Entreprendre chez moi à Madagascar

Jean-Luc Rajaona n’aura pas succombé aux sirènes du Nord. Venu en France pour finir ses études et acquérir de l’expérience professionnelle, il a toujours cultivé le projet de retourner entreprendre chez lui à Madagascar. Il dirige aujourd’hui Ingenosya, sa propre société d’informatique à Tananarive. Portrait.

Pantalon noir, chemise blanche, rasé de très près, Jean-Luc Rajaona nous fait visiter les locaux de sa société : Ingenosya. A 36 ans, il ne fait pas son âge. Il promène son svelte mètre quatre-vingt dix à travers les bureaux pour nous présenter la vingtaine d’ingénieurs informaticiens qui travaillent pour lui. Sous les toits, au dernier étage d’un bâtiment d’un quartier résidentiel de Tananarive, l’ambiance est on ne peut plus studieuse malgré la promiscuité. Au coude à coude, ils vaquent tous à leur projet respectif.

A l’heure où la fuite des cerveaux est un mal qui gangrène l’Afrique, Jean-Luc Rajaona, lui, montre le bon exemple. Marié et père de deux enfants, il est chef d’entreprise, sa propre entreprise, celle qu’il avait toujours eu la volonté de créer à Madagascar, alors qu’il était en France pour finir ses études. En France où il aura finalement travaillé pendant neuf ans. L’idée du retour au pays ne l’a jamais quitté. Mieux, elle a conduit ses pas. Le bagage intellectuel et professionnel qu’il a acquis à l’étranger n’avait qu’un but : s’armer le mieux possible pour préparer son retour.

Un solide parcours

1984. Jean-Luc arrive en France, il a tout juste 19 ans. Après l’Université technologique de Compiègne où il devient ingénieur en informatique, il poursuit avec un MBA à l’Ecole Supérieure de Lyon pour aller enfin en Angleterre, à la Cranfield School of management pour terminer son cursus scolaire. Quatre ans chef de projet chez Cap Gemini puis cinq ans ingénieur financier à la Caisse des Dépôts et Consignations : il travaillera neuf ans en France. Neuf ans où il engrangera compétences et réflexes professionnels.

 » Je cherchais le moyen de rentrer au pays. J’avais en tête un projet de création d’entreprise. J’ai fait pas mal de recherches pour le concrétiser. Puis je me suis jeté à l’eau. J’ai monté le projet seul au départ, mais il me fallait des associés. Puis j’ai eu l’occasion de rentrer en contact avec Dominique Morvan, mon associé actuel « , explique Jean-Luc.

Avec 750 000 FF de capital, Ingenosya naît en 1999 sur la forme d’une société bicéphale de développement informatique, avec une structure commerciale installée en France – dont s’occupe seul Dominique Morvan – et une équipe de réalisation à Madagascar – que gère Jean-Luc. Si Ingenosya intervient sur le marché national malgache, elle travaille essentiellement pour l’étranger : la France.  » Notre principal attrait est le coût de nos prestations qui sont trois fois moins chers qu’en France », commente le jeune chef d’entreprise.

Scepticisme sur la compétence malgache

Bien qu’ils comptent parmi leurs clients des entreprises telles que France Télécom, Thomson ou Itinéris, ils sont nombreux à nourrir des doutes sur le savoir-faire malgache.  » Nous nous heurtons à un handicap psychologique certain. Il existe un certain scepticisme quant à la qualité de travaux réalisés à Madagascar « .

La majeure partie des ingénieurs d’Ingenosya sont diplômés des écoles malgaches. Une denrée rare sur l’île. Il ne s’agit pas d’un problème de compétence –  » nous avons une bonne formation « , soutien Jean-Luc – mais d’un problème de rareté, dû au nombre de diplômés qui sortent chaque année des écoles. Une centaine seulement pour tout le pays.  » Ils sont très prisés sur le marché du travail « . Malgré tout, les besoins sont là. Et Ingenosya recrute encore.  » L’équipe devrait atteindre trente personnes d’ici fin 2001 « .

S’il est  » encore trop tôt pour parler chiffre (d’affaire, ndlr) « , l’objectif à moyen terme est  » d’être Iso 9000 dans deux ans – un certificat international de qualité propre à rassurer les clients potentiels – et de fonctionner sur une activité 70% à l’étranger 30% à Madagascar « . A nous de lui souhaiter courage et prospérité dans une aventure que beaucoup d’Africains devraient méditer.