Elections à l’Unesco : quatre Africains pour un fauteuil

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Ce n’était une surprise pour personne. Le très controversé ministre égyptien de la Culture est arrivé en tête, jeudi, lors du premier tour de l’élection du nouveau directeur général de l’Unesco. Avec 22 suffrages, Farouk Hosni devance les huit autres candidats en lice dont la Bulgare Irina Gueorguierva Bokova qui arrive en deuxième position. Il distance ses trois concurrents africains : le Béninois Nouréini Tidjani-Serpos, le Tanzanien Sospeter Mwijarubi Muhongo et l’Algérien Mohammed Bedjaoui.

Qui remplacera le Japonais Koichiro Matsuura ? Les 58 pays membres du Conseil exécutif de l’organisation des Nations unies dédiée à la science, l’éducation et la culture devront statuer vendredi sur la nomination du directeur général de l’institution. La cause : aucun des neufs candidats n’a obtenu jeudi, lors du premier vote, la majorité. Pas même le favori, le très controversé Farouk Hosni, le ministre égyptien de la Culture soutenu par l’Union africaine, la ligue arabe et l’organisation de la conférence islamique. Résultat, le Conseil se réunit une nouvelle fois pour un second scrutin en séance privée. D’après une source de l’Unesco jointe par Afrik.com, Farouk Hosni aurait remporté 22 voix, la Bulgare Irina Gueorguierva Bokova (8), l’Equatorienne Ivonne Ruez de A.Baki (7) à égalité avec le Russe Alexander Vladimirovich Yakovenko et l’Autrichienne Benita Ferrero Waldner, le Béninois Nouréini Tidjani-Serpos (2), le Tanzanien Sospeter Mwijarubi Muhongo (1), et l’Algérien Mohammed Bedjaoui aurait obtenu un 0 pointé. Pour l’heure, aucune information n’a été donnée concernant de possibles désistements. A l’issue du deuxième tour qui se déroule ce vendredi, le candidat choisi par le Conseil exécutif pour devenir le directeur général de l’Unesco pour une durée de 4 ans, sera soumis au vote de la Conférence générale. Le 15 octobre, les 153 pays membres de l’Unesco devront examiner cette proposition et se prononcer ensuite lors d’un scrutin secret. Rien n’est donc encore gagné.

farouk.jpgFarouk Hosni, le Favori égyptien

Mais cette élection n’en finit pas d’alimenter la polémique notamment au sujet de la candidature de Farouk Hosni, 71 ans. En mai 2008, lors d’un débat au Parlement égyptien, le ministre de la Culture avait déclaré : « je brûlerais moi-même des livres israéliens si j’en trouvais (en Egypte)». Pour faire taire les critiques, Farouk Hosni avait rédigé, quelque mois plus tard, une tribune envoyée au Monde dans laquelle il exprimait ses profonds regrets. Mais où il passait sous silence sa déclaration contre l’ «infiltration des juifs dans les médias internationaux » et l’invitation au Caire du négationniste Roger Garaudy au titre de la culture. Outre les propos antisémites qui jalonnent son mandat, le ministre censure les livres qui ne lui semblent pas aller dans le sens de la religion. Il avait par exemple plaidé « l’offense à l’islam » pour sanctionner un film, l’Immeuble Yacoubian (2006), et plusieurs ouvrages comme récemment les poèmes d’El-Hajj. Mais malgré ces agissements, Farouk Hosni remporte le soutien des Etats arabes comme l’Algérie, et la France qui le voient comme un grand féru de peinture et de littérature. Pour Nicolas Sarkozy, qui compte sur l’Egypte pour mener à bien son projet d’Union pour la méditerranée, le ministre a fait amende honorable. Pour preuve, Israël ne s’oppose pas à sa candidature. S’il était élu, Farouk Hosni serait le premier Arabe à diriger l’organisation.

noureini.jpgNouréini Tidjani-Serpos, le Béninois

Autre Africain, autre personnalité : le romancier et poète béninois Nouréini Tidjani-Serpos. Dans son programme, l’actuel sous-directeur général de l’Unesco chargé de l’Afrique accorde une place prépondérante à la transmission des connaissances au sein de l’organisation. Il veut, comme il l’explique dans une interview à Jeune Afrique que l’Unesco « aide les enfants à devenir un jour des producteurs de savoir ». Mais avec deux voix à son actif lors du premier scrutin et en l’absence de soutien de l’Union africaine, Nouréini Tidjani-Serpos fait figure d’outsider.

sospeter.jpgSospeter Mwijarubi Muhongo, le Tanzanien

Le Tanzanien Sospeter Mwijarubi Muhongo n’a pas eu plus de chance et n’a récolté qu’une voix. A 55 ans, ce professeur de géologie qui a mené une carrière de chercheur et de scientifique, publié de très nombreux travaux et accompli plusieurs missions pour l’Unesco n’a pas réussi lui- non plus à convaincre les pays membres.

mohammed-bedj.jpgMohammed Bedjaoui, l’Algérien

Mais la palme revient à l’Algérien Mohammed Bedjaoui. D’après nos sources, il n’aurait comptabilisé aucun suffrage. Un coup dur pour de nombreux intellectuels arabes qui le soutenaient. Cet ancien chef de la diplomatie et ex-président de la Cour de justice de la Haye s’était attiré les foudres de son pays en se présentant comme candidat au poste de directeur général de l’Unesco alors que l’Algérie soutenait déjà Farouk Hosni. C’est par la suite qu’il avait décidé de solliciter le parrainage d’un Etat tiers, le Cambodge, qu’il qualifie de « pays pauvre et digne ». Malgré ses efforts, cette tactique n’a pas eu l’effet escompté.

En tout état de cause, le seul Africain à pouvoir prétendre au poste de directeur général est à ce jour Farouk Hosni. Une nomination qui pourrait, selon certains observateurs, entacher l’image de l’Unesco et prolonger la polémique.