Eloge de la volupté

Pour un premier long métrage, Satin rouge est un coup de maître. La réalisatrice Raja Amari réussit à filmer sans fausse pudeur la sensualité de la femme maghrébine et fait souffler un parfum de scandale avec une douceur et une retenue infinies. Envoûtant.

Tunis. Lilia, femme rangée, vit dans le souvenir de son mari défunt avec sa fille Salma, adolescente. Mais elle est inquiète. Salma, jeune fille moderne, sort souvent, rentre tard et sa mère la soupçonne d’être sous l’influence néfaste d’un petit ami, musicien de cabaret. Alors un jour n’y tenant plus, elle part à la recherche de sa fille et suit le jeune homme jusqu’à son lieu de travail, sulfureux entre tous. Mais la femme sous influence n’est pas celle qu’on croit. Lilia met un pied au cabaret et n’en partira plus, jusqu’à devenir danseuse à l’insu de tous. Et presque malgré elle. Comme happée subitement par la gaîté, le désir et la volupté qui en émanent.

La révolution douce

Une tentation au parfum de scandale. Qui fait d’un coup voler en éclats les tabous culturels les plus solidement ancrés dans la société maghrébine. Ceux qui érigent la mère et plus encore la veuve en parangons de sagesse et de vertu. Ceux qui voient d’un mauvais oeil les sorties nocturnes d’une femme seule. Ceux qui poussent Lilia à se cacher à elle-même ses propres désirs avant de s’adonner dans le plus grand secret aux plaisirs sensuels de la danse.

Et pourtant Satin rouge n’a rien d’un film militant. La pression sociale qui s’exerce sur les femmes, on ne la perçoit que par petites touches éparses, à travers les critiques d’un oncle sur une paire de talons hauts, les regards réprobateurs d’une voisine… Rien non plus d’un film provocateur. Les scènes de danse sont filmées avec une évidente délectation, les scènes d’amour ne s’attardent pas sur la chair avec complaisance. Le propos n’est pas là. Comme si la caméra cherchait à travers cette femme qui va au bout de ses désirs à filmer un âge d’or de la sensualité, innocent et naïf, comme antérieur à la culpabilité.

Reste un portrait de femme subtil et touchant. Divinement interprété par la Palestinienne Hiyam Abbas, qui accompagne sur son visage cette révolution douce. Ses traits tristes et tirés au début du film s’illuminent peu à peu dans la danse. Une résurrection. Reste aussi un discret éloge de la volupté. Poétique, subtil et troublant.