Félix Hounkpévi, tennisman béninois, envers et contre tout

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A 26 ans, Félix Denakpo Hounkpévi est un des meilleurs joueurs de tennis du Bénin, il est numéro 2. Fan de Raphaël Nadal, gaucher comme lui, il est actuellement en quête d’un classement ATP, au niveau mondial, qu’il a perdu il y a deux ans faute de moyens pour se rendre aux meilleurs tournois organisés en Afrique de l’Ouest. Entre ses entraînements et les cours de tennis qu’il donne, AFRIK.COM l’a rencontré dans la capitale béninoise, Porto-Novo, où il vit et s’entraîne. Il rêve de sortir de son pays, d’aller en France ou aux Etats-Unis, “dans un pays où le tennis se fait vraiment”.

A Porto-Novo,

Félix Hounkpévi est un des meilleurs joueurs de tennis du Bénin, mais il vise le classement mondial : « Revenir au classement ATP (le classement mondial de tennis[[L’Association des joueurs de tennis professionnels (en anglais : Association of Tennis Professionals) a été créée en 1972 par des joueurs de tennis professionnels. En 1973, elle met en place le classement des joueurs professionnels, souvent nommé Classement ATP. Son équivalent féminin est la Women’s Tennis Association (WTA). Aujourd’hui, c’est elle qui supervise l’ensemble du circuit des plus grands tournois professionnels masculins, baptisés ATP World Tour (Source: Wikipedia)]]), mon premier objectif », clame-t-il d’entrée. A 26 ans, il a faim de victoires et de tournois. Il raconte ses débuts de carrière, ses objectifs, ses difficultés à être sportif de haut niveau dans un pays qui ne fait rien pour ses champions.

Titulaire d’une licence d’anglais qu’il a décrochée l’année dernière, Félix se consacre aujourd’hui à plein temps à sa carrière de joueur professionnel et aux cours qu’il donne dans le Stade Charles de Gaulle de Porto-Novo. Quatre terrains en dur sont alignés à l’ombre du stade de football. C’est là qu’il a découvert le tennis quand il décide, un jour, avec ses frères, de suivre leur oncle, Alphonse Hounkpévi, qui va jouer toutes les semaines. Ils se font ramasseurs de balles pour fréquenter les joueurs au plus près et usent des matériaux à leur disposition, des ardoises d’école ou autres planches de bois, pour commencer à taper dans la balle.

Discipline et détermination

Un jour, Maître Somakpo Edgar, professeur de tennis à Porto-Novo et gendarme aujourd’hui à la retraite, leur propose de les former et de commencer à leur donner des cours.

Somakpo Edgar sur les débuts de Félix dans le tennis, « il n’avait pas de chaussures, pas de raquette »:

Cette discipline en décourage certains, mais pas Félix qui persiste jusqu’à jouer les tournois des différentes catégories de jeune dans lesquelles il est à chaque fois un des meilleurs joueurs. Sa place de numéro deux béninois, établie par l’ONG Play your Game, il l’a construit en 2012, au moment où une blessure l’empêche de jouer pendant plusieurs mois. Il pense alors abandonner sa carrière de joueur de tennis professionnel et doit regarder la Coupe de l’Indépendance, un grand tournoi organisé à Porto-Novo, depuis le bord des terrains. « Cela m’a fait très mal, se souvient-il. C’est là que je me suis dit: mais pourquoi pas moi ? A voir tous les joueurs, à voir comment je m’entraîne, je me suis dit que je pouvais aussi aller très loin. C’est là que j’ai commencé à forcer, à travailler dur », jusqu’à la place de numéro un acquise en février 2015.

« Faire des tournois ATP cela demande énormément de moyens », explique-t-il, car la plupart sont organisés loin du Bénin à part certains, comme cette année, qui se sont joués au Nigeria ou encore il y a deux ans au Togo. Il faut payer l’inscription, le voyage surtout, le logement sur place notamment, que les gains rapportés dans les tournois de moindre envergure qu’il joue, et souvent remportés au Bénin et dans les pays voisins, ne suffisent pas à couvrir.

« Participer aux grands tournois, à Roland-Garros, aux US Open et pourquoi pas à Wimbledon »

Il passe parfois plusieurs mois d’affilée à attendre l’organisation d’un tournoi au Bénin, à donner des cours pour amasser de l’argent et pouvoir se préparer à jouer un prochain tournoi ATP, seule porte d’entrée dans le classement mondial. Dans ces conditions, se maintenir au meilleur niveau n’est pas chose aisée. Rares sont les joueurs dans son pays capable de faire progresser Félix qui trouve difficilement un partenaire d’entraînement à sa mesure.

