Enquête sur le Bénin, volet 2. Après la croissance le défi de l’emploi!


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Bénin Coton , Usine de la GDIZ...
Bénin Coton , Usine de la GDIZ...

ou : Quand la performance macroéconomique ne suffit plus

Dans notre première enquête publiée sur Afrik.com le 13 juillet, nous avions documenté les ressorts d’une alternance béninoise réussie : stabilité institutionnelle, continuité de l’État, modernisation administrative. Un tableau globalement positif, tempéré par une question laissée en suspens. Les habitants rencontrés à Cotonou et Abomey-Calavi saluaient les transformations visibles les routes, les équipements, la digitalisation des services mais exprimaient une frustration récurrente : les choses changent, mais l’emploi ne change pas assez vite. Cette question méritait un article à part entière. C’est l’objet de cette seconde enquête.

(Franck Fidèle Amougou Biyidi est journaliste-correspondant pour Afrik.com et chercheur associé au CIRMA, où il coordonne le Forum Africa Forward. Il couvre les questions géopolitiques, sécuritaires et diplomatiques de l’Afrique francophone subsaharienne. Il est basé à Douala, Cameroun.)

Le paradoxe béninois en chiffres

Le Bénin affiche des indicateurs macroéconomiques qui feraient pâlir d’envie nombre de ses voisins. En 2025, la croissance du PIB réel a atteint 8,1 % selon la Banque africaine de développement niveau record depuis 1990, porté par les travaux publics (+9,8 %), le textile (+9,3 %) et l’agroalimentaire (+8,4 %). L’inflation est restée maîtrisée à 1,1 %, plus bas taux de la zone UEMOA. Pour 2026, les projections tablent sur 7 %, ce qui positionnerait le Bénin comme le pays le plus dynamique de l’union monétaire.

Pourtant, derrière ces chiffres se cache une réalité structurelle tenace. Le taux de chômage officiel est de 1,7 % l’un des plus bas de la sous-région. Mais selon le profil du marché du travail 2025/2026 (ADCD/UNSTB), plus de 90 % des actifs non agricoles exercent dans le secteur informel. Le sous-emploi, lui, touche près de 72 % de la main-d’œuvre selon la Banque mondiale.

Le chiffre le plus parlant est peut-être celui-ci : l’élasticité entre la croissance du PIB par habitant et la réduction de la pauvreté est de 0,26 au Bénin, contre une moyenne de 1,1 pour l’Afrique subsaharienne entre 2018 et 2021 (Banque mondiale). Concrètement : chaque point de croissance gagné produit quatre fois moins de réduction de pauvreté qu’ailleurs sur le continent. La mécanique de distribution est grippée.

La GDIZ, vitrine et pari industriel

La Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) est la réponse structurelle du Bénin à ce défi. Inaugurée dans le cadre du Programme d’Action du Gouvernement, elle vise à transformer localement les principales matières premières du pays coton, anacarde, ananas plutôt que de les exporter brutes. Plus de 14 000 emplois directs y ont été créés en 2025, pour un investissement total dépassant 1,4 milliard de dollars.

Les résultats du programme Azôli, déployé par l’Agence nationale pour l’Emploi dans le cadre du Projet d’Inclusion des Jeunes (ProDIJ), vont plus loin encore : plus de 53 000 jeunes béninois ont été placés en entreprise ou en entrepreneuriat à travers ce dispositif. Le 1er juillet 2026 le jour même de notre entretien avec le Professeur Bellarminus Kakpovi à la Cité ministérielle, la ministre des PME Awaou Baco effectuait sa première visite d’immersion à la GDIZ pour évaluer ces résultats sur le terrain.

Ces chiffres sont réels et significatifs. Mais ils doivent être mis en perspective : la population béninoise croît à 2,7 % par an, et plus de 65 % des Béninois ont moins de 25 ans selon l’UNICEF. Dans ce contexte démographique, 53 000 insertions restent insuffisantes pour absorber les flux de jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail.

Le 14 juillet 2026, le Président Wadagni était à Addis-Abeba pour présenter la GDIZ comme vitrine de son modèle devant ses pairs africains. Signal clair : le dispositif de Glo-Djigbé est devenu un argument diplomatique. Mais une vitrine suppose que ce qu’elle expose tienne sur la durée.

Les réponses du gouvernement Wadagni

Ce qui frappe dans les premières semaines du mandat Wadagni, c’est la rapidité avec laquelle l’exécutif a nommé le problème et tenté d’y répondre. Fin juin 2026, le gouvernement a acté l’alignement stratégique de l’offre universitaire sur des filières prioritaires à forte employabilité santé, agriculture, technologie en instaurant la gratuité de l’enseignement dans ces secteurs, soutenue par un système de bourses.

C’est une mesure courageuse. Elle s’attaque à la racine du mal : l’inadéquation entre ce que le système éducatif produit et ce que le marché du travail demande. Mais ses effets ne se feront sentir que dans cinq ans au minimum. Entre-temps, des cohortes entières de diplômés continueront de chercher une insertion dans une économie qui ne les absorbe pas assez vite.

C’est le défi d’agenda de tout gouvernement ambitieux : les réformes structurelles prennent des années, les attentes sociales sont immédiates.

Ce que disent les acteurs de terrain

Lors de notre entretien avec le Professeur Bellarminus Kakpovi, Secrétaire Général du Ministère des Sports, la question de la jeunesse est revenue comme un fil conducteur. Ses propos reflétaient une lucidité tranquille : le Bénin a construit, investi, réformé. Le troisième temps de la transformation, produire des emplois à la hauteur des attentes, est le plus difficile et le plus attendu.

L’historien et écrivain Akil Elégbédé, rencontré dans son bureau à Pobè, offrait un autre angle de lecture, ancré dans la sociologie profonde du pays. Pour lui, une réforme de l’emploi qui ignore les pratiques économiques réelles de la majorité le commerce transfrontalier, le petit entrepreneuriat, les solidarités communautaires est une réforme qui ne prendra pas. La croissance peut être pilotée par le haut. La transformation sociale, elle, doit partir du bas.

Un paradoxe à dépasser

Le paradoxe croissance/emploi n’est pas une spécificité béninoise il traverse la plupart des économies africaines en développement. Ce qui distingue le Bénin, c’est la clarté avec laquelle ses citoyens le nomment et la lucidité avec laquelle son nouveau gouvernement semble l’avoir identifié comme priorité absolue du mandat 2026-2033.

Le pari Wadagni aligner la formation sur les besoins réels, industrialiser localement, insérer massivement les jeunes via des programmes concrets est cohérent et ambitieux. Il reste à voir s’il sera suffisamment rapide pour répondre aux attentes d’une population jeune, dynamique, et qui juge désormais moins sur les discours que sur les trajectoires individuelles.

Les Béninois que nous avons croisés fin juin ne regardaient pas les manchettes économiques. Ils regardaient leurs propres vies et souhaitaient y voir le reflet de l’embellie qui touche le pays dans son ensemble…

(Sources ;

  • BAD, Perspectives économiques au Bénin, juin 2026.
  • Banque mondiale, Global Economic Prospects, janvier 2026.
  • ADCD/UNSTB, Profil du marché du travail Bénin 2025/2026.
  • ANPE Bénin, programme Azôli / ProDIJ, juillet 2026.
  • UNICEF, Rapport annuel Bénin 2024.
  • Entretiens de terrain : Pr Bellarminus Kakpovi, SG Ministère des Sports, Cotonou, juin 2026 ; Akil Elégbédé, historien et écrivain, Pobè, juin 2026.)
Franck Biyidi
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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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