« Fantan Fanga » dénonce le drame des crimes rituels

Des hommes politiques en manque de popularité commanditent des crimes rituels commis sur des albinos et des handicapés, supposés conférer des pouvoirs magiques. A travers le film Fantan Fanga, présenté dimanche à Ouagadougou, en compétition pour l’Etalon de Yennega, les Maliens Adama Drabo et Ladji Diakité dénoncent une pratique moyenâgeuse tout en prônant un renouvellement des mœurs politiques en Afrique.

Notre correspondant au Burkina Faso

Un président africain, ayant épuisé tous ses mandats électoraux légaux, est pressé par une meute de courtisans à violer la loi fondamentale. Mais va-t-il, comme la quasi-totalité de ses homologues chefs d’Etats africains, succomber à la tentation de faire subir aux lois le lit de Procuste ? Sa décision tient tout le peuple en haleine. Mais le président renonce à tordre le cou à la constitution. Tous poussent un ouf de soulagement qui cache mal cependant la hantise de voir resurgir les crimes rituels à l’approche des joutes électorales. La sombre appréhension en vue ne tarde pas à se réaliser. Lassine, un albinos, est sauvagement décapité sur ordre d’un homme politique assoiffé de pouvoir. Pour élucider ce crime de trop, un tandem décidé à faire triompher la justice: Fafa, l’ami du défunt, metteur en scène d’une troupe théâtrale composée de handicapés, et Doussou, une jeune inspectrice de police, dont le courage et la ténacité échaudent des supérieurs corrompus et machos. Voilà pour ce qui est du scénario.

Le drame des crimes rituels, dans Fantan Fanga, est abordé sous sa double couture traditionnelle et moderne. Les réalisateurs se livrent à une critique sans complaisance des Etats africains où corruption, mensonge, clientélisme règnent en maîtres. La charge est également portée contre des croyances barbares et moyenâgeuses. La question du pouvoir reste centrale dans les œuvres d’Adama Drabo. Le discours va au-delà de la dénonciation pour inviter à une réflexion morale et éthique sur la conception et la gestion du pouvoir, mais aussi à la réinvention d’une sorte de troisième voie. Dans cette entreprise, il rappelle que c’est au bout de la vieille corde que l’on noue la nouvelle. Cet exercice d’une mise sous tension de la tradition et de la modernité, permet un dépassement de soi pour élaborer un nouveau contrat social, à la fois local et universel. Dès lors, tout le monde a droit à la parole. Et celle des plus pauvres, pour peu qu’on y prête une oreille attentive peut se révéler innovante. N’est-ce pas une telle orchestration savante de la modernité et de la tradition, du contemporain et du passé, qui permet de rendre justice quand les méthodes d’investigation modernes de la police et celles divinatoires des chasseurs traditionnels dozos s’épaulent mutuellement pour la manifestation de la vérité ?

Dans Fantan Fanga, Adama Drabo accorde les premiers rôles aux femmes, tant dans la narration de l’histoire (une femme joueuse de Kora) que dans le jeu d’acteurs. Il fait preuve de logique dans sa démarche cinématographique et reste fidèle à sa vison du monde. Déjà dans « Taafé Fanga », il plaidait pour un partage équitable du pouvoir entre hommes et femmes. En évoquant la charte de « Kouroukan Fougan » de 1236, considérée comme la première déclaration universelle des Droits de l’Homme, il s’insurge contre l’afro pessimisme ambiant et bat en brèche les thèses d’une essence exclusivement judéo-chrétienne de la démocratie. Pour Adama Drabo, les Africains sont plus que mûrs pour la démocratie. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les aspirations profondes des peuples d’en bas dont il se veut l’émissaire d’un triple message auprès des puissants du jour. Pour l’instant, il a réussi à livrer deux messages : Taafé Fanga « Le pouvoir des femmes », réalisé en 1997 et le deuxième Fantan Fanga. Reste, pour boucler cette trilogie, « Donnya Fanga » ou le « Pouvoir du savoir. « Son achèvement sera la réalisation du rêve le plus beau et le plus fou qu’il m’est jamais arrivé d’imaginer. Alors ce sera la délivrance » confesse Adama Drabo. Retraite un peu anticipée pour ce sexagénaire qui semble oublier la double condition d’esclave de l’émissaire : porteur de message, il ne recouvre sa véritable liberté qu’une fois le compte rendu fait à celui qui l’a commissionné…

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