Espoir pour les médias rwandais

Après plusieurs années d’âpres discussions, une loi sur les médias vient d’être avalisée par le parlement rwandais. Dernière étape : la Cour suprême et le président Paul Kagamé. Un grand espoir pour les journalistes. Qui restent toutefois prudents quant à son application.

Un nouveau texte de loi sur les médias est sur le point d’être adopté au Rwanda.  » Pour la première fois un cadre légal spécifique à la presse est créé. Et on autorise les stations de radio privées, la pluralité des journaux télévisés et la création d’agences de presse locales privées « , se réjouit James Vuningoma, président de l’association des journalistes rwandais. Déjà acceptée par le parlement, la loi n’attend plus que l’aval de la Cour suprême et du président de la république Paul Kagamé, qui ne devrait pas s’y opposer.

Une ratification qui ne s’est pas fait sans mal. Le projet de loi, en discussion depuis 1999, se heurtait aux protestations des journalistes et des associations de défense des droits de l’Homme. L’objet du litige : trois articles qui prévoyaient vingt ans de réclusion, la peine de mort ou le bannissement pour les journalistes coupables d’incitation au génocide. Une précaution nécessaire selon le parlement compte tenu de la responsabilité de nombreux propagandistes dans les massacres de 1994.

Sans contester l’importance d’une législation en la matière, les journalistes demandaient que ces trois articles soient intégrés à une loi générale sur le génocide et non à la loi sur la presse. Une position soutenue par le président Kagamé, qui a obtenu du parlement la disparition des points litigieux.

Enthousiasme vigilant

Une avancée incontestable pour les journalistes.  » Jusqu’à présent, il y avait un vide juridique sur notre profession. Ce qui autorisait les arrestations arbitraires et un acharnement sur certains journalistes critiques à l’égard du pouvoir « , explique Ismael Mbonigaba, rédacteur en chef du journal indépendant Umuseno.  » Désormais tout le monde est logé à la même enseigne.  »

Un Haut conseil de l’audiovisuel, composé à parité de la presse publique, la presse privée, et la société civile, sera chargé de gérer l’attribution des cartes de presse et des autorisations de création de journaux. Un progrès dans la professionnalisation du secteur, selon James Vuningoma.  » Il y a beaucoup de journalistes qui ne sont pas qualifiés. Désormais les cartes de presse seront attribuées au mérite, les abus sanctionnés. Et les créateurs de journaux devront fournir des garanties financières et employer un certain nombre de journalistes. Ce qui évitera que les journaux naissent et meurent aussi vite.  »

Pourtant quelques inquiétudes subsistent quant à l’influence du pouvoir sur la nomination des membres du conseil.  » Des doutes qu’une simple lecture attentive du texte lèvera rapidement « , assure le président de l’association.