Et vogue le Moossou

Un bateau-bus

Le Moossou est le premier bateau-bus entièrement construit par la Société des transports abidjanais. Lancé cette semaine, il a coûté moins cher qu’un bateau acheté à l’étranger et a permis d’utiliser les ressources humaines locales. Une réussite que la compagnie espère bien multiplier.

Le  » Moossou « , premier bateau-bus entièrement fabriqué dans les ateliers de la Sotra (Société des transports abidjanais), a levé l’ancre, mercredi, en présence du Président Laurent Gbagbo. Le bateau porte le nom du village de Mme Gbagbo, venue encourager les ouvriers lors du chantier.  » Elle nous a vraiment soutenus. Une fois le bateau construit, le nom s’est imposé naturellement « , explique Ernest Aphing-Kouassi, directeur marketing et communication de la Sotra.

Dix-neuf bateaux-bus circulent sur la lagune d’Abidjan depuis 1980, ralliant en moins de 9 minutes la commune du Plateau à celle de Yopougon (Abobodoumé), de Cocody (Bockhauss) et de Treichville. Aucun des bateaux n’avait été à ce jour remplacé, la Sotra assurant uniquement le carénage et l’entretien. Lorsque l’un deux a pris feu l’année dernière, les autorités ont décidé d’en construire un sur place.  » Nous avions les ingénieurs et le personnel qualifié, il fallait en profiter. Nous avons donc retrouvé le moule d’origine des bateaux, qui était en France, et il a été notre base pour cette construction « , précise Ernest Aphing-Kouassi.

Plus rapide, plus esthétique

Car la Sotra a quelque peu amélioré le modèle initial. Son bateau est plus rapide, plus moderne. Il possède deux moteurs et pousse jusqu’à 14 nœuds alors que les autres ne dépassent pas les 10 nœuds. Le tableau de bord, plus esthétique, s’est enrichi de divers éléments concernant la sécurité, dont notamment un speedomètre, permettant de calculer la vitesse. La volonté de construire le bateau sur place a aussi trouvé sa source dans l’avantageux coût de revient d’une fabrication locale. Moossou a coûté 150 millions de F CFA (20 millions pour la main-d’œuvre, 130 millions pour le matériel) alors qu’un bateau-bus neuf coûte dans les 500 millions de F CFA.  » L’Espagne nous en a même proposé un vieux de 20 ans à 300 millions !  »

Malgré la crise qui affecte la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002, la Sotra veut croire à son développement.  » La situation s’améliore « , affirme Ernest Aphing-Kouassi.  » Le manque à gagner a été cette année de 2 milliards 200 millions de F CFA, soit 30% de nos recettes. Malgré cela, nous avons réussi à garder tout notre personnel en resserrant les coûts. Nous avons fait l’effort d’assurer le service des transports à Abidjan alors même que la crise rendait très difficile l’achat de pièces de rechange et qu’à cause du couvre-feu, nos agents devaient dormir dans les centres de bus. « .

Moossou symbolise la nouvelle orientation prise par la Sotra, qui depuis 1995 a déjà construit 42 autobus et deux cars de tourisme climatisés. En coopération avec l’Afrique du Sud, elle espère mettre sur le marché 100 véhicules neufs par an sur 10 ans. Le prochain chantier des 300 ouvriers des ateliers de la Sotra est déjà amorcé et doit se poursuivre jusqu’en octobre prochain : c’est un bateau de tourisme de 50 places avec bar, restaurant et plate-forme à l’air libre. Histoire de joindre l’utile à l’agréable.