Envoi d’une force de protection internationale : les Guinéens divisés

Au terme de la neuvième session du Groupe international de Contact sur la Guinée, dimanche dernier à Ouagadougou (Burkina Faso), Mohamed Ibn Chambas, le président de la commission de la communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), a proposé l’envoi en Guinée d’une « force de protection des civils et d’assistance humanitaire ». Sur le terrain, la question divise les Guinéens.

Notre correspondant en Guinée

« La situation de notre pays est difficile. Nous ne sommes pas un pays en guerre, mais tout le temps on assiste impuissant à des assassinats ciblés, des vols à mains armées dans les domiciles. De toutes les façons, si ladite force de protection est en mesure de discipliner les forces de défense et de sécurité guinéennes, elle est la bienvenue », estime Sidya Cissé, économiste enseignant à Conakry, interrogé ce mardi par Afrik.com. « Mais je pense que si elle (la force) arrive contre la volonté du gouvernement, l’affrontement sera inévitable avec les militaires guinéens. Et dans ces conditions, ce sont les populations civiles qui vont en pâtir… », ajoute-t-il. Oury, un jeune cireur de chaussure rencontré dans une rue de la capitale, est lui beaucoup plus radical : « Nous on est pour l’envoi d’une force de protection parce que notre armée a toujours défendu les dirigeants, pas les populations. Ils ont tiré sur les gens le 28 septembre dernier. Si cette force peut nous protéger, on est d’accord ».

François Lounceny Fall, ancien Premier ministre, président du Front uni pour le développement et le changement (FUDEC) et membre du forum des forces vives (qui regroupe partis politiques, syndicats, patronat, associations de la société civile…) s’est réjoui de la proposition du président de la commission de la CEDEAO et a jugé qu’elle représentait une « avancée significative dans le processus de dialogue. »

Mais le Conseil national pour le développement et la démocratie (CNDD, junte au pouvoir), pour sa part, par la voix de son secrétaire permanent, le colonel Moussa Kéita, a fait savoir dès dimanche, au micro de RFI à Ouagadougou, sa ferme opposition à l’envoi d’une force internationale de protection dans le pays. « Si on envoie cette force en Guinée sans l’accord préalable du gouvernement guinéen, ce serait une déclaration de guerre, et une atteinte à l’autorité de l’Etat et à l’intégrité du territoire national… », a-t-il déclaré.

Il reste à savoir jusqu’où sont prêtes à s’engager les instances régionales et internationales pour installer cette force internationale de protection des civils. Les menaces de la junte peuvent-elles les convaincre de renoncer à cette mesure ? Et si l’armée prenait enfin ses responsabilités quant à la sécurité des populations civiles, la question d’une intervention internationale serait-elle levée?