l’ornementation superficielle, mais la création, l’exécution, l’improvisation en commun. S’il faut citer un exemple enthousiasmant de métissage musical, autant parler de la fusion jazz-gnaoua. En juin 2022, le Gnaoua Festival Tour réunit, pendant sa première escale à Essaouira, le Malien Farka Touré, le maâlem  Abdeslam Alikane, les jazzmen Kelvyn et Ronnie. Au Mégarama de Marrakech, se rejoignent les maâlems gnaoui Abdelkebir Merchane et Mustapha Baqbou,  la chanteuse Hindi Zahra, le saxophoniste haïtien Jowee Omicil, le koriste sénégalais Cheikh Dialo, le percussionniste burkinabé Yaya Ouattara, le guitariste sénégalais Hervé Samb. A Casablanca, le maâlem Hassan Boussou invite le folk singer anglais Piers Paccini, la chanteuse Soukaina Fahsi, le batteur percussionniste Cyril Atef, le multi-instrumentaliste Malik Ziad. Se déclenche le lendemain un maelstrom musical hypnotique, jazzy, gnaoua, arabo-andalous, avec le maâlem Ismail Rahil et le trio Assala formé du gnaoui Mehdi Nassouli, du batteur Karim Ziad et du pianiste Omri Mor. Au Théâtre National Mohammed V à Rabat, le jazzman Avishai Cohen rencontre le maâlem Hamid El Kasri, le saxophoniste Emile Parisien, l’accordéoniste Vincent Peirani, la chanteuse Nabyla Maan.

Hospitalité marocaine.

Le peuple marocain est connu pour son hospitalité proverbiale, malheureusement en voie de disparition dans les centres sururbanisés. L’étranger est accueilli sans préalable, nourri, logé, associé aux activités en cours. C’est dans ce cadre que l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui »  prend sens. L’hospitalité n’est pas un programme. Elle n’est pas une règle de conduite. Elle est une manière d’être, un éthos, une sollicitude inconditionnelle, une attitude irremplaçable. L’ouverture à l’étranger est un moment unique, à peine pensable, une émergence poétique. (Jacques Derrida, Cosmopolites de tous les pays, encore un effort, éditions Galilée, 1997). Les musiciens du monde entier, en quête de sources d’inspiration, de régénération, sont reçus par leurs confrères marocains comme des envoyés du ciel. L’être humain n’est réductible à aucune appartenance. Il est humain dans le miroir de ses semblables. Il n’est humain que parce qu’il est réfractaire aux cultures de l’égocentrisme, de l’autolâtrie, de l’hypertrophie du moi.

L’époque est malade du néolibéralisme, du rapport de soi à soi, où l’individu refuse d’intégrer l’autre en soi en niant par ce fait même sa propre pluralité. Le débat français sur l’identité nationale, où l’exclusion de l’autre est l’obsessionnelle préoccupation, au nom d’une laïcité ségrégationniste, légalisée par la loi sur le séparatisme, relève de l’hystérie.

La fusion se fait dans l’amitié, la philia, qui désigne à l’origine l’hospitalité, l’altérité, l’appartenance au groupe dynamisé par ses affinités, où chacun est pris pour ce qu’il est et non pour ce qu’il peut apporter (Aristote, L’Ethique à Nicomaque). Une amitié selon l’éthique ancienne, eudémoniste, fondée sur le bonheur partagé, et non déontologique, basée sur le respect des principes, des normes, des devoirs, des obligations. « La philia grecque est réciprocité, échange du même avec le même, ouverture à l’autre, découverte de l’autre pour lui-même, reconnaissance de sa pré-excellence, éveil et dégrisement par l’autre, jouissance sans concupiscence de sa présence » (Maurice Blanchot, Pour l’amitié, pré-texte d’A la recherche d’un communisme de pensée de Dionys Mascolo, éditions Fourbis 1993). L’amitié dans les ressemblances et les dissemblances, les accointances et les complémentarités,  les correspondances et les contigüités. En musique, « Il y a deux espèces de variations, l’une, qui tient de près à l’ornement, consiste à imiter le thème, mais en remplaçant les sons tenus et les passages francs par des traits rapides et des intervalles plus serrés. Si le thème est assez fort, il domine encore par-dessus les variations. Comme un chant silencieux que l’auditeur recompose, qui l’invite à chanter aussi en lui-même. Il y a toujours de l’amitié dans les plus belles variations… L’autre variation est modulante. La mélodie, déjà affirmée, revient, mais trompe un peu l’attente. Elle s’égare en des chemins nouveaux. Elle est  soutenue et portée aussitôt par une harmonie qui efface l’ancienne et fait comme un départ encore » (Alain, Système des beaux-arts. Rédigé pour les artistes en vue d’abréger leurs réflexions préliminaires, éditions de la Nouvelle Revue Française, 1920).

