Flambée des prix au Zimbabwe

20 dollars zimbabwéens

Le Zimbabwe connaît une crise économique sans précédent. L’inflation s’élève à un taux record de 364,5%. Face à cette flambée des prix, le quotidien des habitants devient de plus en plus difficile. Même ceux qui ont un bon statut professionnel peinent à mener une vie normale. Le pays manque de tout.

Le Zimbabwe s’enfonce dans la crise économique. L’inflation s’élève à son plus haut niveau, culminant à 364,5%. La situation des habitants se détériore chaque jour un peu plus. Difficile de dire quand l’ascension prendra fin. Au delà des simples mécanismes de marché (offre/demande), c’est le gouvernement et les principaux acteurs du marché du travail qui délibèrent et votent l’augmentation des prix.

D’une semaine sur l’autre, la différence est saisissante. Bleffint d’Harare a déclaré que le prix du pain était de 200 dollars zimbabwéens la semaine. Aujourd’hui il en coûte 1 000. Autre exemple. Même si à l’ambassade du Zimbabwe en France on considère que le taux d’inflation annoncé est surestimé, on reconnaît qu’en janvier dernier, « le litre d’essence valait 140 dollars zimbabwéens contre 450 depuis avril ».

La population prend les devants

Chacun se débrouille comme il peut pour vivre. Sur le marché noir on trouve ce qui manque sur les étals. C’est-à-dire à peu près tout. « Du riz, de l’huile et même de l’essence », énumère Nicki M., docteur au Zimbabwe. « Ceux qui en ont les moyens se rendent à l’étranger et ramènent des articles qu’ils vendront à leur retour », poursuit-elle. Ces activités touchent aussi bien l’agriculteur que le politicien. « Les ministres sont logés, nourris, véhiculés par le gouvernement. Pourtant, ils ne parviennent pas à vivre avec leur salaire. Comme nous, ils sont obligés d’avoir des activités annexes ».

Avoir un poste stable ne met donc pas à l’abri du besoin. D’autant plus que « cela fait un an que les salaires n’ont pas été augmentés », souligne Bleffint. Du coup, les revenus ne suivent pas la hausse vertigineuse des prix. Beaucoup font des heures supplémentaires, exercent un autre travail. Et c’est encore trop juste pour joindre les deux bouts. Nicki gagne l’équivalent de 120 dollars américains par mois. Juste le prix de son loyer. « Dans de telles conditions, comment payer ses factures, nourrir ses enfants et payer leurs études ? », se demande t-elle.

Le cycle de l’inflation

La hausse successive des prix est due en partie à la pénurie de produits de première nécessité. D’un côté, les aides accordées au pays ont fortement diminuées (sanction imposée par les pays du Nord en raison des brèches aux droits de l’Homme). De l’autre, la politique agraire du chef de l’Etat, visant à redistribuer les terres des fermiers blancs aux Noirs, fait chuter la production. « 70% des terres n’ont pas produit ce qu’elles devaient », raconte Nicki. Les ressources alimentaires sont très réduites. Et deux ans de sécheresse n’ont pas arrangé les choses. Conséquence : les prix flambent.

Depuis cinq ans, la situation s’est sensiblement détériorée. Les banques sont réticentes à accorder des prêts. D’ailleurs, depuis le début de l’année, la Banque centrale peine même pour imprimer les billets. La monnaie ne vaut plus grand chose. La parité dollar américain et zimbabwéen n’est plus qu’un lointain souvenir. Pour un billet vert, on reçoit 800, 24 dollars zimbabwéens. Le commerce avec l’étranger étant passablement réduit, les devises se trouvent au compte goutte. Excédés ou découragés, certains fuient vers l’Afrique du Sud, le Botswana ou l’Angleterre. Une hémorragie qui vide le pays de ses forces vives.