Fellag fait chanter la Casbah

Fellag se produit depuis le 24 avril et pour une durée de deux mois à l’Opéra comique dans un spectacle intitulé  » Opéra d’Casbah « . Un spectacle qui devait à l’origine s’inspirer de  » L’Opéra d’Quat’Sous  » de Bertolt Brecht, mais qui, faute d’accord des ayants droit, s’est transformé en un demi-opéra avec l’artiste algérienne Biyouna et en un one man show de Fellag.

Fellag aurait souhaité donner sa version Casbah de L’Opéra d’Quat’sous de Bertolt Brecht. C’était sans compter avec les ayants droits, qui souhaitaient que les chansons de Kurt Weil soient conservées. La mélodie germanique pour rendre compte de la vie dans le quartier populaire algérois ? S’en était de trop pour le pourtant très imaginatif humoriste algérien. Du coup, le nouveau spectacle s’est transformé en un demi-opéra, Ma Casbah, où intervient l’artiste algérienne Biyouna accompagnée d’un orchestre arabo-andalou et de quatre charmantes danseuses, ainsi que de l’humoriste Abdou Elaidi. Fellag y fait également une apparition mais l’essentiel de sa présence sur scène est à attendre après l’entracte, dans un one man show intitulé Comment faire un bon petit couscous. L’ensemble manque d’unité mais si l’essentiel est de rire, le résultat est là.

Biyouna d’la Casbah

 » Lorsque Jérôme Savary (qui réalise le spectacle, ndlr) m’a contacté pour participer à l’Opéra d’Casbah, explique Biyouna, qui ouvre le spectacle, je devais jouer la jeune première. Devinez quel est mon rôle, maintenant ? Je chauffe la salle pour Fellag.  » La comédienne-chanteuse fait évidemment plus que cela, en reprenant admirablement de sa voix rauque les succès de la musique chaâbi, ainsi qu’une version arabe de  » Mac the Knife  » (de L’Opéra d’Quat Sous), le boucher qui découpe le mouton dans le marché de la Casbah d’Alger.

Des chansons qu’elle interprète sur fond d’images de la Casbah qui donnent parfois l’impression désagréable de diapositives. Biyouna fait également profiter le public de son talent de comédienne, lorsqu’elle fustige avec humour la fibre commerciale de certains religieux algériens, ou encore lorsqu’elle s’en prend à son fils, qui souhaiterait que sa femme française fasse le Ramadan.

Les Français aiment les Algériens

Après une apparition dans la première partie du spectacle où il fait un parallèle entre le grand empire perse et la situation actuelle en Irak, Fellag donne la pleine mesure de son talent dans son registre préféré, la satire douce-amère.  » Selon les résultats d’un sondage publié récemment, le plat préféré des Français est le couscous « , explique Fellag. Les Algériens, champions du monde du décodage, notamment dans le domaine politique, ont reçu le message cinq sur cinq. Un message qui ne signifie rien de moins que  » les Français aiment enfin les Algériens « , selon l’humoriste kabyle. L’ancien directeur du théâtre de Bejaïa en profite alors pour faire une digression sur les relations franco-algériennes, en France. Il tient notamment à rassurer les plus réticents des nationaux qui se voudraient de souche.  » Ne vous inquiétez pas, la France ne sera jamais algérienne. Sinon, à quoi ça servirait. Non, la France restera française… avec plein d’Algériens dedans.  »

En partant de cette histoire de couscous, Fellag ne manque pas d’égratigner les régimes marocains et tunisiens, ainsi que le  » petit président  » Bouteflika. Il tente ainsi de rétablir les faits en ce qui concerne la visite triomphale du président Chirac à Alger en avril dernier :  » Va applaudir ton président, ils ont dit, la France elle est revenue. Ils ont fermé les commerces, les usines, allez, c’est chomi i piyi ( » chômé et payé « ) « .

L’ultime mérite d’Opéra d’Casbah est de nous faire découvrir Abdou Elaidi. Le comédien se balade en électron libre entre Biyouna et Fellag, dans son rôle d’émigré algérien de chez  » Pigeot « . Un émigré qui se revendique français, et qui présente pour preuve son passeport de la  » République française, démocratique et populaire  » (référence à la République algérienne démocratique et populaire). Son interprétation du succès d’Yves Montand, A Bicyclette, en arabe, en réalité en  » françarabe « , est hilarante.

Opéra d’Casbah de Fellag. Opéra Comique, 5, rue Favart, 75002 Paris.

Du 24 avril au 13 juillet 2003, 20 heures, dimanche 15 heures.

Téléphone : 08-25-00-00-58.