Francophonie : les journalistes réclament la suppression des peines privatives de liberté en matière de délits de presse

Les journalistes francophones réclament plus de liberté. Ils ont adopté des résolutions dans ce sens à l’occasion des 41e Assises de la presse francophone qui se tiennent au Cameroun.

Les assises de l’Union internationale de la presse francophone (UPF) qui se tiennent du 17 au 22 novembre pour la première fois au Cameroun ont pour thème : « Ethique et déontologie à l’heure d’Internet : liberté et responsabilité des journalistes ». Ce thème, très évocateur pour les différents journalistes présents aux travaux, exprime le malaise qui existe dans la pratique de ce métier, dit-on, le plus beau du monde.

La liberté du journaliste, et surtout sa responsabilité étaient au menu des travaux de Yaoundé. Le journaliste est un éducateur, un formateur et un informateur. Pour cela, il a l’obligation morale de s’assurer de l’exactitude de l’information qu’il donne. De nouveaux obstacles s’opposent à la libre expression des journalistes et des dérives sont déplorées dans le monde entier avec la montée en puissance
du cyberjournalisme et d’Internet. Le vide juridique qui existe dans le domaine de la presse en ligne dans la plupart des pays francophones inquiète. A l’UPF, on insiste pour que les gouvernements agissent au plus vite dans ce domaine.

Du côté de la liberté des journalistes, l’UPF indique que près de 200 journalistes sont incarcérés dans le monde entier. Parmi ces journalistes, une centaine est francophone d’où le besoin de tirer la sonnette d’alarme dans les pays concernés pour un journalisme plus responsable.

« Oui » à la dépénalisation des délits de presse

Le président international de l’UPF, Alfred Dan Moussa, a été clair dans ses différentes interventions au sujet de la dépénalisation des délits de presse. L’UPF est favorable à la suppression des peines privatives de liberté au profit des sanctions pécuniaires qui seraient plus productives en cas de dérive professionnelle.

Les intervenants dans les ateliers ont tous plaidé pour un journalisme professionnel et plus responsable. Les journalistes devraient être plus conscients de leurs responsabilités vis- à-vis du public. Ils doivent être compétents et s’appuyer sur leurs fondamentaux. Quant aux éditeurs de medias, ils ne doivent pas être obnubilés par les dividendes de leurs actionnaires ou par la complaisance envers la puissance publique. Mais ils doivent être responsables de la qualité de l’information qu’ils diffusent. A cet effet, Internet apparaît pour tous comme un outil très important qu’il faut apprivoiser comme tous les autres avec les mesures prudentielles de recoupement et de vérification de l’information. Au lieu de la suppression des peines, les journalistes sont pour leur responsabilisation et leur auto-sanction.

Dans une déclaration, les confrères venus du Gabon ont consigné leurs inquiétudes aux sujets des exactions (arrestations, fermetures de radios et télévisions…) dont ils sont victimes. Ils ont saisi la tribune qui leur était offerte pour dénoncer le recul de la liberté au Gabon depuis l’accession du président Ali Bongo Ondimba au pouvoir.

La difficulté d’informer

Un tableau peu reluisant de la presse camerounaise a été dressé au cour des travaux. L’entrée dans la profession des personnes dépourvues de formation et la prééminence des forces de l’argent et autre lobbies dans le paysage médiatique en sont les principales causes. Les entreprises de presse sont en général assez fragiles et attirent par conséquent peu les investisseurs. La solution proposée est le regroupement de petits medias «artisanaux » en petites ou moyennes entreprises de presse qui peuvent mieux survivre dans un environnement difficile.

Les participants engagent l’UPF à entreprendre une démarche officielle auprès des organisations compétentes et leur demandent de prendre toutes les mesures pouvant mettre un terme aux violations des droits d’auteur et d’éditeur sur le support Internet. En plus de cet engagement, la création des instances d’autorégulation est très recommandée. Ces instances devront s’appuyer sur les codes de bonnes pratiques reconnus par tous et associer les services des pouvoirs publics pour éviter tout corporatisme.

Les Assises de l’UPF s’achèvent sur de bonnes résolutions. Mais encore faudrait-il les mettre en pratique avec l’appui des pays membres afin que les recommandations ne restent pas lettre morte.