En marche contre la tuberculose

Cause Première organise le 29 août une marche pour sensibiliser la banlieue de Dakar aux dangers de la tuberculose. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la campagne que l’ONG a lancée mi-juillet dans la capitale sénégalaise.

Se protéger de la tuberculose n’est pas une option. C’est l’un des messages que Cause Première délivre aux populations de Dakar depuis le 16 juillet, coup d’envoi de sa campagne de sensibilisation contre le bacille de Koch. Une campagne que l’ONG humanitaire relancera le 29 août avec une marche dans les rues de Pikine et Guédiawaye, banlieues dakaroises très touchées. Objectif : alerter les Sénégalais, les élus locaux et les acteurs de la santé. Les précisions de Banding Gassama, président de Cause Première.

Afrik.com : Votre ONG s’investit beaucoup à combattre le sida. Pourquoi cet engagement contre la tuberculose ?

Banding Gassama :
Cause Première a effectivement toujours lutté contre le sida et les maladies maternelles et infantiles, notamment. Mais nous avons pris conscience – au cours de nos différents rapports avec les Nations Unies dans le cadre de l’initiative Three by One, qui lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme -, que la tuberculose accélère le développement du sida chez les porteurs du VIH. Par ailleurs, 30% des décès de personnes atteintes par le sida sont liées à la tuberculose.

Afrik.com : Pensez-vous que la lutte contre tuberculose tend à être délaissée ?

Banding Gassama :
La vérité est que la quasi-totalité des acteurs se tournent vers le sida et le paludisme car il y a plus d’argent. Mais si avec un minimum de précautions on peut se protéger du sida, ce n’est pas la même chose avec la tuberculose car on ne peut pas s’empêcher de respirer ! C’est d’autant plus un problème qu’au Sénégal il y a beaucoup de manifestations religieuses – comme pour le pèlerinage dans la ville sainte de Touba, qui peut réunir entre deux et trois millions de personnes -, et que la promiscuité de ce genre d’attroupement facilite la propagation de la maladie.

Afrik.com : La tuberculose fait-elle peur ?

Banding Gassama :
En wolof, on a une expression qui signifie « la mauvaise toux ». Mais il s’agit d’une traduction littérale. Dans le contexte, le sens est extrêmement péjoratif et même insultant. Les malades de la tuberculose sont mis à l’écart de leur famille, et cette même famille est mise à l’écart par les voisins. Or, les personnes qui vivent avec les malades n’attrapent pas forcément la tuberculose.

Afrik.com : C’est-à-dire ?

Banding Gassama :
Quand une personne est entourée et soutenue par sa famille, cette dernière pourra l’encourager à se faire dépister. Et si la maladie est avérée, au bout de quelques jours de traitement, le tuberculeux n’est plus contagieux. A l’inverse, si la famille stigmatise un proche qu’elle pense malade, il n’aura pas envie de se dépister et, le cas échéant, de se faire soigner. Parce que chacun de ses mouvements sera observé pour déterminer s’il est réellement malade et qu’il ne pourra donc pas prendre ses médicaments sans éveiller les soupçons.

Afrik.com : Justement. Les médicaments contre la tuberculose sont-ils accessibles, en termes de prix et d’approvisionnement ?

Banding Gassama :
Il faut saluer les efforts du gouvernement sénégalais et de ses partenaires. La tuberculose est presque la seule maladie où la prise en charge est totale, 100% gratuite. Les médicaments sont accessibles dans les 768 postes de santé du pays. Chacun compte un spécialiste de la tuberculose, certains offrent aux patients démunis de quoi se nourrir et il n’y a jamais d’interruption dans l’approvisionnement des médicaments. Ceci dit, tout n’est pas parfait : des malades se plaignent d’être parfois très mal accueillis, que les médecins leur crient dessus, les humilient devant tout le monde… C’est dû au fait que certains agents de santé ont peur de la tuberculose ou qu’ils ne savent pas comment aborder avec tact le malade.

Afrik.com : Qu’en est-il de la tuberculose ultra-résistante?

Banding Gassama :
Le coût pour un malade qui a développé une résistance, qui résulte de la négligence du traitement, est de 4 millions de FCFA, soit 6 000 euros. Et là, le malade est seul parce que le gouvernement ne peut pas prendre une telle somme à sa charge.

Afrik.com : Comment se passe la campagne de prévention que Cause Première a lancée le 16 juillet ?

Banding Gassama:
Nous avons travaillé avec des imams, des prêtres, des leaders d’opinion, des groupements féminins, des associations sportives culturelles. Nous avons par ailleurs formé cinquante secouristes de la Croix-Rouge et de la région médicale de Dakar, en partenariat avec le programme national de lutte contre la tuberculose, qui font du porte à porte à Dakar. Ils récupèrent les « perdus de vue », ces malades qui ont interrompu leur traitement. Ils poussent aussi les familles à ne plus stigmatiser les malades et à prendre des mesures préventives contre la tuberculose. Bientôt, nous espérons former cinquante autres bénévoles à Ziguinchor.

Afrik.com : D’autres actions sont-elles en cours?

Banding Gassama :
Le 15 janvier 2010, nous allons lancer à l’échelle nationale la campagne de lute contre la tuberculose. Pour ce lancement, présidé par le ministre de la Santé, nous inviterons les ambassades des pays francophones de Dakar, les représentants d’organisations internationales, comme l’OMS (Organisation mondiale de la santé), l’Onusida, FHI (Family health international)… La veille, nous formerons les journalistes sur la tuberculose et feront la promotion d’un petit album contre la maladie. C’est Meiway qui conduira le projet auquel participeront, entre autres, Baaba Maal, Aïcha Koné et Monique Seka.

Afrik.com : Quel partenaire soutient votre initiative ?

Banding Gassama :
Le partenaire qui nous a financés jusqu’ici est Lilly MDR-TB Partnership, qui nous a donné de 102 000 euros.

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