Ellen Johnson Sirleaf : « Nous devons nous prendre en charge. »

Ellen Johnson Sirleaf, invitée d’honneur de la France à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, a répondu jeudi après midi aux questions de la presse française et internationale au Centre d’accueil de la presse étrangère. Pour Mme Sirleaf, en dépit de l’aide que lui apporte la communauté internationale, le Liberia reste l’unique maître de son destin.

La Présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf, en visite officielle de trois jours en France depuis mardi soir, s’est entretenue, jeudi après-midi, avec quelques représentants de la presse française et internationale au Centre d’accueil de la presse étrangère (Cape) à Paris. L’occasion pour elle de rappeler les grands axes de la politique de reconstruction, dénommée ‘National Renewal’ (renouveau national), dans laquelle son pays est résolument engagé depuis les élections de novembre dernier. Après quatorze ans de guerre civile et deux ans de transition politique, le Liberia est un pays qui doit se repenser dans tous les domaines. Sur le plan politique, la garantie de la paix et de la sécurité tout comme l’unité nationale restent des préalables à ce processus.

Le Libéria veut compter sur le soutien de la France

Dans le cadre des réformes politiques qui seront menées, Mme Sirleaf a annoncé des changements constitutionnels et des réformes administratives allant dans le sens d’une plus grande décentralisation. Pour ce qui est du volet économique, le Libéria, avec ses trois millions d’habitants, pourrait profiter de sa petite taille pour s’assurer croissance et développement. Non sans tenir compte du fardeau que représente son énorme dette – elle s’élève à près de trois milliards de dollars – et de l’aide nécessaire que devront lui apporter les institutions de Bretton Woods en la matière. Quant à la question sociale, son gouvernement s’engage à garantir la justice et l’équité pour tous les Libériens quel que soit leur statut social, leur religion ou encore leur appartenance ethnique, afin d’éloigner les démons de la discorde. Dans la même optique, une attention toute particulière sera accordée aux questions relatives au genre. Un sujet qui constitue une priorité évidente pour celle qui est la première femme africaine à avoir accédé à la magistrature suprême. Invitée d’honneur de la France dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la femme, elle a animé le 8 mars un débat sur l’impact de la parité hommes-femmes sur le développement.

« Nous savons que la tâche ne sera pas facile », a-t-elle conclu à la fin de son propos, mais le Libéria jouit, selon elle, d’une « opportunité sans précédent » pour se remettre sur les bons rails. Une voie dans laquelle il est déjà engagé, pense Ellen Johnson Sirleaf qui compte bien évidemment sur le soutien de la France et de Jacques Chirac, notamment auprès de l’Union européenne. Le Libéria compte également sur l’influence française pour que le mandat des forces de maintien de la paix soit prolongé, d’au moins trois ans, en attendant que le Liberia puisse se doter du dispositif sécuritaire qui lui est nécessaire. Les relations franco-libériennes sont donc dans une phase de réactivation. Une représentation diplomatique française doit d’ailleurs s’ouvrir, d’ici la fin de l’année, à Monrovia, la capitale libérienne. Cependant, Ellen Johnson Sirleaf ne se fait pas d’illusions sur l’état de grâce dont jouit actuellement son pays sur la scène internationale, car, pour elle, le Libéria devra mériter la confiance de ses partenaires par son aptitude à réaliser les réformes prévues. Il appartient avant tout aux Libériens de construire leur pays.

Régler l’affaire Taylor tout en préservant la stabilité du pays

Interrogée sur l’ancien dictateur libérien Charles Taylor en exil au Nigeria, Mme Sirleaf, qui s’est récemment entretenue avec le Président nigérian, Olusegun Obasanjo, a affirmé qu’une décision sera prise en concertation avec les chefs d’Etats africains représentés au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de l’Union africaine. Tout en précisant, avec fermeté que, quelle que soit la décision qui sera prise, elle ne devra en aucun cas nuire à la « stabilité du Libéria ». Une stabilité dont dépend également celle de la sous-région d’où l’importance d’une coopération régionale, a noté la Présidente du Liberia. Quant au Plan de mise sous tutelle des ressources du Liberia (Gemap), le chef d’Etat libérien a réaffirmé qu’il sera appliqué tout en rappelant que le Libéria doit être en mesure de gérer ses propres ressources. « Nous devons nous prendre en charge[…]. Nous sommes responsables et nous devrons rendre des comptes à nos populations. Nous et personne d’autre. Nous devons prendre nos responsabilités et nous le ferons ». Ellen Johnson Sirleaf plaidera-t-elle pour la levée des sanctions contre son pays – interdiction d’exporter son bois et ses diamants entre autres – lors de sa prochaine visite au siège des Nations Unies à New-York ? Oui, en demandant qu’elles le soient dès que son pays aura rempli les conditions requises pour rendre la chose possible.