Et si Ouattara et Macron avaient parlé de financement de la Présidentielle en Côte d’Ivoire

Alassane Ouattara et Emmanuel Macron

Quel sujet a pu être au centre des discussions entre Alassane Ouattara et Emmanuel Macron, qui vaille, en ces temps de Coronavirus, que le Président ivoirien fasse un déplacement jusqu’à Paris, pour rencontrer son homologue français ? Une question qui ne pouvait être abordée au téléphone !

Dès l’instant qu’ils ont tenu secret leurs échanges, toutes les supputations sont permises. Car, visiblement, même les services secrets français et ivoiriens ne pourront jamais savoir de quoi ont parlé Macron et Ouattara. Car, il ne fallait surtout pas en parler au téléphone ou en visioconférence. C’est évident qu’il ne fallait laisser aucune trace. Même dans la cours de l’Elysée, car ils ont réussi à tout étouffer sous leur masque anti-Coronavirus. A remarquer que les deux dirigeants n’ont pas manqué de se toucher. D’après ce qui se dit, le virus peut vivre des heures sur certaines matières. Bref.

Le débat n’est pas là. Qu’est-ce qui peut valoir à Emmanuel Macron de prendre le risque de recevoir chez lui un visiteur, avec tous les dangers que cela comporte, en ces temps de forte pandémie ? Un tête-à-tête seul à seul ! Que cache Emmanuel Macron aux Français ? Dans la même veine, que cache Alassane Ouattara aux Ivoiriens ? Que cachent ces deux chefs d’Etat au monde entier ? Ont-ils parlé Mali ou ont-ils traité de la Côte d’Ivoire ?

A cet instant précis, Macron et Ouattara ne peuvent pas se rencontrer sans parler Côte d’Ivoire. Justement, en Côte d’Ivoire démarrera bientôt la campagne électorale pour la Présidentielle du 31 octobre prochain à la quelle Alassane Ouattara va prendre part, par force. Une campagne qui avait été budgétisée avec des fonds, sans doute conséquents que Ouattara pense devoir gérer lui-même, à défaut de pouvoir compter sur Amadou Gon Coulibaly, son ancien candidat pour ce scrutin présidentiel, emporté par la grande faucheuse.

Et si Ouattara et Macron avait parlé de financement de la campagne présidentielle ivoirienne ? L’exemple du Sénégal, avec notamment le financement de la campagne présidentielle de 2019 donne matière à réflexion. Ce n’est un secret pour personne que financer une campagne présidentielle requiert beaucoup de moyens. En 2012, il a été prêté au Sénégalais Macky Sall d’avoir été financé par des fonds russes, issus du scandale de l’IAAF. En 2019, cette question n’a pas été posée, car Macky Sall était Président et avait entre les mains toutes les cartes pour financer sa campagne électorale.

Avec tout ce que cela comporte comme mystère, un parallèle peut être fait entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Fin 2017, année pré-électorale au Sénégal, Emmanuel Macron et Macky Sall trouvent un accord pour la construction d’un métro devant relier Dakar à Diamniadio. Pour une distance de 35 km, ce métro, appelé TER (Train Express régional) dont le coût est estimé à plus d’1,5 milliard d’euros (1 000 milliards FCFA), devait être opérationnel depuis 2019. A ce jour, il n’a pas fait un kilomètre de rail pour transporter des passagers. Les Sénégalais ont toutefois trouvé ce coût faramineux, pour un projet élaboré à la veille d’une année électorale.

En 2017, Emmanuel Macron n’était pas qu’au Sénégal. Il était aussi en Côte d’Ivoire pour inaugurer le lancement des travaux de construction du métro d’Abidjan. Il n’y a pas eu d’accord. Peut-être que rien ne pressait. Il aura fallu attendre octobre 2019 pour que l’Etat ivoirien et la société de BTP trouvent un terrain d’entente sur le coût final du métro. Là aussi, d’un montant total d’un milliard et demi d’euros, à peu près comme pour le Sénégal, et financé intégralement par un prêt de Paris.

Si pour le Sénégal, le métro était prévu sur 35 km, en Côte d’Ivoire, il devra relier le village d’Anyama situé au nord d’Abidjan à l’aéroport qui est situé au Sud, sur une distance de 37 km. Le spécialiste des transports, Barthélémy Kouamé, a estimé que cet axe reliant le nord au sud d’Abidjan est mal choisi. Pour lui, cet itinéraire ne répond pas aux besoins de la plupart des Abidjanais. Ce sera, en effet, un axe loin des habitations et le problème d’embouteillage ne sera pas résolu pour autant. Mais Ouattara a fermé les yeux et bouché les oreilles.

Même réaction au niveau du Sénégal où la société civile a dénoncé cet ouvrage « inutile et coûteux », qui ne vient pas à son heure. Les populations ont beau dénoncer l’ouvrage en Côte d’Ivoire, l’inauguration et le lancement officiel des travaux du métro d’Abidjan ont eu lieu, le samedi 21 décembre 2019. A un mois du début de la campagne électorale en Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara et Macron défient le Coronavirus et les règles de transparence en matière de gestion d’un Etat pour un tête-à-tête, seul à seul.

Le jeu devrait bien en valoir la chandelle. Dès lors, on peut se permettre de tout imaginer. Car, il y a un an, il était question de gros sous à Abidjan. Un véritable butin de guerre. Electoral pour ne pas dire de campagne ?  Mystère. En attendant la Présidentielle française.

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