Ferroviaire Cameroun-Tchad : Yaoundé tranche pour le tracé occidental, N’Djamena dément toute validation


Lecture 4 min.
train Camrail
train Camrail

La présidence camerounaise a arrêté début juin l’itinéraire occidental pour la future ligne ferroviaire devant relier Ngaoundéré à N’Djamena, l’un des principaux projets d’intégration économique en Afrique centrale. Mais N’Djamena a aussitôt démenti toute validation définitive, rappelant que le tracé reste un choix bilatéral à confirmer.

Un arbitrage camerounais aussitôt nuancé par le Tchad

Selon les informations relayées par Africa Intelligence, l’arbitrage a été rendu le 5 juin par le secrétaire général de la présidence camerounaise, Ferdinand Ngoh Ngoh, au ministre des Transports Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe. Yaoundé aurait retenu un tracé occidental passant par Garoua, Maroua, Kousseri puis N’Djamena, au détriment d’une ligne centrale via Figuil et Pala et d’un corridor empruntant Moundou et Bongor en territoire tchadien.

Le gouvernement tchadien a toutefois apporté un démenti. Son ministère des Transports affirme que le tracé n’a fait l’objet d’aucune validation définitive et que toutes les options demeurent à l’étude. N’Djamena invite l’opinion à la prudence face aux interprétations prématurées et précise que la décision finale interviendra d’un commun accord entre les deux États, par les canaux institutionnels appropriés. À ce stade, l’arbitrage relève donc d’une préférence camerounaise, non d’un accord bilatéral acté.

Un tracé plus coûteux, retenu pour désenclaver le Grand Nord

Le choix occidental est jugé moins avantageux sur le plan strictement économique. Les estimations issues de l’étude de faisabilité chiffrent cette option à près de 4 829 milliards de FCFA, contre environ 2 988 milliards pour le corridor passant par Moundou et Bongor. L’itinéraire retenu par Yaoundé permettrait néanmoins de desservir Garoua et Maroua, deux villes marquées par des troubles en marge de la présidentielle d’octobre 2025, où le manque d’infrastructures de transport figurait parmi les revendications.

La ligne partirait de Ngaoundéré, terminus actuel du réseau ferroviaire camerounais, pour traverser plusieurs pôles économiques du nord du pays avant de rejoindre Kousseri, à proximité de la frontière, puis N’Djamena. Pour le Tchad, pays enclavé, l’accès au port de Douala constitue un enjeu stratégique : une large part de ses importations et exportations transite déjà par le territoire camerounais via le corridor routier Douala-N’Djamena. Le rail viserait à fluidifier le transport des marchandises lourdes, des produits agricoles, du bétail et des ressources minières, à réduire les coûts logistiques et à alléger la pression sur les axes routiers.

Un levier de développement territorial

Au-delà des échanges internationaux, le projet est présenté comme un instrument de développement régional. En desservant l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord, il rapprocherait ces régions camerounaises des grands centres économiques du pays. Les autorités espèrent y favoriser la circulation des personnes et des biens et attirer des investissements dans l’agriculture, l’élevage et l’industrie. Du côté tchadien, la liaison pourrait mieux intégrer certaines zones productives aux circuits commerciaux régionaux.

Plusieurs étapes restent à franchir avant le lancement des travaux. Le coût global, chiffré en milliers de milliards de FCFA, suppose la mobilisation de financements importants auprès des partenaires techniques et financiers. Il demande aussi des mécanismes de partenariat public-privé. La Banque africaine de développement, qui a financé l’étude de faisabilité via un prêt signé en 2021, pourrait jouer un rôle dans la structuration financière, aux côtés d’autres institutions régionales et internationales. Les Émirats arabes unis ont par ailleurs rejoint le projet.

La future ligne s’inscrit dans la dynamique de développement des corridors de transport en Afrique centrale portée par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), qui encourage le renforcement des infrastructures transfrontalières pour stimuler les échanges intra-africains. Pour Yaoundé comme pour N’Djamena, le dossier ferroviaire engage autant la coopération bilatérale que le désenclavement du Sahel central. Reste à transformer une préférence camerounaise en accord partagé.

Franck Biyidi
LIRE LA BIO
Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
Newsletter Source préférée