En Afrique du Sud, porter une mine-jupe est-il un crime ?

Des femmes en mini-jupe manifestant.

Des centaines de femmes ont manifesté mardi à Johannesburg, en Afrique du Sud, pour revendiquer le droit de s’habiller comme elles l’entendent. Cette marche, précédée d’une autre vendredi, a été organisée suite à l’agression en février d’une femme qui assure avoir été humiliée et insultée parce qu’elle portrait une mini-jupe.

« Nous aimons nos minis », « Il n’y a pas de raccourcis pour les droits des femmes », « Nous ne sommes pas des panneaux de signalisation, vous devez nous respecter ». Ce sont certains des messages que l’on pouvait lire sur les pancartes des centaines de manifestantes qui se sont réunies mardi à la galerie d’art de Johannesburg. Ces femmes – soutenues par plusieurs hommes, militants ou non de l’égalité des sexes – protestaient ainsi contre l’agression de Nwabisa Ngcukana.

Insultes et agressions sexuelles

Cette jeune femme de 25 ans affirme avoir été agressée, le 17 février, par des chauffeurs de taxi et des vendeurs de rue parce qu’elle portait une mini-jupe. Elle explique que l’attaque s’est déroulée à Johannesburg à la station de taxis Noord Street. « Pendant qu’ils me déshabillaient, ils n’arrêtaient pas de crier que c’est « ce que je voulais ». Certains ont introduit leurs doigts dans mon vagin alors que d’autres versaient de l’alcool sur ma tête et me traitaient de tous les noms », a raconté Nwabisa Ngcukana aux journalistes.

Elle n’aurait reçu aucune assistance extérieure des passants. Pire, certains se seraient moqués d’elle et auraient déclaré qu’elle méritait ce qui lui arrivait. La victime assure d’ailleurs que, lorsque ses amies ont pris sa défense, les agents de sécurité leur ont ri au nez et ont même cautionné la violence des chauffeurs de taxi. Finalement, Nwabisa Ngcukana aurait dû acheter une paire de jeans pour rentrer décemment chez elle, sa jupe ayant été déchirée.

Les leaders traditionnels se fâchent

La police est à la recherche des agresseurs de Nwabisa Ngcukana, qui a porté plainte pour harcèlement sexuel, et appelle la population à coopérer pour l’aider à avancer. De son côté, l’Alliance nationale des taxis du Gauteng, la province sud-africaine où s’est déroulée l’agression, a demandé aux associations de taxis travaillant à Noord Street de suspendre ceux impliqués dans l’attaque, indique Sapa, l’agence d’information sud-africaine. Mercredi 27 février, l’inspecteur Xoli Mbele a annoncé qu’aucune arrestation n’avait été menée mais qu’il espérait qu’il y en aurait « bientôt ».

L’affaire Nwabisa Ngcukana a suscité une telle polémique sur le port de la mini-jupe que la Maison nationale des leaders traditionnels est intervenue. Qualifiant de « barbares » les agresseurs de Nwabisa Ngcukana, elle a rappelé dans une déclaration, mercredi 27 février, que les femmes portent des mini-jupes lors de cérémonies traditionnelles. Et d’enjoindre « toute la nation à agir et à protéger nos jeunes femmes contre les hommes archaïques qui se servent de la culture comme d’un moyen pour agresser les femmes. (…) A aucun moment la culture ne dicte aux jeunes filles de porter des robes qui [descendent] sous leurs genoux et elle ne dicte pas non plus aux hommes d’agresser les jeunes femmes qui choisissent de porter des mini-jupes ».

Manifestations de soutien

Le vendredi suivant cette déclaration, le Remmoho Women’s Forum a organisé une manifestation de soutien à Nwabisa Ngcukana. La présentatrice radio vedette Redi Direko lui a emboîté le pas mardi, avec moins de succès, cependant. La première marche a réuni quelques « 1 500 » manifestants, contre « entre 600 et 700 » pour la deuxième, explique à Afrik Tshipinare Marumo, chargé d’information de People Opposing Women Abuse (Powa). Cette ONG a soutenu ces initiatives en gageant que « plus de femmes briseront le silence du harcèlement, et pas seulement celui des chauffeurs de taxi », poursuit Tshipinare Marumo.

Plus généralement, Powa espère sensibiliser les Sud-Africains aux droits des femmes. Il souhaite aussi que le système criminel judiciaire prenne plus sérieusement les « agressions sexuelles, le harcèlement et les violences contre les femmes, en considérant que nous venons juste de nous battre avec tant d’ardeur pour que le projet de loi sur les offenses sexuelles devienne loi en décembre 2007 », résume Tshipinare Marumo. Une avancée majeure dans un pays où le taux de viol est l’un des plus élevés du monde.

Powa assure que la population a réagi positivement aux manifestations. Toutefois, d’après la BBC, des chauffeurs de taxi en colère ont qualifié de « prostituées » les filles qui ont défilé vendredi et certains ont même baissé leur pantalon en signe de protestation. Quant à Nwabisa Ngcukana, qui reçoit un soutien psychologique, elle a expliqué se sentir « belle et (…) forte » et que ses agresseurs « étaient juste idiots ». Il semble qu’elle ne soit pas prête à ranger ses mini-jupes au placard.