Egypte : Moubarak fait de la résistance

Les manifestants de la Place Tahrir attendaient une démission. Dans un nouveau discours prononcé ce jeudi, le président égyptien Hosni Moubarak a pourtant indiqué qu’il ne quitterait pas le pouvoir avant la tenue d’élections présidentielles en septembre prochain. Quelques minutes plus tard, son vice-président Omar Souleimane censé lui succéder en cas de démission et à qui il a délégué ses pouvoirs, a invité ses compatriotes à regagner leurs maisons.

Le président égyptien Hosni Moubarak reste au pouvoir. Il l’a annoncé dans un discours ce jeudi soir à la télévision d’Etat aux environs de 21h45. Depuis 21h (heure locale, 20h GMT), des millions d’Egyptiens attendaient dans la joie, sur la Place Tahrir – « la place de la libération » -, le discours confirmant la rumeur qui a circulé toute la journée : celle de la démission d’Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981. Mais le raïs a réaffirmé, comme dans sa précédente intervention, qu’il ne se présentera pas au prochaines élections et assumera ses fonctions jusqu’à la fin de son mandat en septembre prochain. La fin de l’intervention du président égyptien a été saluée par une envolée de chaussures sur la Place Tahrir, insulte suprême dans le monde arabe.

Face à ses concitoyens, il a admis que leurs revendications étaient «légitimes» mais a affirmé que les mesures d’urgence seraient levées en temps opportun. Hosni Moubarak a également plaidé pour la restauration de l’économie égyptienne et de l’image de son pays. « Je n’accepterai pas d’être l’objet de la pression internationale», a par ailleurs clamé le raïs à plusieurs reprises en rappelant que l’Egypte n’était pas un «pays satellite» . Il s’est également adressé à la jeunesse égyptienne en lui rappelant qu’il avait été lui aussi jeune et qu’il s’était battu, en tant que soldat, pour la liberté et la souveraineté de son pays.

Pas de chef espion à la tête de l’Egypte

En révolte depuis 17 jours, les manifestants de la Place Tahrir espéraient obtenir le départ d’Hosni Moubarak avec éventuellement le soutien de l’armée, qui avait annoncé quelques heures plus tôt, qu’elle sauvegarderait aussi bien les droits du peuple égyptien que celui du pays lui-même. Les Frères musulmans, la principale force d’opposition du pays, craignaient ce jeudi un coup d’Etat militaire après le départ du raïs.

Pour les Etats-Unis et Israël, l’ancien patron des renseignements égyptiens et actuel vice-président Omar Souleimane, aurait été le meilleur choix pour succéder à Hosni Moubarak en cas de démission de ce dernier. Omar Souleimane est un anti-islamiste au fait du dossier israélien. Pour de nombreux observateurs, il n’est pourtant pas l’homme qui pourrait apporter la démocratie en Egypte, notamment à cause de son passé de tortionnaire. Celui que certains surnomment « L’homme de la CIA au Caire » aurait activement participé à un programme des services secrets américains visant à enlever des suspects de terrorisme dans le monde. Omar Souleimane s’est exprimé à la suite du président égyptien qui lui a délégué ses pouvoirs. Il a confirmé son engament à conduire une «transition pacifique» et renvoyé les manifestants de la Place Tahrir à leur maison et à leur travail. Le vice-président les a également invité les Egyptiens à se méfier des informations diffusées sur les chaînes étrangères. Après ce nouveau « Jour du départ », qui n’en est plus un, la colère pourrait intensifier la révolte en Egypte.