Egypte : pourquoi les islamistes se présentent sous l’étiquette Indépendant


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Drapeau de l'Egypte
Drapeau de l'Egypte

Le mouvement des Frères musulmans a réussi à faire élire 16 candidats au parlement égyptien au cours des deux premières phases des élections. La dernière phase qui a commencé hier augure de bons résultats pour les islamistes. Malgré l’arrestation par la police de plusieurs militants. Entretien avec Assia Boutaleb chercheur au CEDEJ*.

Afrik : Quel est le poids électoral des Frères musulmans en Egypte?

Assia Boutaleb : Leur poids est difficile à déterminer et à évaluer ; ayant toujours été interdits et oeuvrant dans la clandestinité, leur poids est en général sujet et objet de fantasmes collectifs. Il n’en demeure pas moins, qu’ils sont crédités d’un poids important.

Afrik : Pourquoi le pouvoir interdit le mouvement des FM et tolère les candidats islamistes sous l’étiquette d’indépendants ?

AB : Comment pourrait-il faire autrement? Les choses sont moins simples que cela : ils participent aux élections en tant qu’indépendants mais sont souvent arrêtés par la police et les autorités.

Afrik : Pourquoi ce jeu de dupes?

AB : Les Occidentaux aiment tant avoir l’impression de traiter avec de bons pays démocratiques ou du moins  » démocratisants « . L’Egypte est un pays officiellement en voie de démocratisation, arrêter et interdire implicitement ferait mauvais genre.

Afrik : Les indépendants sont-ils indépendants?

AB : Les  » indépendants  » sont une nébuleuse. Certains sont des indépendants purs et durs, d’autres sont des Frères musulmans, les troisièmes, les plus nombreux sont des indépendants proches du PND ou des membres de ce dernier qui n’ont pas été choisis pour représenter officiellement le parti lors des élections. Ils ont été écartés par le parti pour des raisons souvent obscures, parfois explicables en termes de rivalités internes, toujours très subjectives.

C’est ce que j’appelle les PND-indépendants qui une fois élus rejoignent le parti en position de force auréolés de leur victoire électorale. La victoire leur permettra de renégocier et leur place et leurs marges de manoeuvres au sein du parti.

De la à penser qu’après les élections, le PND va entamer une grande réforme et que l’équilibre des forces internes va connaître quelques évolutions, il n’y a qu’un pas que toute personne sensée peut allégrement se permettre de franchir.

* CEDEJ : Centre d’Etude et de Documentation économique, juridique et sociale. Un institut basé au Caire.

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