Famine en Ethiopie : vers une nouvelle catastrophe humanitaire ?

Claire Brisset, de l’Unicef, donne son point de vue sur la situation et lance un appel à la communauté internationale.

La sécheresse ravage depuis plus d’un mois la région de l’Ogaden dans le sud-est éthiopien, et chaque semaine la malnutrition apporte son lot de morts. Les premiers touchés sont bien sûr les enfants. Claire Brisset, directrice de l’information au Comité français pour l’Unicef, revient sur les problèmes rencontrés par l’aide internationale.

afrik.com : Cette famine était-elle prévisible, et est-il encore temps de contenir ses effets ?

Elle l’était tout à fait. Il n’a pas plu depuis trois ans dans l’Ogaden et le gouvernement éthiopien n’a pas été le seul à tirer la sonnette d’alarme. A l’Unicef, nous avons nous aussi lancé un appel l’année dernière, mais le système d’alerte n’a malheureusement pas suffisamment fonctionné.

80 à 90% du bétail – la seule richesse de cette population surtout pastorale – est mort, et nous savons bien qui meurt après les animaux : les enfants. Il n’est pas trop tard pour agir, mais la mobilisation doit se faire maintenant et surtout massivement, si l’on veut éviter la catastrophe des années 84-85. Nous disposons de deux mois. Attendre plus longtemps serait très grave, car les enfants ont déjà commencé à mourir.

afrik.com : La distribution de nourriture et d’eau est très laborieuse. Quels sont les problèmes rencontrés sur place ?

Des problèmes avant tout logistiques : l’Ethiopie est un pays énorme et très montagneux. Même si l’Ogaden est une région de plaine, elle est entourée de montagnes qui atteignent jusqu’à 4000 mètres. Et bien sûr, il n’y a pas de routes. Les avions gros porteurs atterrissent à Addis-Abeba, mais le transport intérieur jusqu’à l’Ogaden est vraiment complexe. Par bateau, il faut passer par le port de Djibouti dont la capacité de stockage n’excède pas 100 000 tonnes. Il faut ensuite prendre le train qui relie Djibouti à Addis : la liaison est mauvaise et la capacité insuffisante.

afrik.com : L’Erythrée a annoncé qu’elle laisserait passer l’aide sur son territoire, malgré la guerre qui l’oppose à l’Ethiopie. Cela peut-il arranger les choses ?

Cette nouvelle ne renversera pas la tendance, car il faudra assurer le transport depuis le port de Massaoula jusqu’à la zone de sécheresse. On sait d’une façon certaine que la famine va se déplacer vers le Nord, et le passage par l’Erythrée pourra donc être utile, mais pour l’Ogaden, qui se trouve au Sud, l’organisation se fera toujours par Djibouti.

Et puis d’autres problèmes se posent à nous, une fois que l’aide à été acheminée. Un grave manque de personnel favorise sur place la loi du plus fort. Il faut organiser des centres de rénutrition pour les enfants qui, affaiblis, ne sont pas en mesure de se nourrir eux-mêmes. Il faut trouver de l’eau propre et du personnel soignant. Nous essayons aussi de les vacciner et nous avons besoin d’une chaîne du froid pour conserver les vaccins…

afrik.com : Vous avez annoncé que 900 000 tonnes d’aide alimentaire seraient aujourd’hui nécessaires pour résoudre la crise. Qu’en est-il ?

Il n’y a pas de plan à proprement parler car l’Unicef est tributaire de dons volontaires. Nous avons demandé 7 Millions 700 000 F à nos donateurs (gouvernements et personnes privées), et nous essayons d’alerter les gens au maximum. C’est le Programme alimentaire mondial qui s’occupe de ravitailler la population en général. A l’Unicef, nous procurons la  » nourriture thérapeutique « . Les grands producteurs céréaliers (Europe, Etats-Unis, Argentine, Australie) nous ouvrent leurs surplus. Le problème est de leur faire comprendre qu’il faut aussi payer le transport, ce qui coûte cher… Nous comptons beaucoup sur les déclarations de M. Kofi Annan et des Etats-Unis à propos de fonds à lever, et nous attendons.