
La police fédérale éthiopienne affirme avoir saisi 56 000 munitions destinées aux milices Fano dans la région Amhara, accusant directement Asmara d’armer les rebelles. L’Érythrée réfute ces allégations et dénonce une manipulation pour justifier une offensive militaire. Sept ans après l’accord de paix historique, les deux voisins de la Corne de l’Afrique semblent plus que jamais au bord de la rupture.
La tension entre Addis-Abeba et Asmara a franchi un nouveau palier le 15 janvier 2026. Dans un communiqué publié dans la soirée, la police fédérale éthiopienne a annoncé avoir intercepté une importante cargaison de munitions dans la région Amhara, au nord du pays. Selon les autorités, plus de 56 000 cartouches auraient été acheminées par l’Érythrée à destination des milices Fano, qui mènent une insurrection contre le gouvernement fédéral depuis 2023. Deux suspects ont été arrêtés.
L’enquête préliminaire aurait confirmé que les munitions provenaient du « gouvernement Shabiya », terme désignant le parti au pouvoir en Érythrée. Ces accusations interviennent quelques jours après une déclaration explosive du président érythréen Isaias Afwerki. Dans une interview accordée aux médias d’État en début de semaine, le dirigeant a affirmé que le Parti de la prospérité du Premier ministre Abiy Ahmed avait « déclaré la guerre » à son pays. Tout en assurant que l’Érythrée ne souhaitait pas l’affrontement, il a prévenu : « Nous savons défendre notre nation. »
Asmara dénonce une « fausse bannière »
En réponse, le ministre de l’Information érythréen, Yemane Gebremeskel, a catégoriquement rejeté les accusations éthiopiennes, les qualifiant de prétexte fabriqué. « Le régime du Parti de la prospérité brandit de faux drapeaux pour justifier la guerre qu’il brûle de déclencher depuis deux ans », a-t-il déclaré à l’agence Reuters. Pour Asmara, cette escalade rhétorique s’inscrit dans une stratégie éthiopienne visant à détourner l’attention des crises internes qui fragilisent le pouvoir d’Abiy Ahmed.
L’ombre de l’accès à la mer Rouge
Au cœur de cette confrontation se trouve une revendication éthiopienne devenue obsessionnelle : l’accès à la mer Rouge. Depuis plusieurs mois, Addis-Abeba multiplie les déclarations sur le caractère « existentiel » de cet enjeu pour un pays enclavé de 120 millions d’habitants.
Le port érythréen d’Assab cristallise toutes les convoitises. Le président Afwerki a qualifié ces ambitions maritimes de « plan de fou » et d’« irréfléchies », mettant en garde l’Éthiopie contre toute tentative d’utiliser la force.
Les deux pays avaient pourtant signé un accord de paix historique en 2018, qui avait valu à Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix. Mais cette réconciliation n’a pas survécu à la guerre du Tigré. L’exclusion de l’Érythrée des négociations de paix de Pretoria en 2022 a ravivé une méfiance séculaire entre ces voisins qui se sont affrontés lors d’un conflit meurtrier entre 1998 et 2000, faisant plus de 100 000 victimes.




