Femmes du Caire : la guerre des sexes aura-t-elle lieu ?

Au travers de quatre histoires de femmes, le réalisateur Yousry Nasrallah dépeint une société égyptienne emprisonnée dans des contraintes sociales, politiques et religieuses. Femmes du Caire brosse un portrait sans concession du patriarcat et pose un regard intelligent sur les Egyptiennes qui se débattent pour sortir de leurs conditions.

En Égypte, le film du réalisateur Yousry Nasrallah porte le titre évocateur de Shéhérazade, raconte moi une histoire. Et pour cause, Hebba (Mona Zaki), la journaliste vedette dans Femmes du Caire, prend les traits de la conteuse des Milles et une nuit le temps d’un talk show télévisée. Là où Shéhérazade narrait des histoires pour sauver sa vie, le personnage principal essaye de changer la sienne.

Femmes au bord de la crise de nerfs

Contrainte par son mari d’arrêter ses émissions jugées trop « politiquement incorrectes », Hebba commence à traiter d’un sujet qu’elle croit plus léger : la condition des femmes au Caire. Mais c’est une erreur. Car en Égypte, comme le répète et le crie l’héroïne: « tout est politique ». Les trois femmes invitées sur le plateau d’Hebba dépeignent par touches successives la société égyptienne. Il y a le récit de cette femme internée dans une clinique psychiatrique à la suite d’un mariage raté, puis celui d’une ancienne détenue qui a tué son amant et enfin celui d’une manifestante contrainte d’avorter, après que son compagnon eût voulu l’escroquer. Des Égyptiennes au bord de la crise de nerfs qui s’énervent, s’affolent, se débattent, emprisonnées dans des contraintes sociales qui les dépassent. Elles sont semblables aux héroïnes « hystérisées » du réalisateur espagnol Pedro Almodovar en proie à des sentiments volontairement exagérés : passion, haine, colère. Hebba, jeune femme à vif, indépendante et dynamique, ressemble d’ailleurs beaucoup à Rebeca (Victoria Abril), la présentatrice tourmentée de Tele Noticias dans Talons aiguilles.

Un film à charge

Dans Femmes du Caire se dessine en arrière-fond une Égypte vérolée par la censure et le tout puissant patriarcat. Un parti pris du réalisateur qui signe un film à charge contre les hommes et la société qu’ils ont bâtie. Ici, les rapports entre les genres sont manichéens et leurs effets sont dramatiques, violents et sans surprises. Yousry Nasrahall égratigne « la superbe » des hommes les montrant tantôt lâches, manipulateurs, autoritaires, inconstants. Le réalisateur use et abuse de ces portraits peu reluisants de la gente masculine, au point d’en faire des stéréotypes. Résultat, le film manque de nuance et de réalisme. Seul Karim, l’époux d’Hebba, semble un peu épargné. Il est sans nul doute le personnage masculin le plus abouti, écrasé au même titre que les femmes par les contraintes religieuses, politiques et sociales. Même si ce film présente quelques défauts, il a le mérite de lever le voile sur les conditions des femmes en Égypte. Un point non négligeable.

Autre atout, Waheed Hamed, le scénariste qui avait adapté en 2006 l’ Immeuble de Yacoubian, et le réalisateur excellent dans l’histoire des trois sœurs orphelines célibataires, amoureuses du même homme. Un mélange de fiction populaire égyptienne et de mélodrame emprunté au film In the Mood for Love du cinéaste hong-kongais Wong Kar-wai. La caméra de Yousry Nasrahall se fait plus lente et plus sensuelle, épousant à la perfection les élans d’amour et les désillusions des trois jeunes filles.

Réalisée en 2009, ce film a été critiqué par les groupes islamistes qui ont demandé son interdiction. En vain. A sa sortie, Femmes du Caire a connu un grand succès avec 500 000 entrées en Égypte, mais le réalisateur a été contraint d’ôter un plan d’une scène montrant un avortement. Il a été également obligé, pour distribuer son film dans certains pays du Golfe, de couper toutes les scènes d’amour. Preuve qu’en Égypte comme ailleurs, on n’échappe jamais vraiment à la censure, surtout quand on traite des conditions de la femme dans le monde arabe.

Bande-annonce du film :