France-Liberia : le coup de pression d’Ellen Johnson Sirleaf à Laurent Fabius

Crise diplomatique en vue entre le Liberia et la France ? Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a en tout cas été la cible directe de la colère de la dirigeante libérienne, Ellen Johnson Sirleaf. Pourquoi ?

L’arrivée de François Hollande au pouvoir devait marquer « le changement » pour les Français, mais aussi pour les Africains. Le continent avait dès lors posé les bases d’un nouveau départ avec la France. En recevant en novembre 2012 la Présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, François Hollande donnait ainsi un signe fort à un pays sans grande importance pour l’hexagone. Mais, il s’est avéré que le trou dans lequel la France a enterré son indifférence envers le Liberia n’est pas si profond que cela. A commencer par l’invitation officielle envoyée par la présidence libérienne à destination de l’Elysée, afin qu’à son tour Hollande visite Monrovia. Mais cette invitation en bonne et due forme est restée lettre morte, ce qui a évidemment eu le don d’agacer la Prix Nobel de la paix 2011.

Il faut avouer que sans la présence de certains grands groupes français comme Bolloré ou Michelin, le Liberia aurait parfaitement pu tomber dans la case oubliette du continent, aux côtés de la Sierra Leone, de Sao Tomé, du Malawi ou encore de la Gambie où Paris a décidé de fermer ses ambassades dans le cadre d’un « plan de rationalisation », voulu par Laurent Fabius himself. En revanche, la France a refusé l’ouverture d’une antenne consulaire au Liberia. Pour se rendre en France, les Libériens doivent donc monter un dossier au consulat de France d’Abidjan, à 750 km ! Et faute de ligne aérienne directe, ils doivent passer par Accra, rappelle La lettre du continent.

Le Liberia met la pression

Mais la dirigeante libérienne, fort de son caractère, n’entend pas se laisser faire et dicte ses conditions à Fabius. Elle refuse d’accréditer Roland Bréjon, 63 ans, nommé en Conseil des ministres début 2013 comme nouvel ambassadeur de France. Elle exige une personnalité plus jeune. En mai, Bréjon n’était toujours pas fixé sur son sort et a dû prolonger sa mission au Togo. Laurent Fabius se plie aux exigences de Johnson Sirleaf et désigne Joël Godeau, âgé de 59 ans. On est encore loin de ce qu’attendait Monrovia, mais le Liberia a en tout état de cause su s’imposer.

En ce qui concerne Roland Bréjon, il devrait rejoindre l’ambassade de France à Kaboul. Ce poste, demandé par Bréjon en personne et que le Quai d’Orsay n’a pu lui refuser en raison de la mésaventure libérienne, est actuellement le plus onéreux pour la diplomatie française (protection rapprochée, véhicule blindé, primes de risque, etc.). Drôle de « plan de rationalisation »…