Faim dans le monde : le G8 condamne le sommet de Rome à l’échec

Une cinquantaine de chefs d’Etat participent au sommet contre la faim, qui s’est ouvert lundi à Rome. Ils viennent pratiquement tous des pays des pays du sud, ceux du nord n’ayant pas fait le déplacement. La faim dans le monde menace directement plus d’un milliard de personnes. Selon la FAO, il faudrait chaque année investir 44 milliards de dollars dans l’agriculture pour résoudre le problème de la dénutrition.

A Rome où s’est ouvert lundi le sommet contre la fin du Fond alimentaire mondial (FAO), les dirigeants des huit pays les plus industrialisés du monde (G8) brillent par leur absence. Seul Silvio Berlusconi a décidé d’y participer. Et certains observateurs laissent entendre que le président du Conseil (gouvernement) italien n’y est venu que pour éviter d’avoir à se rendre à Milan, dans le nord de son pays, où s’ouvrait un procès à charge contre lui. Alors que Barack Obama a fait de la lutte contre la faim une des priorités de son mandat, les Etats-Unis sont représentés dans la capitale italienne que par le directeur par intérim de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid). Tandis que la France de son côté a envoyé Bruno Le Maire, le ministre de l’agriculture. Une représentation pratiquement symbolique.

La FAO affirme pourtant qu’il y a urgence à prendre des mesures fortes contre la faim, qui ne cesse de s’accroitre dans les pays du sud. Dans une vidéo-plaidoyer, le sénégalais Jacques Diouf, directeur de cet organisme onusien explique que toutes les six secondes, un enfant meurt de la faim dans le monde. Et bien que les récoltes des céréales, en forte augmentation ces deux dernières années, suffisent amplement à nourrir toute la population de la planète, le nombre de malnutris a grimpé cette année à 1,02 milliards, soit 100 millions de plus qu’en 2008.

Ce qui laisse croire que l’engagement pris par la communauté internationale, de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de faim dans le monde d’ici à 2015, pourrait ne pas être atteint. Devant l’urgence de la situation, la FAO a lancé une pétition en ligne (www.1billionhungry.org), et proposé à chacun de jeûner samedi ou dimanche, en solidarité avec les affamés. Jacques Diouf et Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’Onu, ont été les premiers à se soumettre à cet exercice symbolique.

Problème de calendrier ?

Pourquoi les pays du G8 ont-ils donc snobé le sommet de Rome ? Aucune raison officielle n’a été avancée. Un cadre de la FAO joint par Afrik.com pense toutefois que la rencontre, coincée entre deux sommets mondiaux traitant de la faim, serait victime d’un problème de calendrier. D’un côté, il y a eu le sommet du G8 de l’Aquila (Italie) en juillet dernier, pendant lequel les pays riches avaient traité de la question et annoncé une aide de 20 millions de dollars en faveur de l’Afrique. De l’autre, le sommet mondial sur le climat se tiendra début décembre, c’est-à-dire dans moins de trois semaines à Copenhague (Danemark). La question de la faim devrait y être de nouveau abordée, en liaison avec celle des dérèglements climatiques.

Quoi qu’il en soit, l’absence du G8 à Rome pèsera lourdement sur les travaux de Rome. Alors que Jacques Diouf souhaitait que les Etats prennent des « engagements concrets », chiffrant à 44 milliards de dollars annuels les besoins pour l’agriculture mondiale, le sommet ne devrait déboucher sur aucun nouvel engagement chiffré, en l’absence des principaux contributeurs. « C’est une tragédie que les chefs d’Etat du G8 n’aient pas assisté au sommet », a déploré Daniel Birman de Médecins sans frontière (MSF). De leur côté, ActionAid et Oxfam, deux organisations non gouvernementale d’aide au développement, ont dénoncé, dès son ouverture, un sommet qui « risque d’être un gaspillage de temps et d’argent ».

Toutefois, bien que déçue par l’attitude du G8, la FAO ne partage pas ce pessimisme. « La déclaration de lundi ne fait pas mention des 44 milliards de dollars par an pour éradiquer la faim d’ici 2025. C’est une déclaration a minima qui ne correspond pas à ce que nous souhaitions. Toutefois, nous espérons qu’elle poussera les Etats à faire plus d’efforts, à s’engager davantage. Nous espérons obtenir un échéancier de leurs contributions », a déclaré à Afrik.com un cadre de l’organisme onusien. Le sommet de Rome se terminera mercredi.