Fouad Mourtada, le faux frère du roi Mohamed VI

Fouad Mourtada risque la prison ferme pour avoir emprunté l’identité du jeune frère du roi Mohamed VI. Le procès du jeune informaticien s’est ouvert vendredi à Casablanca et a été ajourné au 22 février. Un soutien massif s’organise en sa faveur sur Internet.

Fouad Mourtada risque gros. Ce Marocain de 26 ans est jugé depuis vendredi devant le tribunal de Casablanca pour s’être fait passer pour le prince Moulay Rachid – frère du roi Mohamed VI – sur le site de réseautage social Facebook. Il a été arrêté puis incarcéré début février et aurait subi divers mauvais traitements : coups, insultes, crachats, torture… Un temps soupçonné de liens avec des groupes terroristes ou d’avoir créé ce profil pour séduire des femmes, Fouad Mourtada est finalement poursuivi pour « usurpation de fonction » et « falsification de documents informatiques ». Des accusations qui, s’il était reconnu coupable, pourrait lui valoir plusieurs années de prison ferme.

« Mon client n’a commis aucune escroquerie à l’égard de quiconque. (…) Il s’agit d’un problème de culture : c’est la première fois qu’un Marocain se fait passer pour quelqu’un de très important sur un site internet, alors qu’en Europe et aux Etats-Unis, c’est déjà monnaie courante », a déclaré vendredi l’avocat Ali Amar, qui défend Fouad Mourtada. La justice marocaine pourrait d’ailleurs peiner à régler ce dossier car l’accusation d’usurpation d’identité sur une plateforme telle que Facebook ne serait pas défendable.

Cyber-résistance

Fouad Mourtada, dont le procès a été ajourné au 22 février, ne pensait pas que toute cette affaire irait si loin. « J’ai effectivement créé ce compte le 15 janvier 2008, a-t-il confessé au Comité de Soutien à Fouad Mourtada, qui lui rendait visite à la prison d’Oukacha. Il est resté en ligne quelques jours avant que quelqu’un ne le ferme. Il y a tellement de profils de célébrités sur Facebook. Je n’ai jamais pensé qu’en créant le profil de SAR [Son Altesse royale] le prince Moulay Rachid je lui portais atteinte. (…) C’était juste une plaisanterie, une blague ».

Il fait même amende honorable : « Je regrette mon geste et implore le pardon pour le mal que j’ai causé à toute ma famille. Je ne suis pas un malfaiteur, mon ambition dans la vie était simplement d’avoir un travail stable et une vie normale ». Un avenir remis en cause par la menace de condamnation que les internautes, notamment Marocains, espèrent empêcher pour défendre leur liberté d’expression.

Le site Internet Helpfouad, créé pour soutenir l’informaticien, a mis en ligne une « pétition pour la libération de Fouad ». Preuve que la cause de Fouad Mourtada ne laisse pas indifférent, les visites du site sont passées des 2 881 le 13 février à 17 750 cinq jours plus tard. La pétition en ligne a fait un bon de 307 à 1 590 signatures durant la même période. Le soutien sur Facebook réunissait le 18 février 1 403 adhérents au réseau, contre 166 le 13. A noter que plusieurs sites d’information, notamment marocains, se mobilisent pour Fouad Mourtada.