Ethiopie : la perpétuité pour le « Négus rouge »

La prison à perpétuité pour Mengistu Hailé Mariam. C’est le verdict qu’a prononcé, ce jeudi, la Haute cour fédérale d’Ethiopie à l’encontre de l’ancien dictateur éthiopien en exil au Zimbabwe. Il a été reconnu coupable de génocide pendant la « Terreur rouge ».

Le « Négus rouge » a été condamné par contumace, ce jeudi, à la prison à perpétuité par la Haute cour fédérale d’Ethiopie. Le dictateur éthiopien Mengistu Hailé Mariam a été reconnu coupable de génocide pendant la « Terreur rouge », période allant de 1977 à 1978, pendant laquelle des milliers d’Ethiopiens ont été massacrés. On estime à 150 000 le nombre d’étudiants, intellectuels et personnalités politiques qui ont assassinées. Onze personnalités de son régime, renversé en 1991 par l’actuel pouvoir éthiopien, écopent de la même peine que l’ancien dirigeant marxiste.

Le génocidaire qui ne risquait rien

Né à 1937 à Walayta, dans le Sud de l’Ethiopie, Mengistu Hailé Mariam accède au pouvoir en 1974 après l’arrestation du dernier empereur éthiopien, Haïlé Sélassié. La sénilité a déjà eu depuis raison de la capacité du  » Roi des rois » à diriger ses compatriotes décimés par la famine qui sévit alors en 1973. Membre de l’obscur Comité militaire d’administration provisoire (Derg), Mengistu Hailé Mariam, dès son arrivée au pouvoir, s’emploie à supprimer les aristocrates et les étudiants qu’il considère comme une menace pour son régime. Depuis son plus jeune âge, l’homme souffre de ses modestes origines. L’occasion est inespérée de prendre sa revanche sur « ces Abyssins » qui le traitaient de « barda » (esclave) à cause de sa peau « trop foncée ». Il exécute ainsi plus d’un millier de dignitaires de l’ancien régime et se charge lui-même, armé d’un coussin imbibé d’éther, de mettre fin aux jours du  » Ras tafari ».

C’est le 12 décembre dernier que la justice éthiopienne a reconnu Mengistu Hailé Mariam coupable de génocide à l’issue d’un procès qui s’est ouvert le 13 décembre 1994. Il aura fallu 12 ans de procédure, pendant laquelle 1 018 personnes, impliquées dans la « Terreur rouge », ont été condamnées, pour arriver à ce verdict. Il aurait dû être prononcé le 28 décembre dernier, mais a été repoussé pour permettre à la cour d’examiner les circonstances atténuantes des coaccusés de l’ancien dictateur marxiste. Loin d’être inquiété, Mengistu Hailé Mariam coule actuellement des jours paisibles au Zimbabwe où son compagnon d’armes – il l’a soutenu dans la lutte pour l’indépendance de son pays -, Robert Mugabe, lui a offert l’exil en 1991. Le président zimbabwéen a réaffirmé récemment qu’il ne donnerait suite à aucune demande d’extradition. « Le camarade Mengistu a demandé asile et l’asile lui a été accordé, a-t-il déclaré. Cette position ne changera pas ». A l’instar du  » Négus rouge », plus de 3 000 personnes en attente de procès, sont en exil.