Pendant le cocktail offert après le concert, les dix-neuf femmes saoudiennes composant le chœur féminin, élégant foulard noir autour de la tête ou chevelure relâchée sur les épaules, une lueur de malice dans certains regards, sont décomplexées, désinvoltes, communicatives. Leur statut artistique, sans doute, les protège. C’est dans ce genre de rencontre qu’on mesure l’impact toxique, dévastateur, des préjugés, des rumeurs, des idées préconçues.

Oum Kalthoum

Souvenir d’étudiant. 13 et 15 novembre 1967, Oum Kalthoum, à l’Olympia de Paris, se produit pour la première et dernière fois en Occident. Jean-Daniel, fils de Jean-Michel Boris, directeur général de la salle mythique, est mon ami. Nous sommes tous les deux étudiants à la Faculté de Nanterre. Je suis dans les coulisses. J’assiste aux deux récitals. Une file d’attente de plusieurs centaines de mètres s’étend boulevard des Capucines. Des travailleurs immigrés, des juifs sépharades, des célébrités françaises, des saoudiens, des marocains accourus dans charters spéciaux. Le général De Gaulle lui-même se fend d’un télégramme à Oum Khaltoum : « J’ai ressenti dans votre voix les vibrations de mon cœur et du cœur de tous les français ». Les deux concerts ont lieu dans un contexte historique explosif. Les arabes viennent d’essuyer l’insurmontable humiliation de la Guerre des Six Jours. Le sionisme se taille la réputation d’armée invincible. Commence  la désintégration du Moyen-Orient. La prestation d’Oum Khaltoum est ressentie comme une réparation symbolique. Quand le rideau s’ouvre, Oum Kalthoum est assise en robe verte devant vingt-cinq musiciens en smoking. La salle se prosterne, clame à l’unisson des paroles d’adoration. Les trois chansons durent des heures, jusqu’à trois heures du matin. L’émotion traverse l’auditoire comme une lame de fond. Le tarab se mue en transe, en possession, en extase. Des spectateurs se précipitent sur la scène pour lui embrasser la main. Son public, essentiellement populaire, fait preuve d’un prodigieux raffinement musical, d’une formidable sensibilité poétique. Rarement une communion artistique a pris une telle dimension mystique.

Oum Khaltoum met sa notoriété au service du peuple. Elle soutient l’Union  féministe égyptienne, fondée en 1923 par Hoda Chaaraoui (1879 – 1947), première femme qui se dévoile en public, (1879 – 1947) et Ceza Nabaraoui (1897 – 1987, rédactrice de la revue Al-Misriya, L’Egyptienne. Oum Khaltoum chante en hommage au leader nationaliste Saad Zaghloul (1858 – 1927), mort subitement, devant un public en pleurs, déchire son mouchoir symbolique comme on lacère un étendard ensanglanté. Après le coup d’Etat des officiers libres de Juillet 1952, elle voue son art aux chants révolutionnaires comme Nashid el Gala, l’hymne de la liberté. Elle défend la cause palestinienne avec des chansons comme Asbah, ‘Andi Bunduqyia, Et maintenant, j’ai un fusil, qui rappelle La Prochaine fois, le feu de James Baldwin. Elle reverse ses cachets pour la reconstruction de Port-Saïd. Elle appelle les femmes à larguer les signes de soumission : « Vous êtes la moitié de la terre, prenez votre destin en main. Dévoilez-vous, mes sœurs. Nous sommes la force productrice de nos sociétés. Gardez la tête haute et nue ».

