France : silence, on enferme des étrangers en situation irrégulière

Des associations humanitaires et de défense des droits de l’Homme ont dénoncé un recours systématisé, démesuré et détourné de la rétention administrative, en France et en Outre-mer.

La Cimade, le Forum-réfugié, France Terre d’Asile, l’Ordre de Malte et l’ASSFAM, ont, dans un rapport conjoint rendu public ce mardi 28 juin 2016, dénoncé un recours systématisé, démesuré et détourné de la rétention administrative, en France et en Outre-mer.

Intervenant dans les camps de rétentions où sont placés les étrangers en situation irrégulière en vue de leur expulsion, les cinq associations rendaient ainsi leur rapport annuel. Selon elles, le recours à l’enfermement est la méthode privilégiée par les autorités françaises, notamment en France et en Outre-mer. Au total 230 000 femmes, hommes et enfants ont été victimes d’un tel acte, entre 2011 et 2015. Selon les associations, en 2015, près de 48 000 personnes sont passées par un centre ou local de rétention administrative, et 10 % des retenus sont des mineurs. Et depuis 2014, le nombre d’enfants concernés par la rétention a doublé, en métropole. « Une privation de liberté banalisée, alors que trop souvent l’enfermement est inutile voire abusif et illégal », dénoncent les associations.

De l’autre côté en Outre-mer, à Mayotte, 4 400 enfants ont été enfermés. Parmi eux beaucoup étaient rattachés illégalement à un adulte non membre de leur famille, alors qu’isolés ils devaient bénéficier de l’Aide social à l’enfance. Sur les cinq dernière années, c’est plus de 21 500 mineurs qui ont été renvoyé de Mayotte en passant d’abord par la rétention. Sur cette même période. Pour les associations, « les éloignements sont réalisés en quelques heures, sur la base de lois dérogatoires, ce qui produit des violations des droits fondamentaux sans pratiquement aucun contrôle de la justice ».

Dans le rapport, les cinq associations fustigent le fait qu’en France métropolitaine la rétention a été employée par les autorités à d’autres fins que celles prévues par la loi. Les salariés et bénévoles intervenants auprès des personnes placées en rétention dénoncent aussi l’enfermement de personnes malades, de femmes enceintes, de demandeurs d’asile, et de victimes de la traite des êtres humains. La vulnérabilité de ces individus n’ayant pas été prise en compte, d’autant qu’ils nécessitent une protection urgente de l’administration, plutôt que d’être privés de liberté.