Fin du calvaire pour les « moutons maudits »

L’Erythrée a finalement recueilli les 52 000 moutons originaires d’Australie qui erraient depuis 70 jours sur les eaux du Moyen-Orient. Un périple qui a commencé quand les autorités saoudiennes ont refusé le débarquement de la cargaison pour raison sanitaire.

Une catastrophe sanitaire a été évitée de peu. Depuis deux mois, toutes les associations de défense des animaux s’étaient insurgées du sort tragique promis aux 52 000 moutons survivants du bateau néerlandais, le Cormo Express. Importés d’Australie par un Saoudien, les autorités sanitaires du pays destinataire avaient interdit le débarquement de la cargaison parce que, selon leurs vétérinaires, 6 % des animaux avaient la gale (contre 0,34% pour les vétérinaires australiens). S’ensuit une odyssée de plus de 10 semaines sur un bateau pendant lequel le cheptel subit la perte d’au moins 5 000 têtes, causée par le stress, la chaleur et l’épuisement. Un épilogue heureux clôt cette aventure, les moutons étant enfin recueillis par l’Erythrée.

57 000 moutons à l’embarquement, 52 000 à l’arrivée. Le constat aurait pu être pire. Au cours de cette croisière forcée, on ne compte qu’un seul ravitaillement. Les associations de défense des animaux à travers le monde, s’étaient fait l’écho de la souffrance des animaux, allant même jusqu’à préconiser l’euthanasie. Une pratique qui nécessite toutefois nécessite un matériel spécifique et des locaux appropriés. Une entreprise impossible sur un bateau. Devant le scandale qui enflait, le plus gros exportateur de bétail au monde, l’Australie, a décidé de racheter les moutons au Saoudien pour 2,6 millions d’euros et de chercher un nouvel acquéreur.

Moutons galeux, moutons malchanceux

Le refus des Saoudiens a jeté comme une malédiction sur ces moutons. En effet, le Pakistan, l’Irak, les Emirats arabes unis et une vingtaine d’autres pays ont tous refusé de prendre la cargaison. La gale du mouton est une maladie contagieuse qui provoque la diminution de la qualité de la laine, l’amaigrissement des bêtes, mais aussi la mort des bêtes, quand l’infestation est sévère.

Pourtant, le ministère de l’Agriculture australien a garanti que les bêtes étaient en bonne santé, suffisamment nourries et surveillées. Destinés aux boucheries hallal saoudienne, les moutons finiront finalement dans les assiettes érythréennes. Le ministre de l’Agriculture érythréen s’explique à la BBC : « Nous sommes un peuple fier. Nous n’aurions jamais accepté des moutons malades ». Débarqués vendredi à Massawa, les moutons sont arrivés en « bonne santé ». D’autant plus que l’Australie les a livrés avec une enveloppe de 600 000 euros et 3 000 tonnes de nourriture, histoire de ne plus en entendre parler. Ils arrivent juste à temps pour le Ramadan.