Eriq Ebouaney : « »Clash » est une série réaliste sur les rapports ados-parents »

Hugo Diop (Simon Koukissa)

Eriq Ebouaney incarne le papa d’un ado un peu cancre dans la nouvelle mini-série de France 2, Clash. Large retour sur son personnage cathodique et bref aperçu de son actualité dans les salles obscures.

Hugo Diop (Simon Koukissa)Des ados et des parents ou Clash. La mini-série de six épisodes, diffusée sur France 2 depuis le 9 mai, s’intéresse à une bande d’ados dont les soucis sont l’occasion de se pencher sur leur cadre familial. Les difficultés des enfants sont souvent celles de leurs parents. Dans le troisième épisode de Clash, on découvre la famille de Hugo Diop, alias Simon Koukissa. Ses résultats scolaires interpellent les responsables de son établissement qui convoquent ses parents, Abel (Eriq Ebouaney) et Bérénice (Anne Charrier). Le premier est avocat, la seconde est médecin. Pris par une intense activité professionnelle, ils ont quelque peu négligé l’adolescent. Une remise en cause s’impose désormais.

Afrik.com : Dans le troisième épisode de Clash, qui sera diffusé ce 16 mai, vous êtes le papa de Hugo…

Eriq Ebouaney :
Abel Diop, un avocat d’origine sénégalaise dont l’épouse Bérénice, incarnée par Anne Charrier, est médecin. C’est un couple mixte.

Afrik.com : Les difficultés scolaires de Hugo ramènent à l’absence de ses parents et questionnent beaucoup ses relations avec son père. On a l’impression que Hugo a un complexe d’infériorité par rapport à cette figure paternelle à qui tout semble réussir. Comment décririez-vous leurs rapports ?

Eriq Ebouaney :
Son père est sa référence. Hugo ne souffre pas d’un complexe d’infériorité. Il y a plutôt, d’un côté, un père qui a placé la barre très haut, peut-être beaucoup trop. Un père exigeant. De l’autre, un adolescent qui est un peu cancre et qui préfère traîner avec ses copains. Hugo est issu d’une famille relativement aisée et il a certaines aptitudes, donc il arrive à faire illusion. C’est d’ailleurs un garçon doué en informatique. Abel a essayé d’inculquer certaines valeurs à son fils – le respect de la famille, la dignité, le sens du travail et de l’effort –, et avec les difficultés de son enfant, il se rend compte que le message n’est pas passé parce qu’il n’était pas souvent là.

Afrik.com : La question de l’absence des parents est l’un des principaux thèmes de cet épisode ?

Eriq Ebouaney :
Les parents de Hugo ne sont pas suffisamment présents à cause de l’intensité de leur vie professionnelle. L’adolescent dine souvent seul le soir. D’une certaine manière, bien que réelle, la complicité qui lie Abel à son fils, plus généralement les deux parents à Hugo, est une sorte de parade pour combler cette absence. Et cette complicité montre très vite ses limites, car elle ne repose pas nécessairement sur un corpus de valeurs partagées. Abel est ce que j’appelle un Afro-européen qui allie ce qui lui semble important dans l’éducation africaine aux valeurs occidentales. Encore une fois, la famille est sacrée pour Abel, à l’instar du respect du père. Il réalise que ce dernier aspect n’est passé et, qu’au nom de cette complicité qui les lie, son fils se comporte avec lui comme il n’aurait jamais osé le faire avec son propre père. Je trouve d’ailleurs très intéressant de voir les relations père-fils sur deux générations de Diop : celles qu’entretient Abel avec son père immigré, et celles qui lient Hugo et Abel.

Afrik.com : Les difficultés de Hugo font dans un autre registre écho à celles de son père. Avocat brillant, Abel profite de la restructuration de son cabinet pour faire acte de candidature comme associé. Cette démarche va le ramener à sa couleur de peau, qui jusqu’ici, n’était pas une préoccupation envahissante ?

Eriq Ebouaney :
Abel est dans un cocon. Il vit dans un milieu privilégié avec sa femme médecin. Issu d’un milieu modeste, Abel n’a jamais fait de la couleur de sa peau un problème, bien qu’il soit conscient des implications supposées, et cette histoire de promotion le ramène à ça, à cette question de « la diversité », un terme que je n’aime d’ailleurs pas moi-même. La seule idée que l’on puisse le réduire à sa couleur de peau, c’est son monde qui s’écroule. Pour lui, seules ses compétences ont droit de cité, d’autant qu’il est le meilleur élément de son cabinet.

Afrik.com : Il y a une très belle scène où Hugo avoue à son père qu’il se sent nul comparé à lui, après une violente dispute. Cette scène sera-t-elle fondatrice du renouveau des relations entre Hugo et son papa ?

Eriq Ebouaney :
Le clash a permis de crever l’abcès qui minait les relations père-fils. Hugo réalise que son père a des doutes, des failles. Par exemple, quand il a rencontré sa mère, Abel n’avait pas confiance en lui. Quand Hugo prend conscience que son père est un être humain, comme lui, le noyau familial gagne alors en harmonie. Je suis papa et je me rends compte qu’on ne se met jamais assez dans la peau de nos enfants et qu’on projette nos rêves sur eux sans nous demander ce qu’ils souhaitent vraiment. On oublie également quels adolescents exécrables nous avons été nous-mêmes. En matière d’éducation, je dis toujours que l’on fait du mieux que l’on peut, car il faut trouver l’équilibre entre celle que l’on a reçue et les besoins de nos enfants. Je salue le courage de France Télévisons qui permet d’aborder les rapports parents-ados à travers des thèmes grinçants, proches de la réalité. Clash n’est pas une série édulcorée. Elle est traversée par l’humour, la violence et la tendresse qui caractérisent ces relations particulières.

Afrik.com : On vous verra mercredi sur le petit écran. Qu’en est-il de votre actualité cinématographique ?

Eriq Ebouaney :
Je n’avais pas tourné en France depuis longtemps et je suis heureux qu’on ait fait appel à moi pour Clash. Au cinéma, j’ai participé à un film qui devrait sortir à la rentrée en Italie. Notte finisce con gallo de Matteo Pellegrini est une vraie comédie italienne qui suit une bande d’immigrés, employée pour faire le ménage dans les locaux d’une télévision et qui va bientôt s’en servir pour lancer leur petite entreprise. J’ai également joué dans Stalingrad lovers de Fleur Albert qui sera présenté le 25 mai prochain au Festival de Cannes, dans le cadre de la programmation de l’Association du cinéma indépendant (Acid) qui célèbre cette année ses vingt ans. C’est l’histoire d’amour de deux consommateurs de crack dont je suis le dealer. J’ai également fait des voix dans l’adaptation cinématographique de la magnifique BD de Marguerite Abouet et de Clément Oubrerie, Aya de Yopougon. Et puis, dans quelques jours, je commencerai le tournage d’une série de science-fiction, Métal hurlant, qui a aussi été adaptée d’une BD et qui sera diffusée sur une chaîne anglaise.