Elections législatives en Egypte : le désaveu des conservateurs

Les réformateurs se retrouvent renforcés au sein du parti dominant, le PND. Mais les partis d’opposition peinent à s’imposer comme des alternatives crédibles. Interview.

Même fort d’une majorité écrasante, le Parti national démocrate (PND) a reculé lors des premières phases des élections législatives qui s’achèveront le 18 novembre. Outre 46 candidats indépendants, une quinzaine d’islamistes ont été élus. Pour le docteur en sciences politiques, Ali Dorgam, ce recul sonne comme la défaite de la vieille garde de l’ex-parti unique. Le président Hosni Moubarak ne sera pas affecté par cette contre performance. Interview.

Afrik : M Moubarak se retrouve-t-il fragilisé avec le recul du PND aux élections législatives ?

Ali Dorgam : M Moubarak, non. Mais il est vrai que les tendances conservatrices du Parti national démocrate ont été mises à mal. Sept chefs de commission au Parlement n’ont pas été élus, ce n’est pas négligeable. Le nombre des élus d’obédience PND sous l’étiquette  » Indépendant  » signifie une chose : le PND va devoir assumer certains -mauvais – choix de candidats dont les égyptiens ne voulaient pas. Ce scrutin a exprimé une volonté de changement qui est profondément ancrée chez les électeurs.

Afrik : En somme, il y a un PND qui a gagné et un autre qui a perdu…

AD : Absolument. La vieille garde qui ne parvient pas à se défaire de sa culture monopolistique a été sanctionnée. Les jeunes réformateurs du parti ont su se mettre au diapason de l’opinion qui souhaite que se développe dans le pays une culture d’alternance. Et ils ont été récompensés.

Afrik : Allons-nous assister à un éclatement du PND ?

AD : L’Egypte n’est pas pays de rupture. Depuis la fondation du Parti national en 1907, la classe politique a toujours donné raison à la thèse de Marx sur le despotisme oriental (rires). Le pays a connu divers régimes, mais les élites politiques ont toujours opté pour le choix d’un parti dominant avec de fortes tendances de droite et de gauche à l’intérieur. Ce qui est nouveau, selon moi, c’est la volonté indiscutable des électeurs que l’alternance intervienne dans le champ politique. Nous espérions que le parti WAFD (libéral) prenne de la puissance et occupe le créneau d’outsider. Le WAFD attendait 100 sièges, il n’a que cinq élus. C’est une grande déception pour l’intelligentsia qui souhaitait voir vivre un puissant parti d’opposition capable de faire pièce au PND, d’activer la vie politique égyptienne et, le cas échéant, de prendre les rênes du pays. Or le WAFD connaît les mêmes problèmes que le PND : ses dirigeants sont trop vieux. Ils ne perçoivent pas bien les messages de la globalisation du monde, ils ne sont pas pragmatiques. Et à l’inverse du parti majoritaire, le WAFD n’a pas de cadres de qualité. Tous les partis politiques sont affaiblis au sortir de ces élections. Tous vont devoir revoir leurs mécanismes internes et balayer la maison.

Afrik : C’est donc sur une nouvelle génération qu’Hosni Moubarak va s’appuyer pour gouverner ?

AD : Oui, mais je crois que cette perspective ne lui déplaît pas. En outre, l’avenir politique du président en Egypte est assez indépendante des résultats électoraux du parti majoritaire. Moubarak, ce n’est pas le PND, c’est le président du pays. Chacun ici a cette donnée bien ancrée dans la tête.