France : l’enseignement de l’esclavage menacé à l’école primaire


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François Durpaire

Par l’arrêté du 4 avril 2007, la mention de l’esclavage a été supprimée des points forts des programmes scolaires français. François Durpaire, historien et président de l’Institut des Diasporas Noires Francophones revient sur cette suppression qui va à l’encontre de l’évolution initiée depuis la loi Taubira.

François Durpaire Selon la loi Taubira, les programmes scolaires doivent accorder à la traite et à l’esclavage « la place qu’ils méritent ». Dans le même temps, une journée commémorative est mise en place dans les établissements scolaires. Depuis 2002, les programmes de l’école primaire en histoire avaient introduit l’esclavage dans leurs « points forts », qui résument ce qui est considéré comme essentiel. Quelle ne fût pas la surprise des enseignants de constater que cette mention de l’esclavage avait été supprimée au moment de la modification des programmes en 2007. Quelques lignes plus loin, une autre suppression attirait l’attention des enseignants, celle de « l’extermination des juifs par les nazis : un crime contre l’humanité »…

Nous apprenions il y a quelques jours qu’un projet d’arrêté serait examiné lors de la « commission écoles » du 11 septembre prochain, visant à invalider la suppression de la mention : « l’extermination des juifs par les nazis. » Suite à de discrètes pressions politiques, cette période si importante de notre histoire allait être heureusement réintroduite. Point de mention cependant d’une semblable démarche au sujet de l’esclavage. Alors que les textes de l’éducation nationale réclament des enseignants de ne pas négliger cette histoire (encore en avril dernier), sa suppression des points forts du programme (le même mois !) crée un symbole inverse. Ces injonctions contradictoires donnent une impression de cacophonie.

Les raisons profondes de la suppression

Les raisons invoquées pour justifier ces suppressions tiennent à la simplification des programmes. Mais les choix opérés ne sont pas innocents, et si l’idée est bien de « retenir l’essentiel », la suppression de ces phrases n’en a que plus de signification. Deux raisons profondes peuvent être envisagées. La première est la volonté de supprimer des mots (« massacres », « extermination ») qui pourraient choquer la sensibilité de jeunes élèves. S’il est tout à fait légitime de s’interroger sur la manière d’enseigner ces périodes douloureuses, il faut souligner que le passé de l’humanité est indissociable des tragédies et que rien ne serait pire que de chercher à l’édulcorer. La majorité des élèves entretient avec le passé un rapport externe (froid). Or, ce serait d’un rapport interne (chaud) que naîtrait la capacité de s’approprier la connaissance historique. Lorsque certains évoquent la menace qu’il y aurait – pour la sérénité à l’intérieur de la classe -, à aborder les sujets « difficiles », il faut souligner le danger, inverse, de l’indifférence. Précisément, c’est de la tension que naîtrait l’attention…

La deuxième raison tient à l’opposition qui est faite entre « les mémoires », qui aboutiraient à la dictature des émotions, et l’ « Histoire », qui les placerait à distance. Cette alternative simpliste néglige un troisième terme : l’enseignement historique n’est pas une transposition de l’Histoire universitaire, faite d’incertitudes et de discontinuités, mais bien la « Mémoire sociale » qui rend intelligible le projet d’une société.

François Durpaire, histoirien, président de l’Institut des Diasporas Noires Francophones

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