Etre étudiant africain en France : le parcours du combattant de Nedjemeddine

Nedjemeddine est un jeune algérien de 27 ans. En France depuis 2002, il étudie la psychologie à l’université de Nancy et attaque cette année sa thèse de doctorat. Pour Afrik.com, qui présente cette semaine une série de témoignages d’étudiants originaires du continent africain vivant dans l’Hexagone, il revient sur les difficultés qu’il a pu rencontrer tout au long de son parcours. En particulier celle, pour les étudiants étrangers, de travailler pour gagner leur vie.

Pour les étudiants étrangers, la France est une terre bénie. C’est une destination qui inspire le rêve et suscite toutes sortes de fantasmes. Cependant, une fois faits les premiers pas sur le sol froid de l’Hexagone, une fois passé l’émerveillement des premiers jours, c’est une toute autre réalité qui s’offre à eux. Une histoire de papiers, de droits, de travail, d’argent, parfois même d’hostilité, de racisme… mais aussi, d’enrichissement, de rencontres, d’expériences heureuses. Nedjemeddine nous raconte son histoire bleu blanc rouge… Pas toujours si rose.

A l’obtention de ma licence à Constantine (ville de l’est algérien), je souhaitais partir à l’étranger car il est difficile d’accéder à un magistère (équivalent algérien du master de recherche) en Algérie. De plus, à l’époque, je devais accomplir mon service militaire, j’étais donc coincé. C’est ce qui m’a décidé à franchir la Méditerranée.

La famille, un soutien essentiel quand on débarque en France pour étudier

Quand je suis arrivé, j’étais un peu perdu. J’ai remarqué tout de suite qu’il y avait un déficit au niveau de l’accompagnement, il n’y avait pas d’encadrement visible.

Heureusement pour moi, j’avais ma famille qui m’a dans les premiers temps accueilli et aidé dans toutes mes démarches. Dans l’ordre, pour obtenir un titre de séjour élève/ étudiant d’un an renouvelable, il m’a fallu m’inscrire à la fac, justifier de ressources en devise : 4300 euros, ce qui a été très difficile . J’ai du mettre à contribution la famille et les proches.

Ensuite, il m’a fallu avoir un justificatif d’hébergement, ouvrir un compte en France. Tout cela afin d’obtenir un récépissé. J’ai dû attendre ensuite une convocation pour une visite médicale pour enfin obtenir mon titre de séjour. Je suis arrivé en France en octobre 2002, je n’ai eu mon titre de séjour qu’en mars 2003. En attendant, je n’avais pas le droit ni de travailler, ni de sortir du territoire français.

Travailler pour vivre… difficile de faire autrement.

Heureusement, dès la deuxième année, j’ai réussi à trouver un job. J’ai été embauché chez Mc Donald, ce qui m’a permis de m’en sortir financièrement et de prendre une petite chambre dans un foyer. Comme je n’ai pas de bourse, ce boulot est ma seule source de revenu, et il a fallu se battre, faire du forcing pendant des mois pour l’obtenir. Car il y a une législation stricte concernant le droit du travail des étudiants étrangers en France. Les employeurs sont, par conséquent, plus que réticents. En effet, on ne pouvait pas travailler plus de 87 heures par mois jusqu’en 2004, depuis on ne peut plus travailler que 76 heures. Ce qui me fait, depuis quatre ans environ, 470 euros par mois pour vivre, payer ma chambre, m’habiller, me déplacer pour mon travail de recherche. C’est vraiment très difficile.

Heureusement, cette année, une nouvelle législation offre 10% de plus d’heure de travail possible. C’est toujours ça de pris. Ce que je trouve dur pour les étudiants étranger, c’est de devoir mener de front des études et un travail, car le plus souvent, on ne peut pas faire autrement. Le paradoxe dans cette législation, c’est que l’on cotise, mais qu’on n’a le droit ni au chômage, ni au RMI, ni aux indemnités de licenciement. Ce qui nous place dans une situation plus que fragile.

Même si l’enseignement est de bonne qualité et les perspectives plus nombreuses en France, il est difficile d’envisager un avenir ici, tant les conditions d’attribution du titre de séjour sont dures. Il me faut chaque année deux à trois mois de démarches administratives pour renouveler mes papiers.