Oum Kaltoum
Oum Kaltoum

La légende d’Oum Khaltoum prolonge les mythes d’Isis, de Néfertiti,  de Cléopâtre. Tandis que  les civilisations occidentales antiques, grecque et romaine notamment, considèrent les femmes comme d’éternelles mineures, avec moins de valeur que les esclaves, les citoyennes dans la culture  pharaonique possèdent des biens, gèrent leurs affaires, dirigent leurs  entreprises. Elles disposent de leur personne et de leur vie. Elles exercent la médecine, les fonctions prestigieuses de scribe et de ministre. Les adoratrices du dieu Amon sont mathématiciennes, physiciennes, architectes, poétesses, musiciennes. Peseshet est la première femme médecin de l’humanité. Elle vit sous la IVème dynastie, en 2 700 avant l’ère chrétienne. L’archéologue Selim Hassan découvre, en 1930, sa stèle à Gizeh légendée Peseshet, Superviseuse des Doctoresses. Peseshet est aussi directrice des prêtresses, formatrice des sages-femmes, organisatrice des grandes funérailles. Avec Néfertiti et Akhenaton, le règne est symbiotique, fusionnel. Néfertiti accomplit la prière du soir au soleil. « Le dieu Râ ne s’endort jamais avant que Néfertiti ne l’ait salué ». Les papyri d’Oxyrhynque, en honneur à Isis, proclament : « C’est toi la maîtresse de la terre. Tu as rendu le pouvoir des femmes égal au pouvoir des hommes ».

Musique et résistance.

ll existe depuis l’époque médiévale une musique classique arabe, notamment la musique andalouse, transmise de génération en génération, partie intégrante du patrimoine de l’humanité. Une musique tropicalisée, exotisée, folklorisée par le colonialisme, une musique sublimisée, sacralisée, divinisée  par les populations opprimées. Les noms des poètes, des compositeurs, des chanteurs, des précurseurs, devenus mythiques de leur vivant, sont familiers aux lettrés, aux mélomanes, aux connaisseurs, aux amateurs, aux gens du peuple. Sayed Darwich (1892 – 1923), père de la musique populaire égyptienne, foudroyé par la peste à l’âge de trente et un an. Il compose de nombreuses musiques pour des pièces de théâtre notamment la fameuse Shéhérazade. Malgré la fugacité de sa trajectoire sur terre, il laisse une œuvre considérable, novatrice, pionnière. Mohamed Abdelwahab (1902 – 1991) découvre le répertoire symphonique occidental grâce au poète Ahmed Chawqi. Un passage emprunté à Ludwig van Beethoven introduisent  sa chanson J’aime la liberté. La renaissance de la musique arabe passe nécessairement par la poésie. La mémoire populaire enregistre impérissablement les mots d’Ahmed Chawqi (1968 – 1932), Ahmed Rami (1892 – 1981), Nizar Kabbani (1923 – 1998) Mahmoud Darwich (1941 – 2008), Muzaffar Al-Nawab (1934 – 2022), Salah Abdel Sabour (1931 – 1981), Badr Shakir al-Sayyab (1926 – 1964),

Fusion arabo planétaires au théâtre du Chatelet
Fusion arabo planétaires au théâtre du Chatelet @ M Saha

