En RDC, l’opposition (presque) sur la même longueur d’onde

En RDC, l’opposition serait-elle en proie à de profondes divisions ? C’est manifestement ce que beaucoup laissent entendre – et espèrent – au sein de la majorité parlementaire. Mais en dépit des apparences, l’opposition congolaise est peut-être plus unie que la majorité elle-même, au sein de laquelle les ambitions commencent déjà à s’exprimer dans la perspective de l’après Kabila.

« Diviser pour mieux régner ». En RDC, la majorité parlementaire tente de faire sienne ce vieil adage. Depuis quelques jours, elle s’évertue à pointer du doigt les dissensions, réelles ou supposées, dans les rangs de l’opposition. Mais les apparences peuvent être trompeuses. Car les opposants congolais poursuivent, en rangs dispersés certes mais de manière résolue et déterminée, leur quête vers la désignation d’un candidat unique ou, tout au moins, de large consensus. Un objectif majeur car l’élection présidentielle au Congo-Kinshasa ne comporte qu’un seul tour. Il est donc crucial pour l’opposition de présenter un front le plus uni possible.

« Les membres de la majorité ont tendance à sur-interpréter les propos de certains leaders de l’opposition, en particulier ceux de Vital Kamerhe, tenus cette semaine sur le plateau de TV5 Monde ». Ce mercredi 6 avril, le leader de l’UNC, figure de proue de la Dynamique de l’opposition, l’une des principales plateformes politiques du pays, avait en effet déclaré : « Dans le contexte politique actuel, c’est d’abord le combat du processus électoral qui s’impose et non celui de la course à l’investiture à la présidentielle », en faisant référence à la déclaration du G7 qui, quelques jours plus tôt, appelait Moïse Katumbi, le très populaire dernier Gouverneur de l’ex-Katanga, à se porter candidat à l’élection présidentielle à venir. Et Vital Kamerhe d’ajouter : « Les questions de personnes vont nous diviser et cela va profiter au pouvoir. Le moment n’est pas encore venu pour cela ».

« Du pain béni pour la majorité qui tente d’utiliser ces propos pour administrer la preuve de la dissension qui règne dans les rangs de l’opposition », analyse un professeur de sciences politiques à l’UniKin, l’Université de Kinshasa. En réalité, Vital Kamerhe ne dit pas autre chose que Moïse Katumbi. Moins de 24 heures après l’appel du G7, le Président du TP Mazembe avait en effet répondu par voie de communiqué en précisant que « la priorité aujourd’hui (était) de s’entendre sur un candidat commun » au sein de l’opposition. Celui-ci n’a d’ailleurs pas ménagé ses efforts ces derniers temps, tentant inlassablement de rapprocher les positions des uns et des autres et allant même jusqu’à proposer une primaire si cela s’avérait nécessaire. Et ce vendredi 8 avril, au micro de Christophe Boisbouvier sur RFI, à la question : « serez-vous candidat à la Présidentielle ? », Moïse Katumbi a répondu : « je suis en train de consulter l’opposition et toutes les forces vives… afin que nous puissions avoir un candidat commun à l’élection présidentielle », ajoutant que ce dernier pourrait tout aussi bien être « Etienne Tshisekedi, Vital Kamerhe, que quelqu’un d’autre ou (moi-même) ». Des propos de nature à rassurer et à apaiser.

« Ce qui unit l’opposition est beaucoup plus fort que ce qui la divise »

« En réalité, ce qui unit l’opposition est beaucoup plus fort que ce qui la divise », confie-t-on de concert dans les entourages respectifs du G7, de la Dynamique de l’Opposition ou encore du MLC. « L’étalage de nos supposées divisions ne fait que bénéficier à Joseph Kabila, qui compte là-dessus pour se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir », avertit un proche de Félix Tshisekedi. De fait, l’opposition, certes polycéphale au Congo-Kinshasa, mène depuis plusieurs mois, dans une relative union, deux combats. Le premier est celui de la tenue de l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels, comme l’a encore démontré la rencontre de ce mardi à Bruxelles entre Etienne Tshisekedi et Moïse Katumbi. Le second combat, mené lui aussi de concert, est celui de l’alternance. Pas question pour l’opposition de voir le Président Kabila briguer un troisième mandat, à charge, pour la majorité parlementaire de désigner un autre candidat.

Déjà, les ambitions se font jour dans ses rangs. Matata Ponyo, l’actuel Premier ministre rêve d’incarner une alternative acceptable face aux faucons de la majorité. Quant à Aubin Minaku, il compte sur Twitter un « compte officiel de soutien »,@MinakuPresident, le présentant comme le « candidat valable de la majorité présidentielle en vue des élections 2016 en RDC ». « On voit une opposition plurielle au Congo-Kinshasa ; mais en réalité, elle est peut-être moins hétéroclite et désunie que la majorité, au sein de laquelle les velléités de candidatures sont légions au fur et à mesure que l’on se rapproche de la date fatidique de novembre 2016 », décrypte notre professeur de l’UniKin. De fait, entre les membres du clan Kabila, les caciques du PPRD, et les alliés de la majorité (à l’instar du Palu d’Antoine Gizenga), les intérêts sont sensiblement divergents.

Reste enfin, pour l’opposition congolaise, l’épineuse question de la candidature unique ou, à tout le moins, de large consensus. « Chaque chose en son temps », déclare-t-on dans les rangs de l’Eucidé, un parti membre de la Dynamique de l’opposition, dont le leader est le député Martin Fayulu. En attendant, de part et d’autre au sein de l’opposition, l’heure est à l’apaisement. Dans les rangs de l’UNC, beaucoup tentent d’atténuer la portée des propos de Vital Kamerhe sur le plateau de TV5. Quant à Salomon Kalonda, le principal conseiller de Moïse Katumbi, il a tenu à préciser, ce jeudi 7 avril 2016, sur son compte twitter : « Alors que certains commentateurs cherchent des polémiques inutiles, le G7 apaise et contribue à l’union de l’opposition ». Un état d’esprit largement partagé parmi les opposants congolais, où ceux qui prendront le risque d’entretenir la division savent qu’ils encourront une sévère sanction dans les urnes lors des prochaines élections.