Élections présidentielles 2012 : la bi-citoyenneté, un axe pour le rayonnement de la France

En cette période d’élections présidentielles en France, les sollicitations sont nombreuses et récurrentes de la part de ceux qui œuvrent aux côtés des candidats pour les aider à bâtir un programme dans lequel les citoyens-électeurs, pourront se reconnaître. Dans ce travail de collecte, certaines personnes ont la chance d’être consultées pour s’enquérir de leurs suggestions à l’occasion de cet évènement qui survient désormais tous les cinq ans en France. Directement ou par intermédiaires interposés, cette démarche entre dans le cadre et l’esprit de la « concertation » qui caractérise de plus en plus les nations développées dont les populations sont elles-mêmes de plus en plus instruites et exigeantes.

Étant dans le lot des sondés et comme on a toujours tendance à mieux parler de ce que l’on sait ou de ce que l’on vit, nécessité me semblait d’intervenir sur la place et le rôle de ceux que l’on appelle désormais les « binationaux », « bi-citoyens », etc. Il s’agit d’apporter une contribution qui devrait être prise en compte par nos « candidats 2012 ».

C’est le but de cette modeste réflexion.

Des pays du nord marqués par la « diversité »

Qui l’ignore, les villes du nord sont de plus en plus peuplées d’individus croisés, métissés, bigarrés mais surtout les populations du nord sont de plus en plus solidaires avec celles du sud.

S’il fallait tout juste critiquer la situation actuelle, j’avoue que j’aurais du mal. L’État français est loin d’être parmi les pires. Il joue parfaitement son rôle de protecteur pour tout citoyen qui vit en terre française sans différence aucune d’origine, et à plus forte raison pour tout citoyen ayant la nationalité française. Peu de personnes peuvent le contester ! Quand je parle de protection, je fais allusion aux droits sociaux, à l’accès aux soins, à la sécurité sociale, au chômage (oui, surtout en ces temps de crise où les immigrés se trouvent un peu plus exposés à la précarité), à un minimum de dignité, et même à une certaine justice, etc. Mais, je dois rajouter ici, sans nécessairement arpenter toute la pyramide de Maslow, un principe évident pour tous : « l’homme ne vit pas que de pain ».

La place et le rôle de la « diversité »

Pour ceux qui auraient envie de faire des recherches sur mon nom, vous tomberez certainement sur mon blog qui a déjà quelques années et qui s’intitule « Penser global, agir local ». Ce slogan doit devenir une attitude, un nouveau réflexe pour tout un chacun qui respire l’air commun de cette planète. Se dire : « il y a moi et il y a les autres. Et mon action est inscrite dans un ensemble plus vaste : le monde ». Mais pour ne pas se perdre dans les méandres du global et tomber dans le néant, je suis pour que tout citoyen ait une démarche participative et active là où il vit.

Mais, comme les règles sans exception sont rares, le cas des binationaux mérite d’être regardé de près. On ne peut nier qu’ils ont en quelque sorte deux patries « une ici, et une autre là-bas ». Et on ne peut leur nier la légitimité d’avoir envie de participer à la vie des deux, voire de servir de passerelle entre les deux.

La diversité : une richesse …

Pour les pays du nord qui regorgent de binationaux ou bi-citoyens, comme c’est précisément le cas de la France, la diversité peut être une source de richesse pour renforcer et assainir les liens avec les peuples du sud, surtout ceux qui furent jadis leurs « peuples colonisés ». Des pays comme la France auraient beaucoup à gagner dans ce sens. Pour cela, il faut une stratégie. C’est la qu’intervient en quelque sorte ma vision du concept « penser global ».

En élargissant un peu notre sphère de réflexion, nous découvrons qu’en Europe, il y a encore quelques décennies, les États se faisaient la guerre les uns les autres. Pour sortir cette situation, ils ont mis en place un moyen de collaborer. L’union Européenne est née.

Sur un tout autre plan, le commercial, on constatera que les firmes qui ne veulent pas être concurrentes ou se faire la guerre, échangent, commercent, se partagent et se sous-traitent les marchés. Elles collaborent.