A force de difficultés, il a forgé progressivement sa détermination à viser aujourd’hui le top 100 des meilleurs joueurs mondiaux. « Bien sûr, cela fait partie de mes objectifs, de participer aux grands tournois, à Roland-Garros, aux US Open et pourquoi pas à Wimbledon », répond-il.

« La Fédération béninoise de tennis n’organise presque pas de tournois »

Quand il voit certains joueurs étrangers qu’il a joués intégrer le top 300 ou 200 mondial, il se dit qu’il a sa carte à jouer. « Faire des tournois ATP, cela demande énormément de moyens », explique Félix Hounkpévi. Des amis de son club l’aident parfois à financer ses déplacements et son équipement. Il n’attend aucune aide de la Fédération béninoise de tennis. Il n’en a d’ailleurs jamais reçu. felix_aeroport.jpg « La Fédération s’occupe des joueurs juste quand il y a des événementiels comme la Coupe d’Afrique, la Coupe Davis, mais je n’ai pas encore bénéficié de cette aide », ajoute-t-il. Ces compétitions, le Bénin ne les joue pas chaque année : « Je n’ai pas encore joué la Coupe d’Afrique. La dernière fois, c’était au Congo, il y a quelques mois (en novembre 2014, à Brazzaville). La Fédération était informée, ils m’en ont informé également, mais je ne sais pas pourquoi ils n’ont plus décidé de faire participer les joueurs béninois. On attendait un coup de fil du DTN (le directeur technique national) ».

Cette institution vise officiellement à soutenir le tennis béninois, les clubs du pays et à organiser des tournois. « En tant que premier béninois, il n’y a pas de soutien, je n’ai jamais rien reçu. (…) Notre Fédération a par exemple un bus pour la sortie des joueurs, mais je ne l’ai jamais vu », critique-t-il. « Il n’a jamais reçu la moindre paire de chaussures », regrette son ancien entraîneur Somakpo Edgar. La Fédération nigériane de tennis finance entièrement la participation des joueurs du pays dans les différents tournois qu’elle organise[[En France, par exemple, c’est la Fédération française de tennis qui organise Roland-Garros]], compare-t-il, tandis qu’au Bénin, « la Fédération n’organise presque pas de tournois, ce qui est grave, inadmissible, ce qu’on ne peut pas comprendre, déplore-t-il. J’espère qu’ils vont comprendre l’utilité d’avoir des joueurs classés et les soutenir ». De son côté, il tente de se faire sponsoriser par des entreprises béninoises qui n’ont pas encore répondu à son appel. « J’ai déposé des dossiers, je pourrais dire que j’ai essayé », rapporte Félix Hounkpévi.

Nadal, « j’essaye de jouer à son image »

felix_joue.jpg S’il a l’objectif d’évoluer un jour en France ou aux Etats-Unis pour pouvoir se confronter aux meilleurs joueurs et participer régulièrement à des tournois de haut niveau, il est conscient de sa marge de progression. « Je dois me perfectionner, avoir d’abord un très bon niveau, maintenir mon titre de numéro un béninois, et puis sortir du pays. (…) Je ne peux pas rester dans ces conditions et avoir des résultats, sortir du pays, c’est indispensable, pour pouvoir évoluer dans ma carrière professionnelle », explique-t-il.

Du matin au soir, quasiment tous les jours, Félix Hounkpévi arpente les terrains de tennis de la capitale béninoise. « Nadal[[Raphaël Nadal, d’origine espagnole, est actuellement à la 10ème place du classement ATP. Ancien numéro un mondial, il a déjà gagné 14 titres du Grand Chelem dont neuf fois Roland-Garros]] c’est le joueur que j’admire, c’est mon idole. C’est un joueur que j’imite parce que d’abord il est gaucher, je suis gaucher, donc j’essaye de jouer à son image ». Le natif de Porto-Novo est un attaquant : le service-volley est son coup fort. « Rien n’est fait tant qu’il reste à faire. Je dois travailler mes services, mes déplacements vers le filet, mes jeux de jambes. Il faut travailler », conclut-il, la tête haute, le regard au loin.