Fara Ndiaye : « Je ne me voyais pas passer toute ma vie en Europe, j’aurais eu l’impression d’avoir raté ma vie »

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Ils sont nombreux les Sénégalais à effectuer un retour au bercail pour participer au développement de leur pays. Un phénomène auquel AFRIK.COM s’est intéressé. Dans cette cinquième publication, Fara Ndiaye, directrice des programmes de l’ONG Speak Up Africa qui mène des campagnes de prévention sur le paludisme en Afrique, revient sur son choix de rentrer dans son pays d’origine après avoir vécu en France, en Suisse et au Canada.

A Dakar,

C’est toujours souriante et en toute simplicité qu’elle accueille ses hôtes à son bureau. Elle leur propose à chaque fois quelque chose à boire, un verre de jus, du thé, les mettant à l’aise. Du coup le courant passe très vite avec toutes les personnes qu’elle rencontre, même pour la première fois. Bien qu’elle soit directrice des programmes de l’ONG Speak Up Africa, créé en 2011, qui mène des campagne de prévention sur le paludisme en Afrique, à tout juste 30 ans, Fara Ndiaye est restée elle même. Le sourire facile et s’exprimant toujours avec une voix douce et posée. Elle aussi, comme de nombreux jeunes de la diaspora africaine depuis quelques années, a fait le pari de revenir dans son pays d’origine pour contribuer au développement.

« C’est maintenant qu’il faut être présent en Afrique, on ne peut pas se permettre de critiquer et ne rien faire »

Voilà trois ans qu’elle est rentrée au Sénégal. Lorsqu’on lui a proposé de participer au projet de Speak Up Africa, basé à Dakar, elle n’a pas hésité. « Je sentais que j’avais énormément de choses à apprendre et vivre en Afrique. Je suis de nature casse-cou, j’ai tout de suite saisi l’opportunité, surtout que je me sentais en phase avec ce projet qui me permettait aussi de participer au développement de mon pays. C’est maintenant qu’il faut être présent en Afrique, on ne peut pas se permettre de critiquer et ne rien faire », assène-t-elle.

Avant de rentrer au Sénégal, elle a vécu dans plusieurs pays occidentaux : en France, en Suisse et au Canada. Près de 10 ans exactement. La dernière d’une fratrie de six enfants, trois de ses sœurs qui étudiaient en occident sont aussi rentrées au Sénégal après leurs études. Née au Sénégal, Fara Ndiaye y effectue sa scolarité jusqu’à ses 14 ans, puis s’envole en France en 1999 avec ses parents, fonctionnaires internationaux. Sa maman est affectée en Suisse, à Genève. Elle la rejoint. Mais Fara Ndiaye continue d’étudier dans un lycée français, situé dans une petite ville à la frontière franco-suisse. « Ma mère voulait que je poursuive ma scolarité dans un lycée français car elle pensais que ça allait me perturber d’étudier dans un autre système scolaire ».

Elle décroche alors son bac L, puis un master en droit en Suisse. Nous sommes en 2002. Elle s’envole pour le Canada à Montréal où elle obtient avec succès son Bachelor en sciences politiques et commerce international en trois ans. « J’avais une de mes sœurs au Canada, donc j’étais contente d’aller à Montréal. Dès la seconde, je savais que j’allais faire mon université aux Etats-Unis ou au Canada, raconte-t-elle. Ils mettent beaucoup l’accent sur les travaux pratiques et on apprend notre métier directement, je trouvais très très bien qu’ils nous forcent à faire des travaux de groupe, on va droit au but. C’était une façon de pratiquer mon anglais comme on vit dans un monde international ».

« On veut montrer aux Sénégalais qu’ils ont un rôle actif à jouer pour conserver leur santé »

Après son expérience à Montréal, en 2005, elle revient en Suisse et travaille pour une ONG sur la migration et la santé. Après avoir travaillé cinq ans dans cette ONG, elle intègre l’ONG Speak Up Africa en 2010. « La santé publique m’a toujours intéressée, comme encourager la population à adopter de bons comportements concernant le paludisme. « On veut montrer aux Sénégalais qu’ils ont un rôle actif à jouer pour préserver une bonne santé ». Selon elle, « il faut que la population comprenne que le paludisme est une maladie qu’on peut traiter, qui est évitable. Elle tue toujours beaucoup pourtant. Il fallait changer les mentalités. C’est ce challenge qui m’a beaucoup plu », soulignant qu’il « fallait toutefois que j’apprenne à voir comment mes compatriotes réfléchissaient. Les habitants de Kolda n’ont pas la même réflexion que ceux de Matam. Il faut donc apprendre à comprendre comment les différentes populations réfléchissent et chaque fois qu’on rencontre un peuple différent, il faut s’adapter ».

« Je ne regrette pas du tout mon retour au Sénégal »

Son travail lui permet aussi d’intervenir dans de nombreux pays de la sous-région, où elle mène des campagnes de prévention sur le paludisme. « Je découvre découvre mon continent, ce sont de belles expériences, affirme-t-elle. Maintenant ce qui m’intéresse c’est de pouvoir faire la différence. »

Fara Ndiaye considère son retour en Afrique comme une grande chance qui lui a permis notamment de retrouver le cocon familial : « ça m’a fait beaucoup de bien, après plus de dix ans à l’étranger, j’étais contente de revenir, je prend ça comme une chance. Même si parfois il y a certains réflexes ici qu’on ne comprend pas trop, après avoir vécu à l’étranger, il y a plus d’aspects positifs que de négatifs. Je ne regrette pas du tout mon retour », assure-t-elle. « Je ne me voyais pas passer toute ma vie en Europe, j’aurais eu l’impression d’avoir raté ma vie.»