Egypte : « Secrets de famille », un film sur l’homosexualité sous les feux de la censure

« Secrets de famille », le film sur l’homosexualité en Egypte de Hany Fawzy, doit rester un secret. Avant même sa sortie en salle, cette production cinématographique fait l’objet de critiques et d’une censure en Egypte.

Le dernier film du réalisateur égyptien, Hani Fawzi, intitulé « Secrets de famille » (????? ??????) traite d’un sujet tabou, mais « socialement acceptable » dans les sociétés arabes : l’homosexualité. C’est pour cette raison que le scénario avait été accepté à l’époque où les Frères musulmans dirigeaient le pays sous la Présidence de Mohamed Morsi. Mais aux yeux du nouveau pouvoir égyptien, le scénario pose problème. En effet, et à la demande du comité de censure présidé par le cinéaste Ahmed Awad, pourtant connu pour ses nombreuses prises de position en faveur de la liberté, pas moins de treize scènes du film doivent être coupées. Pourtant, aucune scène de nudité ne figure dans « Secrets de famille ». Mais selon le comité de censure, plusieurs scènes sont jugées inacceptables en vertu de la question des mœurs. Car « Secrets de famille » traite ouvertement de l’homosexualité masculine, avec un détail non négligeable : c’est que l’histoire du film est tirée d’une… histoire vraie ! « Je me suis inspiré d’une histoire vraie », explique Mohamed Abdel Qader, qui s’est lancé dans cette aventure cinématographique au côté de Hani Fawzi.

Aborder le sujet de l’homosexualité comme idée principale d’un film est une première dans le cinéma arabe. A l’accoutumée, ce thème était relayé au second plan. Le fil conducteur de ce film est Marouane, ballotté entre une mère autoritaire, un père absent et un frère agressif. Au fur et à mesure de l’intrigue, on découvre que le frère de Marouane a été victime d’attouchements sexuels de la part d’un chauffeur employé par la famille avant d’abuser lui-même de Marouane. Il est à noter que le film ne contient aucune scène de nudité, pourtant « le comité de la censure a réclamé la suppression de 13 scènes, dont une est cruciale pour le déroulement de l’histoire, ce qui fait perdre au film une partie de sa valeur artistique », s’insurge Hani Fawzi, selon l’AFP. Parmi ces passages à supprimer, se trouve « la scène où le héros avoue à sa sœur qu’il est homosexuel », explique Hani Fawzi, ainsi qu’une autre « où il accuse son père d’être responsable de son orientation sexuelle ».

Une maladie à soigner

Dans les sociétés arabes conservatrices, les rencontres entre homosexuels se font de manière discrète, par le biais notamment des réseaux sociaux ou dans des lieux de rencontre une fois la nuit tombée. Car, dans ces pays, l’homosexualité est généralement présentée comme une maladie. D’ailleurs, un sondage publié en juin dernier par le centre de recherches américain Pew révélait que seuls 3% des Egyptiens estimaient que « la société devait accepter l’homosexualité ». Ces résultats rappellent fortement les procès engagés en Egypte à l’encontre d’homosexuels, bien que la loi n’interdise pas formellement l’attirance sexuelle entre deux personnes de même sexe. La plus retentissante date de 2001, lorsque 52 présumés homosexuels ont été arrêtés à bord d’un bateau-discothèque amarré au Caire, dont 23 furent condamnés à des peines allant d’une à cinq années de prison, notamment pour «débauche».

Le dénouement du scénario est assez réaliste puisque Marouane, considéré comme « malade », est amené à suivre des thérapies, comme cela est souvent dans des pays arabo-musulmans. Et après avoir consulté quatre psychiatres, il renonce finalement aux hommes. Le premier exprime du mépris contre Marouane, le second explique qu’il s’agit là d’une mauvaise passe qui se justifie notamment par une longue crise d’adolescence et qui finira par disparaître, le troisième psychiatre conseille à Marouane de s’exiler vers un pays qui reconnaît les droits des homosexuels et le quatrième fait allusion à une question de volonté.

Les critiques qui ont déjà eu l’occasion de voir le film estiment qu’il n’a rien de choquant. Mais « la société égyptienne verra sûrement d’un mauvais œil ce film, l’accusant d’inciter à l’homosexualité », estime Ehab Khalil, le producteur de « Secrets de famille ». « Mais l’Occident trouvera aussi à redire, car pour eux, l’homosexualité est une orientation comme une autre », conclut-il.