Espionnage via Pegasus : après Mohammed VI, Faure Gnassingbé éclaboussé


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Faure Gnassingbé
Faure Gnassingbé

Après le Maroc qui a été secoué par le scandale d’espionnage à grande échelle via le logiciel Pegasus, c’est au tour du Togo d’être éclaboussé. Le gouvernement de Faure Gnassingbé aurait fait usage de ce logiciel de fabrication israélienne pour faire intrusion dans la vie privée de certains de ses compatriotes.

Tout est parti d’une plainte déposée par le ministre togolais de l’Urbanisme contre les journalistes Loïc Lawson et Anani Sossou. Ces derniers sont attaqués pour avoir publié des informations sur le vol d’une importante somme d’argent au domicile de ce membre du gouvernement. Adedze Kodjo ne conteste pas le vol, mais le montant révélé par les journalistes. Toutefois, le ministre n’a jusqu’ici pas rendu publique la somme dérobée chez lui.

Faure Gnassimbé, « un client avéré de Pegasus »

Reporters sans frontières révèle que les deux journalistes sont dans le collimateur des autorités togolaises depuis fort longtemps. « C’est parce qu’on s’est intéressé aux circonstances de la détention de ces deux journalistes qu’on s’est aperçu qu’ils avaient aussi été l’objet d’une opération de cyber-espionnage, en 2021, à l’époque où le Togo était un client avéré de Pegasus », explique Arnaud Froger, responsable du bureau investigation de RSF.

Et selon lui, les autorités togolaises ont tout fouillé chez les deux hommes de médias. « Ils ont eu accès à absolument tout : aux messages, vous avez potentiellement accès aux messages effacés, à toutes les données personnelles, à la liste des appels qui ont été passés et de toutes les personnes qui sont en interaction avec vous, des documents que vous pouvez stocker sur certaines applications de votre téléphone portable… », détaille RSF dans son intervention.

Le Togo utilise-t-il toujours Pegasus ?

« Nous sommes entrés en contact avec la ministre de la Communication, qui n’a pas apporté de réponses aux questions que nous avons posées et qui restent valables. Il est important que le Togo puisse donner ses explications. Le Togo est-il encore client de ce logiciel d’espionnage ? A-t-il encore recours à ce type d’opération concernant des journalistes ? Combien de journalistes ont été visés ? Et puis peut-être, plus directement pour les deux qui en ont été la cible : Pourquoi ont-ils été espionnés de la sorte ? », demande Reporters sans frontières.

Lire : Pegasus : « Le Maroc n’a pas espionné Macron »

Dans le détail, RSF déclare qu’au moins 23 intrusions par le logiciel Pegasus ont été constatées sur le téléphone de Loïc Lawson, le directeur de publication du Flambeau des démocrates, au cours du premier semestre 2021. Rappelons que Pegasus a été mis au point par la société israélienne NSO. Sur son site, l’entreprise affirme proposer des technologies à des agences gouvernementales pour leur permettre de lutter contre le crime et le terrorisme.

Quand le Maroc était accusé d’avoir espionné Macron

Seulement, certains gouvernements se serviraient de ces puissants outils pour espionner des personnes de la société civile, des défenseurs des droits humains, des opposants, des journalistes, des avocats, et même des chefs d’État. C’est le cas notamment du royaume du Maroc, longtemps accusé d’avoir fait usage de ce logiciel très sophistiqué pour espionner des dirigeants de par le monde. Il y a plus de deux ans, l’affaire avait fait grand bruit et soulevé des tensions entre Rabat et Alger, d’une part, mais aussi le Maroc et la France, d’autre part.

En effet, des révélations faites à l’époque par un consortium de reporters faisaient état de plusieurs milliers de personnalités algériennes espionnées par le Maroc à travers Pegasus. Il avait aussi été indiqué que Mohammed VI avait fait usage du logiciel pour espionner le Président français. Quoique, à ce jour, le Maroc a toujours nié d’avoir surveillé les échanges téléphoniques d’Emmanuel Macron. En tout cas, avec Pegasus, il est possible d’avoir accès aux messages, photos, contacts et autres informations personnelles.

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Journaliste pluridisciplinaire, je suis passionné de l’information en lien avec l’Afrique. D’où mon attachement à Afrik.com, premier site panafricain d’information en ligne
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