Festival de Cannes : Un « Grigris » sans magie

Mahamat-Saleh Haroun et ses principaux acteurs : Anaïs Monory (droite) et Souleymane Démé (gauche).

Grisgris de Mahamat-Saleh Haroun est entré dans la compétition cannoise ce mercredi. Le héros du film tchadien, seul film africain en lice pour la Palme d’Or, est un homme handicapé passionné par la danse, happé par l’amour et rattrapé par ses erreurs. La fiction qui rend compte de ce destin iconoclaste n’en a jamais la grâce.

C’est toujours l’histoire d’un père et d’un (beau) fils – le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun reste fidèle à son thème fétiche – mais, contrairement à ses précédents films, il s’agit d’un point de départ. La maladie du compagnon de sa mère est à l’origine des futures compromissions de Grigris. Le film éponyme est l’unique œuvre africaine qui prend part à la course à la Palme d’or au Festival de Cannes.

A 25 ans, Grigris est apprenti photographe dans l’atelier de son beau-père, le jour, et danseur émérite le soir dans les boîtes de nuit de la capitale tchadienne, N’Djamena. Cela en dépit de son handicap à la jambe. A ce membre mort, il insuffle sans cesse la vie. Bientôt, les soucis de santé de son père obligent Grisgris à trouver une autre source de revenus. Il s’adresse alors à Moussa, le trafiquant d’essence local, qui tente de lui dicter sa loi. Le décor est planté et on imagine que la suite ne sera pas forcément belle. Sauf que Grisgris rencontre Mimi, prostituée de son état. Et sa vie, qui sera de plus en plus compliquée, s’illumine quelque peu grâce à l’amour.

Mahamat-Saleh Haroun et ses principaux acteurs : Anaïs Monory (droite) et Souleymane Démé (gauche).

Le danseur burkinabè Souleymane Démé incarne un Grisgris taiseux, comme le sont souvent les héros du cinéaste tchadien. Peut-être un peu plus que d’habitude, car le jeune homme a un langage de prédilection : la danse. Dans un contexte africain où l’handicap est souvent plus rédhibitoire qu’ailleurs, Mahamat-Saleh Haroun crée un véritable héros. Toujours debout. Au lieu d’être un poids pour les siens, il leur est d’une aide précieuse. Tant pour sa mère, lingère, que son père affaibli par la maladie. Grisgris suscite l’admiration d’entrée de jeu. Ce personnage-là est la plus grande qualité du film de Mahamat-Saleh Haroun.

L’invraisemblale aventure d’un héros qui danse

Alors qu’il semble s’attacher à décrire le drame d’un homme, le scénario de Mahamat-Saleh Haroun tourne le dos à toute vraisemblance. Et cela semble loin d’être un parti pris artistique. Grisgris gagne quelque peu en véracité quand il s’agit de rendre compte de ce trafic d’essence : le convoyage la nuit, les courses-poursuites avec les policiers, la manne financière qu’il peut représenter et la dangerosité de ses acteurs. Autrement, les scènes s’enchaînent avec des dialogues aussi plats les uns que les autres. Ils n’en disent pas plus que ce que les images montrent déjà. Notamment quand il s’agit de l’évolution de cette romance iconoclaste entre Mimi, la prostituée, et Grigris qui bien évidemment ne veut plus la partager avec des inconnus.

Face à un personnage principal dense par essence, les autres protagonistes paraissent n’être que des faire-valoir nécessaires à la construction du récit. Ce déséquilibre dans la mise en scène et un scénario qui manque trop souvent de subtilités, sont quelques-unes des faiblesses, qui participent à faire de Grisgris un long métrage peu consistant en dépit de son bon niveau technique, de toutes ses bonnes intentions artistiques et symboliques. Après Un homme qui crie, Prix du jury à Cannes en 2010, tous les espoirs étaient pourtant permis.

 « Grisgris » de Mahamat-Saleh Haroun

avec Souleymane Démé, Anaïs Monory et Cyril Guei

Sortie française : 28 août 2013