Élections présidentielles 2009 au Gabon : la voie et l’occasion des réformes fondamentales

Au moment où le peuple gabonais va élire son nouveau président, le 4e de son histoire postindépendance en comptant la présidente par intérim actuelle, Mme Francine Rose Rogombé, difficile de rester insensible.

Par José Louis Mene Berre

Cet article permet d’apporter une contribution sur ce que l’on peut attendre des dirigeants africains à la veille de la célébration en 2010 du cinquantenaire de l’accession de leurs États à l’indépendance. C’est aussi l’occasion d’intervenir positivement sur les élections présidentielles du 30 août 2009 au Gabon.

La situation

Comme toujours et de manière récurrente en Afrique noire, à chaque élection présidentielle, les mêmes spectres planent :

 spectre du tribalisme depuis toujours ;

 spectre du pouvoir héréditaire depuis peu.
Les exemples, heureux ou malheureux, ayant vu le jour dans divers pays africains, au cours des deux dernières décennies sont connus de tous.

La succession

Au regard des luttes qui surgissent souvent après le décès des dirigeants africains dont le règne a été très long, il semble qu’il y a une certaine négligence à régler les problèmes de fonds ou une réticence à entreprendre les réformes fondamentales dans les États.
Au lieu de mettre l’accent sur ces problèmes et les réformes qui s’y attachent, les candidats en lice pour les élections se délectent des promesses sur les actions à caractère « mécanique » à entreprendre pour accéder à un hypothétique « développement »… tant et toujours attendu par les populations africaines depuis 50 ans !

La question des successions dynastiques

Bien que le principe de la succession héréditaire au pouvoir des parents par leurs enfants soit très inquiétant pour le peuple, ne désespérons pas à l’idée de voir surgir un jour, un fils transfuge, doué de la capacité à MIEUX FAIRE que ses pères, soucieux de relever les défis manqués eux et de combler leurs lacunes. Une manière de laver l’affront.

Mais, pour convaincre et rassurer le peuple, la démarche du prétendant se doit d’être suffisamment transparente, et porteuse de gages pour dissiper les peurs et faire valoir sa capacité à MIEUX FAIRE et à mieux servir les intérêts des populations.

Aux grands maux les grands remèdes

Lorsque John Jerry Rawlings prend le pouvoir au Ghana en 1979, son pays est sous le joug de généraux de l’armée se succédant à tour de coups de d’État depuis le renversement de Kouamé Nkrumah en 1966.

Une fois au pouvoir, les changements se firent attendre. Il fallut dès 1992, des tensions sociales si fortes, que Rawlings fût obligé d’adopter des mesures à la hauteur des revendications populaires: la ratification, par référendum, d’une nouvelle Constitution devant laquelle il s’inclinera en ne se représentant pas à sa succession en 2000.

En signe de reconnaissance du chemin parcouru, le 44e président élu des États-Unis d’Amérique, Barack Obama a honoré ce pays de sa visite et encouragé ses efforts lors de son discours du 11 juillet 2009 au parlement du Ghana : « Le peuple ghanéen a travaillé dur pour consolider la démocratie, au moyen de passages pacifiques répétés du pouvoir, même à la suite d’élections très serrées ».

Transcender les promesses

Les programmes politiques et projets de société des candidats aux élections présidentielles africaines se focalisent trop souvent sur les promesses classiques de satisfaction des besoins essentiels et de dynamisation des populations que nous réunissons sous le sigle ELSA qui signifie : Éducation, Logement, Santé, Alimentation. Notons que ce concept ELSA est une approche globale qui intègre tous les aspects, reliés aux besoins de base portés par le sigle, à savoir : eau potable, électricité, routes, assainissement…

Il est facile d’attirer un affamé si on lui tend du pain. Il en est de même si on promet un toit à un sans logis, un traitement curatif à un moribond. Mais, user de promesses aussi virtuelles pour accéder au pouvoir se termine souvent par les émeutes et les violences.

Il y a 500 ans, Nicolas Machiavel, au chapitre 5 (Les fautes des princes d’Italie) de son célèbre ouvrage L’art de la guerre attirait déjà l’attention sur de telles pratiques : « Comment pourrais-je croire qu’ils tinssent les promesses qu’ils ont faites à ceux que je vois chaque jour l’objet de leurs mépris? Comment ceux qui méprisent Dieu même pourraient-ils respecter les hommes ? »

Quand la concurrence se fait dure comme celle à laquelle on assiste actuellement pour les élections présidentielles du Gabon, il convient de transcender les promesses triviales.

Les réformes fondamentales à entreprendre dans les États Africains

Il importe pour les candidats à la présidence dans les États africains, d’apprendre à donner aux peuples des gages de bonne gouvernance. Les nouveaux prétendants au poste suprême doivent se soumettre à un exercice reflétant leur bonne foi et leur capacité à se mettre au service de la nation. Cela passe par la proposition d’un véritable contrat social aux électeurs, futurs administrés.

Compte tenu des réalités anthropologiques des États africains, leur bonne gouvernance ne pourra pas indéfiniment faire fit, quelque soit le candidat, des mesures suivantes :

1- L’inscription de la limitation du nombre et de la durée des mandats dans la Constitution.

2- La garantie de la stabilité des Constitutions par l’instauration d’États à deux niveaux fondés sur un équilibre des forces entre le pouvoir central (aux mains du gouvernement) et le pouvoir local (contre-pouvoir à remettre entre les mains du peuple).

3- L’aménagement une fois pour toute d’un statut garantissant une juste protection des anciens chefs d’États.

Ce n’est qu’après avoir réussi l’implémentation de ces réformes, basiques mais fondamentales… Que l’on pourra commencer à parler sereinement de développement, de partage de richesses, de justice et de la satisfaction des besoins essentiels de l’acronyme ELSA (c’est aussi un beau prénom dont le sens en hébreux est « Dieu est serment, promesse, plénitude ».

Ne nous trompons pas de cibles et ne mettons pas la charrue avant les bœufs à chaque fois qu’une élection se présente.

La prospérité et l’épanouissement sont liés à la paix. La paix est promue par la bonne gouvernance.

Quant aux pistes sur le « comment faire », elles sont abordées dans mon ouvrage Les États Ethniques Unis à paraître au 4e trimestre 2009.