Environ un quart des habitants d’Addis privés de toilettes

Près d’un quart des habitants d’Addis Abeba n’a pas accès à des toilettes, d’après un nouveau rapport des autorités de la ville d’Addis Abeba.

« Nous estimons qu’environ trois millions de personnes vivent à Addis Abeba. Près de 25 pour cent de ces habitants n’ont pas accès à des toilettes, et défèquent dans les cours d’eau qui traversent la ville », a indiqué le rapport.

« Nous ne pouvons plus tolérer la présence d’excréments dans les cours d’eau et sur les routes. Nous devrions avoir honte. Nous voulons faire en sorte que la ville soit propre et devienne un endroit plus agréable à vivre », a dit Mekuria Haile, un haut responsable du gouvernement local, lors du lancement du rapport intitulé Nettoyer et embellir Addis Abeba : approfondir les questions environnementales et sanitaires via la participation publique.

« Addis Abeba est l’une des plus grandes villes d’Afrique sub-saharienne… mais elle est encore confrontée à des problèmes de gestion des déchets solides et à des problèmes de santé provoqués par la consommation d’eau non potable et l’inadéquation des installations d’assainissement », a dit M. Haile.

L’épidémie de diarrhée aqueuse aiguë (DAA) qui a frappé la plupart des quartiers de la ville en août 2009 « était le résultat de mauvaises conditions d’assainissement et d’hygiène, combinées aux déchets solides de la ville », d’après le rapport.

« Depuis cette épidémie, je n’ai pas confiance en l’eau acheminée par les conduites. Je fais bouillir mon eau tous les jours avant de servir ma famille », a dit Senait Habte, une habitante du bidonville de Kolfe Keraniyo, à Addis Abeba.

« Les gens de ma famille qui habitent à la campagne en Ethiopie vivent mieux que nous en ville. Ils ont de bonnes toilettes et l’accès à l’eau potable. On dirait que le gouvernement nous a oubliés », a-t-elle dit à IRIN, avant d’ajouter : « Il y a sans cesse des coupures d’électricité. Parfois, nous n’avons pas d’eau pendant cinq jours. La vie devient difficile à Addis Abeba de nos jours ».

Bizuneh Tolcha, responsable des relations publiques au ministère des Ressources en eau, a dit à IRIN que près de 66 pour cent des Ethiopiens avaient accès à l’eau potable, et que 56 pour cent avaient accès à une latrine.

« D’après nos tests, l’eau à Addis est très propre, mais le problème est la contamination due à l’usage dangereux qui en est fait », a dit M. Tolcha à IRIN.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), 60 à 80 pour cent de la charge de morbidité actuelle en Ethiopie est attribuable aux risques liés à l’hygiène de l’environnement, notamment aux mauvaises conditions d’hygiène et aux installations d’assainissement inadaptées.

Eco-toilettes

Catholic Relief Services (CRS), une ONG (organisation non gouvernementale) basée aux Etats-Unis, et ses partenaires, font la promotion d’une latrine écologique appelée ArborLoo, conçue par un Zimbabwéen, Peter Morgan, spécialement pour les conditions africaines. En plus de servir de latrine, elle permet d’utiliser les excréments pour favoriser la croissance d’arbres fruitiers.

L’ArborLoo est une latrine à compost formé d’une seule fosse peu profonde – un mètre à 1,5 mètre de profondeur –, d’une poutre, d’une dalle et d’une structure.

« Toute ma famille déféquait derrière la maison ou en plein champ… »
« Chaque dalle de béton… coûte entre sept et 20 dollars, et la latrine est utilisable par tout le monde. Elle est parfaitement adaptée aux personnes âgées ou handicapées. Elle peut être creusée en une demi-journée, et on peut aussi planter des arbres dessus », a dit Bekele Abaire, responsable de programme au bureau de CRS en Ethiopie.

Pendant l’utilisation, les problèmes d’insectes et d’odeur peuvent être réduits en ajoutant régulièrement de la terre, des cendres de bois et des feuilles sur les excréments dans la fosse. Une fois que la fosse est pleine, on la recouvre de terre, on la laisse se composter, et on déplace les toilettes à un autre endroit, où on les reconstruit et les utilise de la même manière.

On peut ensuite planter un arbre sur l’ancien emplacement des toilettes, de préférence au début de la saison des pluies, après que le contenu de l’ancienne fosse s’est composté pendant un certain temps.

« Avant, toute ma famille déféquait derrière la maison ou en plein champ. C’est le cas partout dans notre ‘kebele’ [district] ; c’est normal. Maintenant, nous avons compris que les latrines sont importantes pour notre hygiène et notre santé. L’ArborLoo nous a beaucoup aidés. Nous plantons des arbres fruitiers, des légumes, des arbres et surtout, nous sommes protégés de la diarrhée aqueuse aiguë et d’autres maladies », a dit Seid Abdo, qui utilise aujourd’hui une latrine ArborLoo dans la zone Arsi, dans la région d’Oromiya.

« De nombreuses communautés sont parvenues à faire passer la couverture d’assainissement à 100 pour cent dans des zones où elle n’était que d’un pour cent, voire moins, avant le projet. Et étonnamment, aucune de ces zones n’a été affectée par la DAA, alors que les autres en ont souffert », a dit M. Abaire à IRIN.

« Nous essayons de mettre en place davantage de projets d’éco-toilettes à Addis Abeba. Nous voulons développer [ces projets] dans des zones urbaines comme Addis Abeba et Adama, mais nous sommes confrontés à un manque de politiques adéquates et à un manque de financements », a-t-il dit.