Festival Afrikakeur 2006 : la musique sans le blues

La 3e édition du festival Afrikakeur a débuté le 31 mai dernier à Dakar. Plus de 60 groupes dont 20 de l’étranger et des têtes d’affiche comme Singuila ou Lady Sweety ont fait le déplacement et se produiront jusqu’à dimanche dans capitale sénégalaise. Malgré le manque de soutien et les difficultés financières, la flamme de Patrick Corréa, directeur général et initiateur de l’événement, reste intacte. Elle lui donne même l’envie de se dépasser. Pour les artistes, pour la culture, pour le Sénégal et pour l’Afrique. Interview.

Afrikakeur est tout simplement le plus grand festival musical de toute l’Afrique de l’Ouest. Comme en témoigne la troisième édition, qui a ouvert ses portes le 31 mai dernier à Dakar. Au programme : plus de 60 groupes, dont 20 de l’étranger, et de nombreuses têtes d’affiches françaises venues gracieusement soutenir l’événement. À l’image de Lady Sweety ou de Singuila. Même si le grand rendez-vous dakarois a un peu revu ses ambitions à la baisse, faute de partenaires financiers, il affiche toujours la même volonté de tenir, d’entretenir et de développer un bastion culturel où les artistes du Sénégal, de la sous-région et de l’Afrique puissent exprimer leurs talents. Envers et contre tout. Patrick Corréa, initiateur de cette grand messe musicale, chirurgien de profession, nous confie ses difficultés. Difficultés qui ne l’empêchent pas d’avancer.

Afrik.com : Quel bilan faites-vous des deux dernières éditions?

Patrick Corréa :
Le bilan est plus que négatif pour les éditions précédentes. Nous perdons, chaque année, 30 millions de FCFA au minimum (45 750 euros). Aujourd’hui Afrikakeur paie des dettes de la première édition. Mais ce n’est pas ça qui va nous faire baisser les bras. Le fait est que nous faisons venir entre 80 et 100 personnes de France et que nous organisons le passage de 100 groupes en 5 jours. Certaines entreprises qui nous avaient promis leur soutien n’ont pas respecté leurs engagements que nous avions consignés et cosignés dans des accords écrits de partenariat. Mais elles nous ont lâché au dernier moment. D’où les couacs d’organisation. L’engouement est maximum au niveau des artistes, surtout à l’international, mais il s’amenuise de plus en plus du côté des annonceurs, de l’Etat et des partenaires locaux. Le Centre Culturel Français, que je remercie pour ce qu’il a donné les années passées, donne par exemple, aujourd’hui, le minimum.

Afrik.com : Pourquoi continuez-vous à faire ce festival si vous perdez de l’argent?

Patrick Corréa :
Parce que ce ça m’éclate de le faire. Ça rend service à beaucoup de gens et ça participe à la vie culturelle du Sénégal, en rendant la culture accessible à tous. Rien n’est organisé à Dakar pour eux. Afrikakeur leur rend hommage et c’est ce qui me donne la force de me battre. Le bilan reste une réussite sur base des objectifs de départ à savoir associer plusieurs cultures et plusieurs personnes dans un endroit agréable pour prouver qu’on pouvait faire beaucoup de choses au Sénégal. Et puis la réussite est que tout le monde s’est approprié l’événement et c’était le but. Tous les artistes qui sont venus n’ont demandé aucun cachet, même si ce n’est pas le but car l’artiste doit vivre de sa musique. Mais Afrikakeur est un peu une maison. Lady Sweety va même faire une compilation Afrikakeur avec, entre autres, Angélique Kidjo et Didier Awady.

Afrik.com : Combien coûte une édition d’Afrikakeur ?

Patrick Corréa :
Cette année, on a vu nos ambitions à la baisse en diminuant de moitié ce qu’on voulait organiser. Cette édition revient à 80 millions de FCFA, en comptant 60 millions en échange marchandise avec Air Sénégal international, qui nous soutient toujours, pour les billets d’avion. Nous avons pu en avoir 80 dont quelque 70 pour des artistes venant de France.

Afrik.com : N’existe-t-il pas, pour un événement de cette ampleur, des aides internationales ?

Patrick Corréa :
Oui, mais il faut préparer des dossiers qui n’en finissent pas. Les procédures sont extrêmement complexes, et parfois complètement inadaptées aux réalités africaines. Elles veulent, par exemple, que la structure ait déjà signé les contrats avec les artistes avant d’éventuellement vous aider. Mais quelle entreprise va signer avec un artiste si elle n’est pas sûre d’avoir de quoi honorer le contrat ? L’artiste se retournera contre vous.

Afrik.com : Vous avez revu vos ambitions à la baisse. Qu’est ce que vous aviez prévu de faire et que vous avez dû abandonner ?

Patrick Corréa :
Nous regrettons de n’avoir pu rien faire sur Senghor. Nous voulions faire venir le Slam Opéra de Mike Sylla (mais il y 15 personnes) et monter une performance avec Richard Bohringer (célèbre acteur français) et les poèmes de Senghor. Et puis avant, nous organisions une grande sélection interactive ou nous faisions passer à la télé tous les dimanches 100 ou 200 groupes, les gens votaient, il y avait une vraie sélection populaire. Si nous n’avons pas pu le faire cette année, la fois prochaine nous le ferons mais au niveau sous-régional pour avoir un événement plus panafricain.

Afrik.com : L’acteur Mouss Diouf était partie prenante dans Afrikakeur. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Patrick Corréa :
Il est toujours là, mais il ne peut pas investir son temps sur un festival qui lui fait perdre de l’argent et avoir en face de lui des gens qui ne sont pas ambitieux… Il est normal qu’il ait pris un peu de recul.

Afrik.com : Combien de personnes travaillent pour Afrikakeur ?

Patrick Corréa :
Afrikakeur est un travail annuel. Nous avons d’autres activités que le festival, comme des actions de prévention-santé dans les villages. Nous organisons ainsi des tournées d’information et de sensibilisation et nous réalisons de petits films à cet effet. Nous sommes trois pour cela, mais les effectifs montent jusqu’à 30 au moment du festival.

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