Elections et télévision : les Angolais à l’école française

De gauche à droite, Helder Dias dos Santos, Fernanda Teresa Manuela et Manuel António da Silva

L’Angola vivra en septembre prochain les deuxièmes élections législatives de son histoire et les premières après l’accord de paix signé le 4 avril 2002. Pour préparer ce grand-rendez démocratique et médiatique, une délégation de la télévision publique angolaise est venue profiter de l’expérience française, durant le second tour des dernières élections municipales, dans le cadre d’un partenariat avec Canal France international, opérateur de la coopération internationale de France Télévisions. Entretien avec Manuel António da Silva, directeur de l’information de la télévision angolaise.

Manuel António da Silva, directeur de l’Information, Fernanda Teresa Manuela, présentatrice du journal télévisé et Helder Dias dos Santos, chef réalisateur des journaux télévisés, ont participé à une session de formation en vue de la couverture des législatives qui se tiendront en Angola en septembre prochain. Au cours de ce séjour, qui s’est déroulé du 13 au 17 mars derniers, la délégation angolaise a assisté, aux premières loges, à la soirée électorale de l’antenne régionale de France 3, à Lille.

Afrik.com : Pourquoi et comment a été mis en place ce programme de formation ?

Manuel António da Silva :
J’aimerais avant tout remercier CFI pour avoir permis à une équipe de la télévision publique angolaise de passer ces quelques jours à Paris afin de suivre les élections municipales. Lorsqu’en janvier dernier, l’occasion s’est présentée, nous avons immédiatement accepté parce que nous aurons à couvrir les législatives de 2008 dans notre pays. Cela a été une occasion unique de recueillir des expériences et d’apprendre auprès de ceux qui font cela depuis plus longtemps que nous, dans un autre contexte et avec d’autres moyens. Les élections constituent des moments particulièrement tendus dans une société. C’est pourquoi, il était également important pour nous de savoir comment appréhender les équilibres et les intérêts de toutes les parties impliquées dans un tel processus.

Afrik. com : La France, bien évidemment, ce n’est pas l’Angola. Qu’avez-vous appris, ici, qui vous sera utile dans le contexte angolais ?

Manuel António da Silva :
Les deux contextes sont très différents en effet. L’un, celui de la France, pays qui a une expérience démocratique de longue date, qui organise des élections depuis très longtemps et qui connaît l’alternance du pouvoir. Les médias français ont l’habitude de ces rendez-vous électoraux. La France est un pays développé qui dispose d’une technologie et de moyens importants. L’Angola, elle, va vivre ce qui ne sera que sa deuxième expérience électorale après les législatives de 1992 et la télévision angolaise, tout comme le pays, se relève de nombreuses années de guerre civile et d’un contexte difficile. Il n’est donc pas possible de comparer les deux situations, mais il est possible de trouver des points communs parce que couvrir une élection repose sur les mêmes principes partout dans le monde : équilibre, équité et égalité de traitement pour tous. Il s’agit avant tout d’informer les téléspectateurs. L’organisation de la soirée électorale nous a particulièrement intéressés durant ce séjour parisien. Nous allons essayer de produire une soirée électorale, pour la première fois, dans la limite de nos capacités, bien entendu. Mais il était fondamental pour nous de savoir quels sont les moyens nécessaires, le modèle d’organisation qu’il faut choisir, la façon de structurer une telle couverture afin de proposer une soirée dans laquelle nous parviendrons, ne serait-ce que dans les grandes lignes, à refléter les résultats et l’atmosphère des élections en Angola.

Afrik.com : Dans quelle mesure pensez-vous reproduire ce que vous avez vu en France ?

