Mengistu jugé coupable de génocide

Après douze ans de procès par contumace, la Haute Cour d’Addis Abeba a déclaré mardi l’ancien président éthiopien Mengistu Hailé Mariam coupable de génocide. Aujourd’hui réfugié au Zimbabwe, il est, avec les membres de la junte militaire au pouvoir de 1974 à 1991, responsable de la mort de milliers d’opposants réels ou supposés.

Alors qu’Augusto Pinochet vient de s’éteindre paisiblement, un autre dictateur, l’ancien président éthiopien Mengistu Haile Mariam, a été déclaré mardi coupable de génocide par la Haute Cour fédérale d’Addis Abeba. Il était jugé par contumace depuis le 13 décembre 1994 pour les crimes commis par son régime de 1977 à 1978, durant la « terreur rouge ». Le dictateur ne se verra sans doute jamais infliger la peine de mort qui risque d’être prononcée contre lui le 28 décembre prochain. Il est réfugié au Zimbabwe et le président Robert Mugabe, que Mengistu a soutenu dans les années 1980 dans sa guérilla indépendantiste, refuse d’accéder aux demandes d’extradition de l’Ethiopie. Le « Négus Rouge » était jugé en compagnie de dizaines de hauts responsables et de membres du « derg ». Le nom, en amharique, de la junte militaire qui a renversé l’empereur Haile Selassie en septembre 1974 pour installer un régime dit « marxiste ».

34 d’entre eux ont défilé à la barre alors que 27 autres, comme Mengistu, ont été jugés par contumace, selon la BBC. D’autres encore sont morts en prison. 57 ont été reconnus coupables de génocde, parmi lesquels l’ancien Premier ministre Fikré Sélassié Wogdéresse et l’ancien vice-président Fissiha Desta. La justice éthiopienne devait rendre son verdict en mai dernier mais le président de séance avait demandé un délai supplémentaire. Un retard en partie dû à la longueur de l’acte d’accusation. Mengistu et ses compères étaient jugés sur la base d’ordres d’exécutions signés, de vidéos de séances de torture et de témoignages.

La famine comme arme de guerre

Ils devaient notamment répondre de la mort de 1 823 personnes identifiées, pour l’essentiel des opposants réels ou supposés. L’empereur Hailesselassié, sans doute assassiné, en août 1975, sur ordre de Mengistu, fait parti de cette liste. L’acte d’accusation contenait également la politique de déplacement forcé de population qui causa la mort de près de 100 000 personnes au milieu des années 1980, selon Trail Watch. D’après l’agence de presse éthiopienne ENA (Ethiopian news agency), plus de 720 témoins ont été entendus durant le procès.

Les premiers assassinats, le derg les a commis contre ses propres membres. Tour à tour, ses éléments les plus radicaux ont assassiné leur président (du derg et de l’Etat), Aman Andom, en novembre 1974, puis Tafari Benti, en novembre 1977, ainsi que leurs partisans et des membres de la famille royale. C’est à la fin de cette année 1977 que Mengistu accède à la magistrature suprême pour ne la quitter que 14 ans plus tard.

Il lance la « Terreur rouge », une épuration censée répondre à une « Terreur blanche » perpétrée par les opposants du Parti révolutionnaire du peuple éthiopien (PRPE). Les membres de l’autre principal groupe marxiste, le Mouvement socialiste pan-éthiopien (Meison), qui soutenait pourtant le négus contre le PRPE, font également les frais de purges aveugles qui ne se soucient guère de preuves ou de procès.

Mengistu, engagé contre des éléments sécessionnistes, notamment au nord, sur le front érythréen, a également usé de la famine comme arme de guerre. Les différentes estimations rendent le derg coupable de la mort d’au moins un demi-million de personnes. Il a été renversé en 1991 par une coalition conduite par l’actuel Premier ministre, Mélès Zenawi, lui-même l’objet de critiques après la répression d’opposants lors des élections générales de mai 2005.

Droits photo : Trial Watch