Exigence de vérité

C’est arrivé ! Un général algérien, et pas n’importe lequel, l’ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar, est dans le collimateur de la justice française. Une plainte a été déposée à Paris contre le général Nezzar par une famille algérienne dont le fils est mort sous la torture et deux ancien détenus qui disent avoir été torturés par l’armée. En défenseurs des droits de l’Homme, on ne peut qu’applaudir l’inculpation d’un tortionnaire. Khaled Nezzar l’est-il ? En parcourant la presse française, on est pris de vertige soit par le manque de discernement, de retenue de certains titres, soit par leur aveuglement volontaire. Le fait de lui interdire de parler n’est pas non plus un brevet de démocratie… Et il y aurait à dire sur l’habile manipulation des esprits français que permet sa mise en cause au moment où il s’apprête à témoigner sur les réalités de son combat contre les islamistes, tel qu’il l’a lui-même vécu.

La rédaction d’Afrik a toujours -et continuera de le faire- dénoncé les excès et les violences en Algérie. Elle a toujours fait part des affaires de corruption. Mais, elle est plus que mitigée devant ce que l’on nous présente comme une victoire du Bien sur le Mal. Oui, il existe certainement des criminels, des tortionnaires dans l’armée algérienne. Il est certain qu’il y a eu des exécutions extrajudiciaires. Il faut juger tous les assassins, militaires et  » autres « . Nul ne remet en cause ce principe.

Peut-on pour autant parler d’une armée de sanguinaires, d’une armée criminelle ? Les médias, après avoir soutenu tous les pouvoirs en place, sont tombés dans l’autre revers à la mode : tirer sur l’armée algérienne et l’accuser de tous les maux. L’Islamisme est-il subitement devenu fréquentable ? Il faut raison garder ! Faut-il laisser l’Algérie devenir un nouvel Afghanistan, laisser le GIA s’installer à El Mouradia, à la présidence ? Il ne s’agit nullement de tomber dans  » le piège tendu par les militaires  » qui veut qu’on choisisse entre les islamistes et eux. Entre les assassins et l’ordre ?

Bouteflika gère mal le capital confiance de son peuple, qui n’aspire qu’à la paix. En instituant un nouveau code de la presse, plus proche du code pénal, en maintenant une vision brejnevienne de l’information, Alger se coupe du monde. Et laisse ses détracteurs se faire ambassadeurs d’une solution soudanaise. Composer, partager le pouvoir avec l’islamisme… Comme si le fascisme vert était soluble dans la démocratie. Alger se doit de s’ouvrir, de permettre aux journalistes de toutes nationalités de faire des enquêtes sur le terrain. Si l’armée n’a rien à se reprocher, elle est tenue d’être transparente ! Car, il faut l’avouer, aujourd’hui, l’Algérie est mise à mal par des campagnes médiatiques orchestrées toujours par les mêmes réseaux. Le prix de la vérité s’appelle transparence.