Manuel António da Silva :
Parler de « réproduire » ce que nous avons vu me paraît un peu exagéré. Il est vrai qu’il est toujours possible d’investir et de renforcer nos capacités. France 3 Lille a la particularité d’être une télévision, structurellement, très proche de la nôtre. Cela nous a, par conséquent, permis de voir qu’il est possible, même si l’on ne dispose pas d’autant de moyens que la chaîne nationale, de faire, à une échelle plus petite, un excellent travail. D’être allés à Lille représente réellement un avantage pour nous et je suis convaincu que nous aurons, d’une certaine manière, la capacité de monter une opération, un dispositif en accord avec nos ambitions.

Afrik.com : Quel bilan faites-vous de ces trois jours de formation ?

Manuel António da Silva :
Le programme concocté par CFI est une réussite. Nous avons été en contact avec des chaînes de télévision publiques et privées. Avec France 3, notamment, qui dispose effectivement d’un important dispositif. Nous avons vécu la soirée électorale à Lille dans la station locale de la chaîne. Auparavant, nous nous étions intéressés au montage du dispositif, aux studios, aux équipements, à la liste des invités, à la distribution des équipes de reportage, à la mise à disposition des moyens extérieurs, à tous les différents aspects nécessaires à l’organisation d’un tel évènement à la télévision. Nous avons également visité France 24 (la chaîne d’informations française, ndlr) car l’expérience d’émission d’informations 24h/24 revêt un grand intérêt pour nous. Nous avons eu la possibilité de nous entretenir avec les responsables du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA, ndlr) et des instituts de sondages d’opinion. Ces entretiens ont été autant d’occasions d’avoir une idée globale du processus électoral. Nous avons parlé, d’une part, de la couverture des actes électoraux, des activités des partis, des candidats, mais également du respect de la loi, et d’autre part des informations données par les instituts de sondages en terme de projection des résultats.

Afrik.com : Comment envisager votre partenariat avec CFI dans les prochains mois ?

Manuel António da Silva :
La direction de la Televisão Pública de Angola (télévision publique d’Angola, ndlr) a reconduit le contrat de partenariat avec CFI pour un an. Notre coopération se poursuivra donc en matière d’échanges de programmes ou au niveau des facilités que CFI nous concède, notamment en ce qui concerne la réception du signal et la formation. Notre venue à Paris n’est qu’un exemple de ce qu’il est possible de faire. Cette année étant une année d’élections, il est fort possible que nous soyons amenés à recourir à CFI pour une autre session de formation dans ce domaine.

Afrik. Com : De quelle façon est organisé le paysage audiovisuel angolais ?

Manuel António da Silva :
L’Angola possède une station de télévision publique qui se compose de deux chaînes. Elle a une radio publique nationale et plusieurs radios privées, à Luanda, mais également dans les provinces. Nous avons un certain nombre des sociétés de production indépendantes, surtout à Luanda, qui travaillent en partenariat avec la télévision. Avec la nouvelle loi sur l’audiovisuel qui sera débattue prochainement, nous aurons d’autres chaînes de télévision. D’ailleurs, dans un régime démocratique, ces choses doivent être claires. Le contexte est par conséquent propice à l’avènement, dans les prochaines années de chaînes, de télévision privées qui vont enrichir le paysage audiovisuel angolais, en plus des radios qui commencent à poindre. Les sociétés de production télévisuelle s’affirment également et nous pouvons imaginer que nous disposerons d’une plus grande offre de contenus, aussi bien à la télévision publique que sur les futures chaînes privées.

Afrik.com : En tant que journalistes, vous sentez-vous une responsabilité particulière dans la couverture de ce qui n’est que le deuxième rendez-vous électoral de votre pays ?

Manuel António da Silva :
En ce qui me concerne personnellement, c’est la satisfaction de vivre un évènement que j’attends depuis longtemps après avoir couvert les élections de 1992. En fait, j’espérais pouvoir à nouveau couvrir des élections. Après toutes ces années écoulées depuis cette première expérience électorale, nous espérons sincèrement faire du bon travail dans le contexte socio-politique particulier qui est le nôtre.