La poésie arabe contestataire, subversive se retrouve souvent derrière les barreaux. Episode récent parmi des centaines d’autres. Choudy Sourour, webmaster égyptien, quarante ans, est condamné,  le 30 juin 2022, à un an de prison ferme pour avoir publié sur le site Wadada des poèmes de son père, Naguib Sourour (1932 – 1978) jugés obscènes, libidineux, immoraux. Se révèle une brigade policière spécialisée dans les infractions sur le web. Le recueil Oummiyat, Chroniques des jours  de Naguib Sourour, écrit entre 1969 et 1974, sans être publié sur papier, circule largement dans les cercles littéraires arabes, par le biais, entre autres, de cassettes audio. Il est également accessible en ligne. Le poète meurt à l’âge de quarante-six ans après avoir subi les pires persécutions. « Ils m’ont arrêté à mon retour de Damas et m’ont enfermé, non pas dans l’une des prisons connues et encombrées, mais dans un asile psychiatrique, l’hôpital d’Al-Abassia. J’ai quitté cet hospice par miracle. Je ne suis qu’une épave humaine jetée dans la rue, sans ma femme, sans mes deux enfants, sans domicile, sans refuge. Je suis condamné à la clochardise, à la faim, au tabassage dans les postes de police, à la perdition. Je suis pourchassé comme un chien errant. Mes activités de poète, de dramaturge, de metteur en scène, de comédien, de critique, de parolier, de zajaliste sont niées, ruinées, anéanties » (Naguib Sourour, lettre à l’écrivain Youssef Idriss).

Cheikh Imam (1918 – 1996) reprend, dans tous ses concerts, le  poème de Naguib Sourour, Pourquoi la mer ricane ?,  qui défie, avec les Yeux des mots d’Ahmed Fouad Najm (1929 – 2013), la matraque et le bâillon.

Quand le soleil se noie dans profondes ténèbres

Quand le monde s’obstrue de cortèges funèbres

Quand errent dans les rues les survivants hagards

Quand la bienveillance disparaît des regards

Toi qui rêve d’ailleurs sous terrible contrôle

Trouve délivrance dans propice parole *

Ahmed Fouad Najm rencontre le chanteur aveugle Cheikh Imam en 1962. Ils créent  ensemble deux cents cinquante chansons. Ils les chantent dans la rue. Le tandem se fait une renommée par une chanson satirique sur l’indignité de l’armée égyptienne pendant la guerre des six jours. Jamal Abdel Nasser les jette en prison en 1967. Ils deviennent les chantres de la contestation. Aucun régime présidentiel n’échappe à leurs sarcasmes épicés d’humour. Interdits de radio, de télévision, de concert pendant trente ans. Leurs cassettes circulent abondamment dans les pays arabes.

« Je suis le peuple

Ma main nourrit la vie

Ma main transforme la société

Ma main fertilise le désert

Ma main renverse les tyrans

Je suis le peuple

Je marche en avant

Je connais mon chemin »

Ahmed Fouad Najm.

Des strophes scandées, inlassablement répétées par les manifestants de la place Tahrir en janvier 2011. En juin 2012, Ahmed Fouad Najm, un an avant sa mort,  s’adjoint à une manifestation de jeunes entre les deux tours des élections présidentielles. Il déclare : « Ces jeunes révolutionnaires sont venus avec leurs chansons, leur poésie, leurs mots, leurs musiques. Ils sont aussi dans la continuité de ce que nous sommes. Quand j’entends sur la place Tahrir un de mes poèmes, je suis fier de voir la graine que j’ai semée, il y a un demi-siècle, devenir  une belle plante. Pour moi, tous ces jeunes sont les fleurs épanouies de mon jardin. Ce sont nos enfants qui nous éduquent aujourd’hui».

* Adaptation du poème Les Yeux des mots d’Ahmed Fouad Najm par Mustapha Saha.

Sultan Albazie, responsable de la Commission de la Musique, au milieu de saoudiennes libres et désinvoltes
Sultan Albazie, responsable de la Commission de la Musique, au milieu de saoudiennes libres et désinvoltes

Bio express. Mustapha Saha,  sociologue, poète, artiste peintre,  cofondateur du Mouvement du 22 Mars et figure historique de Mai 68. Ancien sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée. Livres récents : « Haïm Zafrani. Penseur de la diversité » (éditions Hémisphères/éditions Maisonneuve & Larose, Paris, 2020), « Le Calligraphe des sables », (éditions Orion, Casablanca, 2021).