En route pour la présidence

La première élection présidentielle pluraliste du Rwanda se déroulera le 25 août prochain. Le Président sortant Paul Kagame et l’ex-Premier ministre Faustin Twagiramungu sont les deux principaux candidats. Le leader du Front patriotique rwandais (FPR, au pouvoir) aurait une longueur d’avance. La population, majoritairement très démunie, attend beaucoup de cette échéance électorale.

Première présidentielle pluraliste. En votant, le 25 août prochain, pour élire le nouveau chef de l’Etat les quatre millions d’électeurs rwandais vivront un moment historique. Pour la première fois depuis son indépendance en 1962, le pays verra quatre candidats s’affronter pour briguer le poste de premier magistrat du pays. Le scrutin devrait toutefois se jouer entre les deux poids lourds : l’actuel Président Paul Kagame (Front patriotique rwandais, FPR, tutsi) et l’ex-Premier ministre Faustin Twagiramungu (indépendant, hutu).

David contre Goliath

Mais l’un d’eux pèse plus lourd dans la balance. Paul Kagame a les moyens de mener une campagne tape-à-l’oeil, avec T-shirts, casquettes et drapeaux, en plus de ses nombreux meetings. Il bénéficie aussi du soutien de six partis. Faustin Twagiramungu, comme les deux autres prétendants à la présidence, est plus discret, mais s’affaire beaucoup auprès des populations. Peut-être trop. Selon lui, ses partisans font l’objet de pressions pour rejoindre le camp de son rival. Interviewé par Radio France Internationale, il a en outre dénoncé les « méthodes staliniennes » et la « torture politique » dont use son adversaire.

Des observateurs européens estiment toutefois que les élections devraient globalement bien se dérouler. « Sur le plan technique, la préparation du scrutin est très bien menée. Comme lors du référendum du 26 mai[[<1>Le 26 mai 2003 les Rwandais se sont prononcés sur le projet de Constitution, mis en forme pendant deux ans par la Commission judiciaire pour la Constitution de la République]], la commission électorale nationale (CEN) fait du bon travail », commente la Mission d’observation électorale de l’Union Européenne sur place depuis un mois.

La CEN veille à ce que les candidats ne retombent pas dans les travers qui ont mené le pays au génocide interethnique de 1994[[<2>En 1994, un conflit interethnique opposant la minorité tutsie aux Hutus a fait entre 800 000 et 1 million de morts]]. L’organisme de contrôle a ainsi récemment épinglé Faustin Twagiramungu pour divisionnisme, lui reprochant de jouer de son appartenance ethnique pour glaner des voix. Un jugement largement relayé par les médias pro-gouvernementaux, qui expliquent que son message électoral est ambigu. L’intéressé a réfuté les accusations portées à son encontre sur les ondes d’une radio publique.

Pour le changement

La population a accès au débat politique. Mais ce qui l’intéresse, c’est le changement. Un changement que tous les candidats promettent dans leurs programmes. En attendant les résultats et des actions concrètes, environ 60% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Toutefois, la situation sur le terrain s’est sensiblement améliorée. « Depuis la fin de la guerre, la sécurité est revenue. La cohabitation se déroule bien. Tout le monde est sur le même pied d’égalité car l’appartenance ethnique n’apparaît plus sur les papiers d’identité », explique-t-on à la Croix rouge rwandaise. Du coup, la discrimination à l’emploi qui prévalait avant le conflit fait place à la compétition. Une compétition restreinte, toutefois. Le pays est encore essentiellement agraire et les industries sont quasi-inexistantes. Conséquence, les postes à pourvoir sont peu nombreux.

Les observateurs européens rapportent que les habitants sont bien informés de l’approche de l’élection présidentielle. A quelques jours de cette échéance, le Président sortant serait en bonne voie pour assurer sa succession. Dans ce cas, Faustin Twagiramungu a dores et déjà annoncé qu’il refuserait d’être son Premier ministre.

Mais le véritable enjeu électoral pourrait bien être celui des législatives du 29 septembre prochain. « Ce rendez-vous sera un test très important. Les partis concourront pour eux-mêmes, et non plus pour un candidat à la présidence », estime Colette Flesch, chef observateur de la Mission d’observation électorale de l’Union Européenne. Le degré d’implantation des formations politiques fera alors la différence.