Emeutes : Jacques Chirac sort du silence

Alors que les émeutes qui agitent les banlieues françaises s’atténuent, Jacques Chirac prend enfin la parole. Très attendue, l’allocution-réponse, lundi soir, du chef de l’Etat français face à la crise que traverse la France apparaît comme un constat de l’échec de la politique contre la fracture sociale menée depuis dix ans.

Le Président a parlé, enfin. Première déclaration du chef de l’Etat français depuis le 27 octobre, date du début des émeutes qui embrasent la France. Jacques Chirac s’est adressé, lundi soir, aux Français depuis le Palais de l’Elysée, sous la forme de la très solennelle allocution télé et radiodiffusée. Conscient d’un « malaise profond », c’est l’état des lieux d’une République malade que le chef de l’Etat a dressé pendant près d’un quart d’heure, oscillant entre compassion et fermeté. Toutefois, les maux dont souffre la maison France (chômage, insécurité, discriminations) ne sont pas sans remède et c’est avec une main de fer dans un gant de velours que le Président entend les soigner. Même si le traitement s’avère de « longue haleine ». Dans l’immédiat, « la première nécessité, c’est de rétablir l’ordre public », la réactivation de la loi du 3 avril 1955 instaurant l’état d’urgence, et permettant notamment l’instauration du couvre-feu dans les quartiers ou les communes où cela serait nécessaire, sera donc prolongée pour « une durée limitée » [trois mois, ndlr].

« Tous les filles et les fils de la République »

« Ces évènements témoignent d’un malaise profond ». Jacques Chirac veut faire savoir à tous les Français qu’il connaît bien la société qu’il dirige. Une fois encore, tout dans le comportement du Président l’oppose à son ministre de l’Intérieur et ministre d’Etat, même si finalement, les objectifs des deux hommes sont sensiblement les mêmes. Face à l’omniprésence médiatique d’un Nicolas Sarkozy tout-terrain et déjà en campagne, Jacques Chirac, en se prononçant sur le tard, aborde le problème avec une hauteur mitterrandienne. A la fougue du présidentiable, le chef d’Etat répond par la sérénité du vieux sage. L’homme d’expérience a d’ailleurs rechaussé ses lunettes. Disparues depuis 1995 au profit de lentilles de contact, ce symbole du temps qui passe devient l’outil de celui qui voit mieux, de celui qui comprend. Ceux qui sont des « racailles », vus de la place Beauvau (siège du Ministère de l’Intérieur à Paris), font, vus de l’Elysée, partie intégrante de la République. « Et je veux dire aux enfants des quartiers difficiles, quelles que soient leurs origines, qu’ils sont tous les filles et les fils de la République ».

Et le patriarche de se faire plus direct, là où Nicolas Sarkozy prône activement la discrimination positive. « Il n’est pas question d’entrer dans la logique des quotas, qui montre en quelque sorte du doigt ceux qui en bénéficient et qui est injuste pour ceux qui n’y ont pas droit ». Axant son discours sur la solidarité et le social, il a par ailleurs rappelé la loi qui « impose d’avoir 20% au moins de logements sociaux » à tous les maires de France. Une ultime pique à Nicolas Sarkozy, ancien maire et actuel maire adjoint de Neuilly, ville dont le parc de logements sociaux ne dépasse pas 3%.