Au niveau humain, la division a toujours été trop tranchée dans la majorité des pays de ce monde : d’un coté les nationaux et de l’autre les étrangers. Or, maintenant, les lignes sont en train d’être moins marquées. Une troisième catégorie est en train de se constituer entre les deux premières. C’est de cette catégorie que sont nés les personnages d’actualité tels que Barack Obama le 44e Président élu des Etats-Unis d’Amérique, Jean Ping le président de la commission de l’Union Africaine, des artistes, des sportifs, etc. Que faire de cette nouvelle espèce de « biculturels » ou de « bi-citoyens » et « binationaux » qui sort des schémas génético-culturels traditionnels et qui se trouve entre deux pôles qui jusqu’alors étaient dissociés par notre mental ?

Des pistes d’action en faveur de la bi-citoyenneté

Le présent article dont le fond ferait plus penser à un brain-storming qu’à un programme politique élaboré est loin de prétendre à l’exhaustivité.

Toutefois, les quelques idées exposées dans ce qui suit sont une invitation pour les think tank et autres institutionnels à approfondir la question. Cela étant rappelé, voici mes propositions pour 2012 :

Primo : que l’État français fixe un cadre qui permette de tenir compte de la valeur ajoutée des français ayant des origines diverses (la fameuse « diversité » !), pour accroître son rayonnement intellectuel et culturel dans le monde. Pourquoi ne pas rêver ici d’une charte à adopter au niveau national ou local, d’une loi, voire d’un amendement de la constitution, etc. ?

Secundo : que l’État français favorise les liens entre son peuple et les peuples dont sont issus les membres de sa « diversité » en soutenant les initiatives de la société civile à travers les Associations du type « Les amis du Gabon », « L’amitié franco-sénégalaise », etc. Et au besoin, en faire des associations d’intérêt public.

Tercio : que l’État français aide ces associations donc ces français de la diversité à s’impliquer dans des jumelages entre les villes françaises et les villes des pays dont ils seraient originaires.

Quarto : Que l’État français soutienne les échanges de coopération entre les établissements scolaires métropolitains et les établissements scolaires français basés à l’étranger. J’entends par là, qu’il peut être envisagé de subventionner une année de scolarité au Lycée français de Bamako à un jeune de la diversité qui étudie dans un collège ou un lycée d’Alfortville par exemple, en accord avec les ambassades et les services consulaires français dans le pays d’accueil.

Quinto : que l’État français puisse examiner la possibilité de subventionner des séjours, hors périodes scolaires, pour la jeunesse issue de parents immigrés dans leur terre d’origine pour qu’ils puissent tisser des liens vraiment humains avec les autres jeunes de leur « autre pays » (cela à travers les voyages organisés, camps de vacances, séjours en familles accréditées par les Ambassades, etc.).

Tout cela paraît utopique voire invraisemblable. Mais, c’est en faisant des choses exceptionnellement positives que l’on fait avancer l’humanité. Il ne s’agit pas nier les identités, mais de promouvoir de nouveaux réflexes.

La France est un grand pays avant-gardiste. Elle ne peut se permettre d’être à la traîne des idées. Elle doit anticiper les évolutions, créer les nouvelles idées, susciter de nouveaux comportements. En explorant le chemin de la bi-citoyenneté, la France ouvrirait une nouvelle et formidable voie pour la coopération et pour la paix dans ce monde globalisé où les capitaux circulent malheureusement plus facilement que les hommes.

Enfin, puisque la France est un pays où le président de la République est détenteur de grandes prérogatives permettez-moi cher monsieur le futur président de l’État français, avant de clore ce plaidoyer un peut technique, de l’agrémenter par une belle note du célèbre guitariste Jimi Hendrix qui disait que « Quand le pouvoir de l’amour surpassera l’amour du pouvoir, le monde connaîtra la paix. »

José MENE BERRE

Consultant en projets de développement,

Ancien Conseiller de Ministre, Ancien chef de projet à la Coopération française.

Chaine Youtube: https://www.youtube.com/user/berrejl1