Egypte : l’abstention, l’autre adversaire du candidat Sissi

La deuxième journée de vote s’achève aujourd’hui tandis que les Egyptiens se sont rendus peu massivement aux urnes pour choisir entre Abdel Fattah al-Sissi et Hamdeen Sabbahi.

(De notre correspondante en Egypte)

Tout aura été fait pour pousser les Egyptiens à aller voter. Après une première journée de vote, le gouvernement d’Ibrahim Mahlab a annoncé lundi soir que la journée du mardi serait fériée et les stations de vote ouvertes jusqu’à 22h- soit une heure supplémentaire. Et pour cause, à l’issue du premier jour, la participation à Alexandrie, deuxième ville du pays n’était qu’à 20%, selon l’agence MENA.

Ce mardi, des cars sont affrétés par le parti salafiste Al-Nour, soutenant le candidat al-Sissi, pour aider les femmes à aller voter. Après avoir écarté la possibilité d’un troisième jour de vote, Tarek Shebl de la commission électorale a même annoncé qu’une amende de 500 livres égyptiennes (soit 50 euros) serait attribuée à tout abstentionniste. L’enjeu est de taille : une faible participation pourrait fragiliser la légitimité du futur Président élu, près de 10 mois après le renversement du dernier Président égyptien, Mohamed Morsi, en juillet 2013.

Parmi les abstentionnistes se trouve une grande partie de la jeunesse, aujourd’hui désabusée par un processus politique qui n’a pas répondu aux attentes nées de la révolution de 2011. Sherif Shaabane, 27 ans, n’est pas allé voter. « Ces élections sont une farce qui vise à légitimer le coup d’Etat qui a eu lieu en juillet dernier », explique-t-il. Sherif appartient à l’Alliance contre le Coup qui manifeste quotidiennement depuis juillet pour contester le renversement de Morsi. Si pratiquement aucun incident n’est à déplorer dans la capitale, plusieurs manifestations se sont déroulées dans les villes de Tanta, Beni Suef et Assiout.

Dans le quartier de Shobra au Caire où vit une forte population copte, la participation n’a pas été aussi forte que prévue. Pourtant, un groupe d’Egyptiennes accompagnées de leurs enfants ont scandé pendant plusieurs heures des slogans pro-Sissi, agitant drapelets égyptiens et affiches du candidat devant l’école où se déroule le scrutin. Un poster représentant les leaders des Frères musulmans, l’ancien Président Morsi, déguisés en moutons et prêts à être abattus, circule aussi dans la foule. Le message est clair : voter pour al-Sissi, c’est se libérer de la menace islamiste incarnée par la confrérie.

« Nous voulons un homme fort en Egypte, et cet homme c’est Sissi ! » chantent-elles. Dans le quartier populaire d’Imbaba au Caire, des stations de vote sont restées vides pendant plusieurs heures, poussant dans la somnolence les soldats chargés de sécuriser le périmètre.