Festival de Cordoba : pour que l’Afrique se raconte elle-même via le cinéma

Née en 2004, le Festival de cinéma africain de Cordoba a pour but de faire connaitre l’Afrique aux Espagnols, qui voient encore le continent à travers de nombreux clichés. La directrice du Festival, Mane Cisneros Manrique, est actuellement au Sénégal pour parler de l’impact que l’évènement a dans son pays. Afrik.com l’a rencontré à l’université Cheikh Anta Diop, à Dakar.

A Dakar,

Il n’a sans doute pas la même renommée que le Festival de Cannes. Mais le Festival de Cordoba a eu un véritable impact sur le regard que de nombreux espagnols portent sur l’Afrique. A travers le Festival, qui présente une sélection de films africains chaque année, ils ont découvert une Afrique autre que celle ravagée par la guerre, les épidémies, ou encore la pauvreté. C’est précisément le but du Festival, qui souhaite mieux faire connaitre le continent à travers le cinéma au monde hispanique.

Un message que la directrice du Festival Mane Cisneros Manrique a porté face à une multitude de journalistes sénégalais, à l’institut espagnol, de l’université Cheikh Anta Diop, à Dakar. Arborant des cheveux blonds bouclés, elle peut parler pendant des heures du Festival de cinéma africain de Cordoba. Elle tenait et avait hâte de présenter les objectifs de ce projet au pays de la Téranga, qu’elle présente d’emblée comme « le pays du sourire », « un pays gentil », où l’on se « sent comme chez soi ». Il faut dire que sa passion pour le continent n’a pas de limite. Et l’on comprend mieux pourquoi elle est à tête d’un tel projet. D’entrée, elle rappelle que le « « Festival est née en 2004 à Tarifa, à 14 kilomètres du Maroc, où d’ailleurs des milliers de migrants tentent de joindre l’Europe». Mais des « barrières il y en a pas en culture », assure-t-elle, soulignant que le « Festival de Cordoba a été créé justement pour créer des ponts par la culture, qui est le seul moyen d’affranchir les barrières ».

« Le Festival joue un rôle didactique »

L’objectif de la création du Festival, qui présente 800 films en moyenne, est « d’emmener l’Afrique à l’Espagne via des films africains », explique Mane Cisneros Manrique, précisant que les films ne sont pas doublés pour les garder dans leur langue d’origine et préserver leur authenticité. « La plupart des Espagnols ne connaissent pas l’Afrique en effet. Ils ne connaissent l’Afrique qu’a travers les médias qui ne reflètent pas la réalité du continent », déplore-t-elle. Par conséquent, selon elle, « le Festival doit donc jouer un rôle didactique car en Espagne peu de films africains sont diffusés à la télévision. Mais « les stéréotypes sont tellement forts qu’ils sont convaincus que personne n’allumera la télé pour regarder un film africain ». Le Festival est suivi en moyenne entre 10 000 à 13 000 personnes en Espagne. Un nombre considérable, qui constitue un pas en avant, pour Mane Cisneros Manrique.

Or le monde hispanique, qui représente 500 millions de personnes, est pourtant un marché très important, rappelle la directrice.« D’autant que dans ce monde hispanique, notamment en Amérique du Sud, 200 millions de personnes sont descendants d’Africains. En Equateur, il y a notamment 2 millions de descendants d’Africains qui n’ont jamais été esclaves, qui parlent aujourd’hui encore un Yoruba parfait comme s’ils n’avaient jamais quitté leur pays d’origine ».

La direction du Festival est conscient du potentiel de ce marché. « Nous voulons également effectuer des passerelles entre l’Amérique latine et l’Afrique qui ont des liens très forts à travers le Festival », Mane Cisneros Manrique. « Nous sommes en train de travailler sur ce projet pour que les films africains puissent débarquer en Amérique latine. L’objectif, faire des bonds entre l’Afrique et l’Amérique latine. Notre Festival est donc très important ». Selon elle, « il est d’autant plus important qu’il donne la voix aux Africains de telle sorte que l’Afrique se raconte elle-même ».